Saint Paul et les Apôtres. Mosaïque de Ravenne

Dans un précédent article, le père Laurent Pidole montrait comment l’intention missionnaire traversait tous les documents du concile Vatican II. Dansa cette section, il s’intéresse de manière plus particulière au décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise, Ad Gentes.

Le Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, Ad Gentes, nous fait découvrir plus précisément ce qui a ouvert la porte à la nouvelle évangélisation.

Commençant par rappeler la définition de l’Église dans Lumen Gentium comme « sacrement universel du salut » (Lumen Gentium, 48), le décret Ad Gentes affirme que celle-ci, « en vertu des exigences intimes de sa propre catholicité et obéissant au commandement de son fondateur (cf. Mc 16,16), est tendue de tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes ». A travers de nouvelles conditions pour l’humanité, l’Église est même appelée aujourd’hui « de façon plus pressante à sauver et à rénover toute créature, afin que tout soit restauré dans le Christ […] » Le Concile, selon ses mots, « veut rassembler les forces de tous les fidèles pour que le peuple de Dieu, s’avançant par la porte étroite de la croix, étende partout le règne du Christ Seigneur […] et qu’il prépare les voies à son avènement » (Ad Gentes, 1). Oui, cil s’agit bien tous les fidèles, et pas uniquement ceux qui appartiennent à un institut missionnaire. Où en sommes-nous aujourd’hui dans l’obéissance au commandement missionnaire du Christ ? Où en sommes-nous dans la docilité à l’Esprit Saint qui fait jaillir en nous la charité qui nous pousse à désirer le salut de tous ?

Ad Gentes commence par affirmer que l’activité missionnaire de l’Église « est unique et la même, partout, en toute situation, bien qu’elle ne soit pas menée de la même manière du fait des circonstances » (Ad Gentes, 6). Cette unité de mission invite à réfléchir sérieusement sur ce qu’elle est et elle nous préserve en même temps de la jalousie ou d’une comparaison malsaine entre différentes œuvres missionnaires ou entre générations. Dans un passé lointain et récent, l’Église en France a toujours été à la pointe de cette activité. Alors continuons !

« La fin propre de cette activité missionnaire, c’est l’évangélisation et l’implantation de l’Église dans les peuples ou les groupes humains dans lesquels elle n’a pas encore été enracinée » (Ad Gentes, 6). D’abord on assiste au début à la plantation d’une Église. Puis l’Église implantée connaît une phase de nouveauté ou de jeunesse, c’est la raison pour laquelle on appelle par exemple les Églises implantées en Afrique noire des jeunes Église, elles ont un peu plus d’un siècle. Le Décret ajoute : « Quand tout cela est accompli, l’action missionnaire de l’Église ne cesse pas pour autant : le devoir incombe aux Églises particulières déjà formées de la continuer et de prêcher l’Évangile à tous ceux qui sont encore au-dehors » (Ad Gentes, 6). On voit poindre ici ce qui sera l’appel à la nouvelle évangélisation qui vise tant ceux qui sont encore au-dehors (pensons par exemple à tous les musulmans de notre pays qui ont droit eux-aussi à l’annonce de l’Évangile) que ceux qui étaient au-dedans et ne le sont plus vraiment, au moins visiblement. Le passage qui suit est encore plus clair : « En outre, il n’est pas rare que les groupes humains parmi lesquels l’Église existe, ne soient complètement transformés pour des raisons diverses ; des situations nouvelles peuvent en résulter. L’Église doit alors examiner si ces situations exigent de nouveau une activité missionnaire » (Ad Gentes, 6). C’est effectivement la situation nouvelle de nos sociétés qui ne peuvent plus être considérées comme chrétiennes qui a amené le bienheureux Pape Jean-Paul II à lancer l’appel à la nouvelle évangélisation pendant tout son pontificat.

Évangéliser pour l’Église n’est pas une option ou un appel adressé à certains, c’est une nécessité dit Ad Gentes, 7. « A tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi » (Ad Gentes, 23). Et encore plus fort au n° 35 : « L’Église étant tout entière missionnaire, et l’œuvre de l’évangélisation étant le devoir fondamental du peuple de Dieu, le saint Concile invite tous les chrétiens à une profonde rénovation intérieure ». On ne doit pas attendre d’être appelé par son curé, c’est grâce au baptême, à la confirmation et à l’Eucharistie du Christ, que « tous les fidèles sont obligés de coopérer à l’expansion et au développement de son  Corps, pour l’amener le plus vite possible à sa plénitude Ep 4,13 » (Ad Gentes, 36). Nous pouvons être pris de vertige. Comment faire ? Le Concile répond : notre « premier et plus important devoir pour la diffusion de la foi, c’est de vivre profondément (notre) vie chrétienne » (Ad Gentes, 36). Et chacun doit collaborer à l’Évangile

selon ses possibilités, ses moyens, son charisme et son ministère 1Co 3,10 ; tous par conséquent, ceux qui sèment et ceux qui moissonnent Jn 4,37, ceux qui plantent et ceux qui arrosent, il faut qu’ils soient un 1Co 3,8, afin que, tendant tous librement et de manière ordonnée à la même fin, ils dépensent leurs forces d’un même cœur pour la construction de l’Église.

Ad Gentes,  28

Le décret passe alors en revue les différentes catégories de fidèles :

  • D’abord les évêques comme successeurs du collège des Apôtres : « Le commandement du Christ de prêcher l’Évangile à toute créature (Mc 16,15) les atteint premièrement et directement […] ». Ils sont tenus de susciter, de faire avancer et de diriger l’œuvre missionnaire, de rendre présent l’esprit et l’ardeur missionnaire du Peuple de Dieu afin que le diocèse tout entier devienne missionnaire (Ad Gentes, 38).
  • Puis les prêtres, qui « doivent estimer à haut prix l’apostolat difficile des laïcs ; ils doivent former les laïcs pour que, comme membres du Christ, ils prennent conscience de leur responsabilité à l’égard de tous les hommes ; ils doivent les instruire profondément dans le mystère du Christ, les introduire aux méthodes pratiques, être avec eux dans les difficultés » (Ad Gentes, 21). Les prêtres « doivent donc comprendre à fond que leur vie a été consacrée aussi au service des missions […] Dans leur charge pastorale, ils stimuleront et entretiendront parmi les fidèles le zèle pour l’évangélisation du monde » (Ad Gentes, 39).
  • Les instituts de vie consacrée contemplative et active sont loués par le Concile pour leur « très grande part dans l’évangélisation du monde ». Vatican II reconnaît la « très grande importance des instituts de vie contemplative dans la conversion des âmes ». Tous les consacrés sont exhortés « à persévérer sans défaillance dans l’œuvre commencée » et ceux de vie active à « se poser sincèrement devant Dieu la question de savoir s’ils peuvent étendre leur activité en vue de l’expansion du règne de Dieu parmi les païens ; […] si leurs membres prennent part selon leurs forces à l’activité missionnaire ; si leur façon habituelle de vivre est un témoignage de l’Évangile » (Ad Gentes, 40).
  • Au sujet des laïcs, le texte dit que l’Évangile ne peut s’enfoncer profondément dans les esprits, dans la vie, dans le travail d’un peuple, sans la présence active des laïcs […] Leur principal devoir à eux, hommes et femmes, c’est le témoignage du Christ, qu’ils doivent rendre par leur vie et leurs paroles dans leur famille, dans leur groupe social, dans leur milieu professionnel. […] Ils doivent aussi répandre la foi du Christ parmi ceux auxquels ils sont liés par la vie et la profession ; cette obligation s’impose d’autant plus que le plus grand nombre des hommes ne peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ que par les laïcs proches d’eux. Grande et essentielle est la mission et la responsabilité des laïcs dans l’évangélisation !

Pour terminer cette partie consacrée à l’intention missionnaire du Concile, voici une petite synthèse qui montre l’unité entre eux des quatre constitutions et du décret missionnaire : Par le Verbe de Dieu (Dei Verbum), l’Église accueille la Révélation de Dieu et d’elle-même (Lumen Gentium), elle y répond par la foi dans la prière (Sacrosanctum concilium), et par son renouveau dans la sainteté (LG chap. V), elle en témoigne dans le monde et pour le monde (Gaudium et Spes et Ad gentes).