Jean XXIII - photo tirée du site http://historiageneral.com

Vous pourrez trouver ci-dessous la suite de la conférence de carême prononcée par le père Laurent Pidolle, directeur au séminaire inter-diocésain de Lorraine, le 11 mars 2012, en la chapelle Sainte Croix de Metz. Elle met clairement en lumière l’intention missionnaire qui traverse les documents les plus importants du concile.

Quand Benoît XVI a annoncé la création d’un dicastère consacré à la nouvelle évangélisation, il a parlé de « la grande aspiration conciliaire à l’évangélisation du monde contemporain, une aspiration qui atteint son sommet dans le décret Ad gentes, mais qui imprègne tous les documents de Vatican II » (Homélie des vêpres à S. Paul-hors-les-Murs le 28.06.2010). Il est toujours intéressant de lire l’introduction et la conclusion d’un texte, car là l’idée-force de l’auteur apparaît au plus haut point. C’est ce que nous allons faire avec les 4 grandes constitutions de Vatican II et le décret missionnaire Ad gentes.

« Le Christ est la lumière des peuples : réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (cf. Mc 16,15) » (LG 1). Ainsi commence la Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium en faisant référence au commandement de Jésus en Mc 16,15 : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création ». Cette Constitution se termine par un appel pressant à prier la Mère de Dieu afin que « toutes les familles des peuples […] soient enfin heureusement rassemblés dans la paix et la concorde en un seul peuple de Dieu à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité » (LG 69).

La Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum commence par l’annonce du kérygme : « En écoutant religieusement et proclamant avec assurance la parole de Dieu, le saint Concile fait sienne cette parole de saint Jean : ‘Nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue …’ (1Jn 1,2-3). L’objectif de tout ce document est la doctrine véritable sur la Révélation divine et sa transmission, afin que, je cite, « en entendant l’annonce du salut, le monde entier y croie, qu’en croyant il espère, qu’en espérant il aime » (DV 1). Dans l’épilogue du texte, le Concile souhaite que « ‘la Parole de Dieu accomplisse sa course et soit glorifiée’ (2Th 3,1) et que le trésor de la révélation confiée à l’Église comble de plus en plus le cœur des hommes » (DV 26).

Un des objectifs de la Constitution sur la sainte Liturgie affiché dès le préambule est de « fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes dans le sein de l’Église » (SC 1). Et dans le n° 2, on apprend que la liturgie « contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église » et « c’est d’une façon étonnante qu’elle fortifie leurs énergies pour leur faire proclamer le Christ, et ainsi elle montre l’Église à ceux qui sont dehors comme un signal levé devant les nations, sous lequel les enfants de Dieu dispersés se rassemblent dans l’unité jusqu’à ce qu’il y ait une seule bergerie et un seul pasteur » (SC 2).

Dans Gaudium et Spes, la Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, le Concile « n’hésite pas à s’adresser maintenant, non plus aux seuls fils de l’Église et à tous ceux qui se réclament du Christ, mais à tous les hommes. A tous, il veut exposer comment il envisage la présence et l’action de l’Église dans le monde d’aujourd’hui » (GS 2). Par cette adresse à tous, Gaudium et Spes est missionnaire en acte. Or, il n’y a pas d’évangélisation sans un intérêt passionné de l’autre, sans chercher à le connaître et à le comprendre, bref il n’y a pas d’évangélisation sans l’amour de celui à qui on s’adresse en faisant siens ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses. Il en va ainsi du rapport de l’Église au monde. A l’exemple du Christ « venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (GS 3), l’Église veut dialoguer avec l’humanité sur les différents problèmes qui l’affectent, par quels moyens ? « En les éclairant à la lumière de l’Évangile et en mettant à la disposition du genre humain sa puissance salvatrice » (GS 3). Dans cette Constitution, l’Église pratique et élabore un vrai dialogue avec l’humanité, un dialogue qui cherche à la connaître, à recevoir d’elle, à l’aimer et pour cela n’hésite pas à lui faire part de la lumière donnée par l’Évangile. C’est le fameux « dialogue du salut » de Paul VI mis en acte. Et effectivement à la fin chaque partie de Gaudium et Spes, que ce soit sur la condition humaine, la personne humaine, la communauté humaine, l’activité humaine, l’Église annonce constamment sa foi dans le Christ en montrant comment celle-ci peut aider le monde dans toutes ces questions.

Dans sa conclusion générale, la Constitution pastorale, après avoir demandé à tous les chrétiens d’unir leurs énergies et de collaborer « avec empressement et fraternellement au service de la famille humaine, appelée à devenir dans le Christ Jésus la famille des enfants de Dieu » (92), affirme :

Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur ! » qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté du Père et qui, courageusement, agissent. Car la volonté du Père est qu’en tout homme nous reconnaissions le Christ notre frère et que nous nous aimions chacun pour de bon, en action et en parole, rendant ainsi témoignage à la vérité. Elle est aussi que nous partagions avec les autres le mystère d’amour du Père céleste. C’est de cette manière que les hommes répandus sur toute la terre seront provoqués à une ferme espérance, don de l’Esprit, afin d’être finalement admis dans la paix et le bonheur suprêmes, dans la patrie qui resplendit de la gloire du Seigneur (93).