photo tirée du site www.microstorie.net

Vous pourrez trouver ci-dessous la première partie de la conférence de carême prononcée par le père Laurent Pidolle, directeur au séminaire inter-diocésain de Lorraine, le 11 mars 2012, en la chapelle Sainte Croix de Metz. Elle met clairement en exergue l’importance de l’évangélisation dans la démarche du Jean XXIII.

Quand le bienheureux Jean XXIII ouvre solennellement le concile Vatican II, il présente d’abord les conciles antérieurs comme des « flambeaux » jalonnant l’histoire de l’Église catholique qui « font resplendir à tous les horizons la lumière de la vérité ». L’espérance du Pape est que les lumières de ce concile soient « une source d’enrichissement spirituel », qu’on puise en lui de nouvelles énergies afin que « les hommes, les familles, les nations tournent réellement leurs esprits vers les choses d’en-haut ».

Dans l’expérience d’un « second Cénacle » – ailleurs Jean XXIII parlera d’une nouvelle Pentecôte – la tâche du Concile sera de conserver et de présenter « d’une façon plus efficace » le dépôt sacré de la doctrine chrétienne, cette doctrine qui « embrasse l’homme tout entier » et qui « est offert à tous les hommes de bonne volonté comme un riche trésor à leur disposition ». On le voit tout de suite : il n’y a aucune rupture avec la grande Tradition reçue en héritage, mais une attention aux temps présents qui, selon les mots du Saint Père, « entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l’apostolat catholique ». On n’est vraiment pas loin de la définition que donnera Jean-Paul II de la nouvelle évangélisation : nouvelle ardeur, nouvelles méthodes, nouvelle expression dans un monde qui a changé. Comme le dit Jean XXIII,

ce précieux trésor nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n’étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu’exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l’Église marche depuis près de vingt siècles[…] Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque […] Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment, s’il le faut, à son élaboration ; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral.

Enfin, soulignons un paragraphe de ce discours d’ouverture qui résume bien l’intention évangélisatrice du Pape et ses conséquences pour le monde :

L’Église catholique, en brandissant par ce Concile œcuménique le flambeau de la vérité religieuse au milieu de cette situation, veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés d’elle. A l’humanité accablée sous le poids de tant de difficultés, elle dit comme S. Pierre au pauvre qui lui demandait l’aumône : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche » (Ac 3,6). Certes l’Église ne propose pas aux hommes de notre temps des richesses périssables, elle ne leur promet pas non plus le bonheur sur la terre, mais elle leur communique les biens de la grâce qui élèvent l’homme à la dignité de fils de Dieu et, par là, sont d’un tel secours pour rendre leur vie plus humaine en même temps qu’ils sont la solide garantie d’une telle vie. Elle ouvre les sources de sa doctrine si riche, grâce à laquelle les hommes, éclairés de la lumière du Christ, peuvent prendre pleinement conscience de ce qu’ils sont vraiment, de leur dignité et de la fin qu’ils doivent poursuivre. Et enfin, par ses fils, elle étend partout l’immensité de la charité chrétienne qui est le meilleur et le plus efficace moyen d’écarter les semences de discorde, de susciter la concorde, la juste paix et l’unité fraternelle de tous.

Cela nous pose une question à nous qui sommes après Vatican II, c’est-à-dire après l’ouverture de ces sources d’une doctrine si riche : où en sommes-nous dans l’appropriation de cette doctrine contenue dans Vatican II et reproposée dans son intégralité dans le Catéchisme de l’Église Catholique ? Ne sommes-nous pas encore trop des analphabètes en matière de catéchèse comme le faisait remarquer récemment Benoît XVI à des prêtres ?

(Retrouvez le texte complet du discours d’ouverture de Jean XXIII sur le blog de Nicolas Senèze : La crise intégriste)