BILAN DE LA PHASE ANTE PREPARATOIRE 1959-1960

Nous avons pu voir que cette date du 5 juin 1960 est importante car elle sert de tremplin entre deux phases : la phase Ante-préparatoire et la phase Préparatoire par le motu proprio « Superno Dei nutu ».

Pour être plus précis, lors de la publication  de ce motu proprio le 19 juin 1960 dans la Documentation Catholique, il y a l’insertion d’une note en bas de page, assez longue d’ailleurs pour ne pas passer inaperçue, et qui évoque un consistoire semi-public 6 jours auparavant. C’est là que nous pouvons puiser des informations de première importance. En effet, c’est lors de ce consistoire semi public, tenu les 30 et 31 mai 1960, que Jean XXIII prononce devant les cardinaux, une allocution concernant cet « entre-deux ». Il y dresse le bilan de la phase anté-préparatoire, et annonce pour le 5 juin à venir, la création des commissions pour la phase préparatoire.

Cette allocution est précieuse parce qu’elle donne, dès 1960, le bilan de la consultation mondiale, et surtout la méthode de travail employée par la commission anté-préparatoire !

Souvenons-nous, que le 17 mai 1959, en la fête de la Pentecôte, Jean XXIII a créé la commission anté préparatoire, dirigée par le cardinal Domenico Tardini. Jean XXIII y a lancé une gigantesque consultation mondiale, où les patriarches, archevêques et évêques, ainsi que les autres prélats, devaient donner leur avis sur les sujets à traiter au concile. Cette commission devait collecter, répertorier, et analyser l’ensemble de ces avis. Durant toute cette période, entre le 17 mai 1959 et le 5 juin 1960, la commission va œuvrer à cette finalité.

Quelle est la méthode de travail de la phase anté-préparatoire ?

Dans un premier temps, elle a rassemblé tout ce matériel d’opinions, de réflexions, de propositions, de suggestions venant des responsables des Eglises particulières de l’Eglise Catholique. Ensuite, elle a étudié, réparti et classé toute cette « matière pastorale et théologique» en différentes catégories. C’est cette catégorisation qui permettra de comprendre la raison des 10 commissions et 2 secrétariats.

Dans un deuxième temps, elle va élaborer des rapports de synthèse par nations qui reflètent les thèmes les plus significatifs des différents pays (ce ui prouve le soin apporté à la dimension particulière des Eglise locales). Puis elle va élaborer une synthèse générale qui reflète les thèmes les plus significatifs pour le monde entier (il s’agit là du soin de la dimension générale de l’Eglise catholique).

Dans un troisième temps, elle a rassemblé et étudié les diverses consultations des Universités et Facultés, ainsi que les rapports des maitres en sciences et disciplines ecclésiastiques.

C’est l’ensemble de ce travail préliminaire de la commission anté-préparatoire, aussi vaste et précis, qui représente la nouveauté historique de la préparation du concile ! Jamais dans l’histoire de l’Eglise, une telle consultation, et une telle synthèse n’avait eu lieu ! Nous pouvons constater le travail méthodique et approfondi de cette commission, qui très régulièrement faisait un rapport à Jean XXIII ; ce dernier voulait être tenu au courant de toutes ces synthèses.

D’autant que la méthodologie de travail, présentée et confirmée par Jean XXIII lui-même (parce qu’il supervisait en personne tous les travaux) reflète une dimension profondément « catholique », c’est-à-dire universelle ! Le soin des rapports de synthèses par nations illustre bien la complexité d’un concile face à ce que l’on appellerait aujourd’hui la « mondialisation » ! On ne peut avoir une vision unique et simpliste face aux problèmes si différents que pose l’évangélisation face aux différences culturelles et socio-politiques si fortes !

Comment faire œuvre commune, face à une telle diversité ? Jean XIII répondra  cette question cruciale dans son discours des 13-14 novembre 1960. Nous aurons l’occasion d’y revenir !

Or, nous pouvons constater que la diversité et le particularisme des Eglise locales sont conservés ! La phase anté-préparatoire manifeste la dimension ecclésiale et « catholique » du prochain concile !

Face à une telle mobilisation générale, il nous semble difficile de tenir l’idée de la confusion historique, qui encore aujourd’hui est plus ou moins crue, à savoir que la préparation du concile n’a été faite que par des membres restreints de la curie romaine!

Quel est le bilan de cette consultation mondiale entre 1959 et 1960 ?

Dans son allocution lors du consistoire du 30-31 mai 1960, Jean XXIII évoque le franc succès, la ferveur et le sérieux des réponses !

Il y a plus de 2000 réponses sur plus de 2500 évêques consultés. Ce qui signifie que plus de 80% de l’épiscopat a répondu, et en conséquence !

Le 9 juin 1960 Radio Vatican donna les chiffres de cette consultation. Voici par continent, les pourcentages de l’épiscopat qui ont répondu à cette consultation :

  • Europe 94%
  • Amérique centrale 92%
  • Afrique 89%
  • Amérique du nord 88%
  • Asie 86%
  • Amérique du Sud 83%
  • Océanie 71%
Lors de ses discours des 13 et 14 novembre 1960, Jean XXIII annonça la phase finale de la publication officielle de tout ce travail de rassemblement, d’étude, de classement, de synthèses partielles et générales sur l’ensemble de cette consultation. Cela représente 10 volumes de 250 pages !

Jamais, dans l’histoire des conciles 2500 pages de réflexions et de propositions n’ont été approuvées avant même le débat conciliaire ! D’autant qu’étant publié, toute personne avisée pourra consulter ce travail.

Il est dès lors possible de dire que le bouillonnement intellectuel du Concile a commencé dès 1959, soit presque 3 ans avant son ouverture!

Ce bouillonnement est tel, que 50 ans après, nous vivons de cette manière de procéder ! Mais cette méthode de travail va-t-elle pas se poursuivre dans l’Eglise après le Concile ?

Une préparation du concile aux couleurs d’une démarche synodale mondiale ?

Après le Concile, et pour manifester à nouveau frais la collégialité des évêques autour du pape réaffirmée dans « Lumen Gentium », Paul VI décida de maintenir, de manière assez régulière, une « assemblée synodale ». Cette assemblée sera composée d’évêques, venant du monde entier, et choisis au sein des conférences épiscopales nationales. Elle travaillera à partir d’un sujet pertinent de la vie pastorale de l’Eglise, et conduira à la publication d’une « Exhortation apostolique post-synodale ». Cette dernière est écrite par le pape, en y incluant les propositions de la réflexion commune qui ont été approuvés.

Nous pouvons cependant attribuer l’intuition d’une démarche synodale des évêques au niveau mondial à Jean XXIII lui-même. Car nous pouvons dire que l’organisation même de la préparation du Concile ressemble de près à une démarche synodale, et c’est une première dans l’histoire ! C’est une démarche mondiale !

En effet, si nous regardons aujourd’hui le fonctionnement d’un « synode des évêques » en assemblée générale, nous avons 2 phases bien distinctes :

  • Une consultation générale suite à l’envoi d’un document appelé « Lineamenta » à tous les évêques. Ce document « Lineamenta » accompagne la convocation officielle de l’assemblée synodale par le pape.
  • Puis est opérée une synthèse de ce travail de consultation mondiale qui conduit à la publication de « l’Instrumentum laboris ». C’est ce dernier document, qui servira de base à la réflexion des évêques qui seront nommés par le pape, afin de venir en assemblée synodale.

A l’issue de l’assemblée synodale à partir de « l’Instrumentum laboris », les évêques présents voteront des propositions qui seront remises au pape, en vue de la rédaction de « l’exhortation apostolique post-synodale». Ce dernier texte appartiendra au Magistère de l’Eglise.

Il est assez aisé de comprendre que cette méthode de travail pour les synodes, n’est autre que la matrice de fonctionnement de la préparation du concile ! Car la consultation avec les « Lineamenta » est l’équivalent de la phase anté-préparatoire. La synthèse de consultation et le texte « Instrumentum laboris », donnés à une assemblée d’évêques nommés par le pape pour faire des « propositions », est l’équivalent de la phase préparatoire qui va approuver des « schémas » et qui seront soumis à l’assemblée conciliaire.

Par contre la différence fondamentale intervient dans la rédaction du texte final… En effet la rédaction de « l’Exhortation apostolique » ne relève que l’autorité du pape… Pour un concile, c’est l’assemblée conciliaire entière qui vote et qui approuve le texte final.

Cette différence fondamentale sera une des critiques que l’on fera à Paul VI, car un certain nombre de personnes ont cru qu’après le concile, toutes les décisions de l’Eglise seraient prises dans une démarche de type conciliaire.

Jean XXIII va donc, à partir du 5 juin 1960, consulter à nouveau, en vue de nommer en personne, les membres des différentes commissions. Mais des membres qui viennent majoritairement du monde entier ! Cependant, le 13-14 novembre 1960, en remettant à toutes les personnes membres des différentes commissions de préparation, l’ensemble des synthèses locales et générales de la phase anté-préparatoire, Jean XXIII leur confie un bel « instrument de travail ». Et l’on peut dire, que les 7 sessions de la Commission Centrale où l’on approuvera les 70 schémas qui seront proposés au Concile, donnent au bout du compte, l’expression d’un premier synode mondial ! C’est bien la première fois, dans l’histoire d’un concile, que sa préparation ressemble un synode, mais sans le dire !

Cette préparation, ayant l’expression d’une démarche synodale, est belle et audacieuse mais peu susciter des incompréhensions surtout au début du concile. Car il y a 2 démarches qui semblent se rencontrer… Le concile ne fera-t-il que dire « oui » ou « non » à « la démarche synodale » que représente la phase préparatoire ? Ou bien devrons-nous tout reprendre à zéro ? Les hésitations des premiers jours après l’ouverture en est le signe… Mais nous verrons cela de plus près…

Reste maintenant pour nous le soin de découvrir plus en détails qui sont ces commissions… Qui sont membres de la phase préparatoire… D’où viennent-ils… Et comment a fonctionné cette quasi démarche synodale pour préparer le Concile…