Photo tirée du site www.info.catho.be

Les 18 et 19 février 2012, le pape Benoit XVI a convoqué un consistoire ordinaire public dans l’intention de créer 22 nouveaux cardinaux. Ceci nous donne une bonne occasion de parler de la collégialité. En effet, comme le dit très bien un expert au concile bien connu (un certain abbé Josef Ratzinger !), le concile a voulu remettre au goût du jour une théologie de la collégialité épiscopale :

 Dès le commencement, un des buts fondamentaux que se proposa le deuxième concile du Vatican fut de compléter par une doctrine correspondante de l’épiscopat celle de la primauté, proclamée par le premier. Par suite de la fin abrupte imposée par les circonstances, elle était restée à l’état de tronçon inachevé dans le considérable monument de la vaste ecclésiologie qu’on se proposait d’édifier. (J. Ratzinger, « la collégialité épiscopale développement théologique », in L’Église de Vatican II. Études autour de la Constitution conciliaire sur l’Église, « Unam Sanctam », t.III, Cerf, Paris, 1966, p. 763.)

C’est le chapitre III de la Constitution Lumen Gentium qui a accompli la tâche de présenter la nature théologique de la structure collégiale des évêques, appelée plus communément : la collégialité.

Tout de suite après l’introduction de ce troisième chapitre, les pères du concile réaffirment l’institution des Douze par le Christ lui-même :

Le Seigneur Jésus, après avoir longuement prié son Père, appela à lui ceux qu’il voulu et en institua douze pour en faire ses compagnons et les envoyer prêcher le Royaume de Dieu (cf. Mc 3, 13-19 ; Mt 10, 1-42). (LG, n.19)

Et le texte poursuit en rappelant que ces Douze forment un « collège » avec Pierre à leur tête :

A cette institution des Apôtres (cf. Lc 6, 13), il donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux (cf. Jn 21, 15-17). (LG, n. 19)

Le « choisi parmi eux » a ici toute son importance car cela signifie que Pierre – bien que mis à la tête du collège des Apôtres – appartient pleinement et continue d’appartenir à ce collège. Autrement dit, le successeur de Pierre qu’est le pape est tout aussi bien le pasteur de l’Église universelle qu’un évêque en charge d’une portion du peuple de Dieu, en l’occurrence le diocèse de Rome. Le pape est en quelque sorte le premier des évêques.

Le paragraphe 22 de ce troisième chapitre traite justement du lien entre le collège épiscopal et son chef. Ce paragraphe rappelle avec force qu’il n’y a pas d’opposition entre le Collège des évêques et le pape puisqu’ il ne peut y avoir de collège sans le pape étant donné qu’ils  forment « un tout » uni (le pape étant le premier de tous comme nous venons de le voir). En conséquence, le collège ne peut agir qu’avec lui et jamais contre lui.

Et enfin, le paragraphe 23 traite du « devoir commun » qui incombe à ce Collège. Ce n’est rien d’autre que « le soin d’annoncer l’Évangile sur toute la terre ». C’est pourquoi il revient à nos évêques la responsabilité « d’entrer en communauté d’effort entre eux et avec le successeur de Pierre » (LG, n. 23), autrement dit, de participer à la mission universelle de l’Église en prêtant secours au pape et autres membres du Collège. Cette participation à la mission universelle de l’Église doit se vivre concrètement par un engagement « à fournir aux missions, et les ouvriers de la moisson et les secours spirituels et matériels, tant par eux-mêmes directement qu’en suscitant la fervente coopération des fidèles » (LG, n.23). En d’autres mots, il s’agit là d’offrir aux Églises les plus proches et les plus pauvres « un secours fraternel ».

Cette collégialité n’est donc pas d’abord la recherche d’une organisation efficace, mais elle est l’expression de l’unité de l’Église et du caractère universel de sa mission. Autrement dit, la collégialité est l’expression visible de la catholicité de l’Église (Le terme « catholique » vient du grec Kathalon qui signifie « ouvert à la totalité, à l’universalité ».)

Le pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles. Les évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Églises particulières ; celles-ci sont formées à l’image de l’Église universelle, c’est en elles et par elles qu’existe l’Église catholique une et unique. C’est pourquoi chaque évêque représente son Église, et, tous ensemble, avec le pape, représentent l’Église universelle dans le lien de la paix, de l’amour et de l’unité. (LG, n.23)

Depuis le concile Vatican II et la promulgation du Code de droit canonique de 1983, la collégialité épiscopale s’exprime dans le fonctionnement des institutions suivantes :

  • Le synode des évêques : il s’agit d’une institution convoquée par le pape. Un synode des évêques a pour but d’informer et de conseiller sur des sujets précis. Souvent, après un synode le pape publie une exhortation apostolique post synodale qui reprend et ratifie le travail des pères synodaux (par exemple, après le synode de 2008 sur la Parole de Dieu, le pape Benoit XVI a publié l’exhortation apostolique post synodal Verbum Domini). Ces synodes sont de trois types : le synode dit « ordinaire » qui rassemble des évêques élus par les conférences épiscopales et les chefs des dicastères de la Curie romaine, le synode dit « extraordinaire » qui rassemble les présidents des conférences épiscopales, quelques cardinaux et des spécialistes nommés par le pape et le synode dit « spécial » qui est convoqué par le pape pour régler une question propre à une région ou à une Église particulière.  Depuis le concile Vatican II, on dénombre les synodes suivants :

1. synode dit « ordinaire » : au nombre de 12 entre 1967 et 2008 (l’évangélisation en 1974, les fonctions de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui en 1980… la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise en 2008, etc.). Le prochain synode ordinaire aura lieu en octobre 2012 sur le thème de la « nouvelle évangélisation ».
2. synode dit « extraordinaire » : seulement 2 (l’épiscopat-la collégialité-le pape-Rome et les églises locales en 1980 et le synode pour les vingt ans du concile Vatican II en 1985)
3. synode dit « spécial » : au nombre de 13 entre 1980 et 2010 (Pays Bas, l’Europe,… les chrétiens d’Orient).

Attention à ne pas confondre ces synodes avec les « synodes diocésains » (Verdun, Versailles,…) qui, eux, sont convoqués par un évêque diocésain. Les décisions de ces synodes concernent uniquement les diocèses. Les synodes diocésains ne peuvent donc pas agir en matière de doctrine.

  • Le Collège des cardinaux ou le Sacré Collège : Ce collège existe depuis le XIIe siècle. Celui-ci a trois fonctions :

1- Élire un nouveau pape. Pour cela le Sacré Collège se réunit en conclave.
2- Assurer la vacance du siège apostolique, c’est-à-dire assurer la conduite de l’Église entre la mort du pape et l’élection de son successeur.
3- Conseiller et assister le pape dans l’exercice de son ministère. 

  • Les conciles particuliers : ils sont mis en place au niveau d’une nation ou d’une province ecclésiastique. Ces conciles sont devenus très rares.
  • Les conférences épiscopales : cette instance est officialisée en 1965 par le décret du Concile sur la charge des évêques :

Les conférences épiscopales, établies déjà dans plusieurs pays, ont donné des preuves remarquables de fécondité apostolique ; aussi le saint Concile estime-t-il tout à fait opportun qu’en tous lieux les évêques d’une même nation ou d’une même région constituent une seule assemblée et qu’ils se réunissent à dates fixes pour mettre en commun les lumières de leur prudente expérience. Ainsi la confrontation des idées permettra-t-elle de réaliser une sainte harmonie des forces en vue du bien commun des Églises. (Chritus Dominus, n. 37)

Ces conférences ont donc pour vocation de réunir tous les évêques d’un pays en vue de promouvoir la vie de l’Église dans un pays.