Ce fût un certain 02 février 1962, où le pape Jean XXIII donna officiellement la date d’ouverture du Concile!

Chose peu connue: c’est l’année liturgique qui permis à Jean XXIII d’asseoir la démarche conciliaire et le renouveau tant humain que spirituel de l’Eglise.

Il faut bien avouer qu’aujourd’hui, nous ne mesurons pas encore, comment en s’inspirant de l’année liturgique et en l’enracinant complètement dans cette dernière, Jean XXIII amorce le renouveau spirituel qu’il souhaite pour l’oeuvre conciliaire.

Il y pose des jalons extraordinaires pour les futurs débats, et donne la visée et la finalité générale.

 

Petit rappel de Noël 1961…

C’est le 25 décembre 1961 que Jean XXIII publia la bulle de Convocation du Concile, tout en laissant en suspens la date d’ouverture. C’est à travers le contenu de ce document, que l’on peut saisir l’enracinement christologique de la démarche conciliaire.

Voici ce que Jean XXIII exprime:

« …Devant ce double spectacle, d’une part un monde souffrant d’une grande indigence spirituelle, d’autre part l’Eglise du Christ resplendissante de vitalité, dès le début de Notre pontificat — auquel la providence de Dieu a bien voulu Nous élever malgré Notre indignité, — Nous avons pensé que c’était un grave devoir de Notre charge d’appeler tous Nos fils à unir leurs efforts pour que l’Eglise se montre de plus en plus apte à résoudre les problèmes des hommes de notre époque. C’est pourquoi, obéissant à une voix venue de Notre cœur comme une inspiration surnaturelle, Nous avons pensé que les temps étaient mûrs pour donner à l’Eglise catholique et à toute la famille humaine un nouveau Concile œcuménique venant s’inscrire à la suite des vingt grands Conciles qui, tout au long des siècles, nous ont valu tant de progrès chrétien, tant d’accroissement de grâce dans les cœurs des fidèles…

« …Ces fruits, que Nous espérons si vivement du Concile œcuménique et dont Nous avons volontiers et souvent parlé, supposent une grande somme de discussions, d’études et de travaux au stade préparatoire. C’est pourquoi sont proposées des questions d’ordre doctrinal ou d’ordre pratique, afin que les institutions et les préceptes chrétiens correspondent parfaitement aux multiples réalités de la vie et servent le Corps mystique du Christ, ainsi que sa mission surnaturelle. Ces questions concernent la sainte Ecriture, la tradition, les sacrements et les prières de l’Eglise, la discipline ecclésiastique, les oeuvres de charité et d’assistance, l’apostolat des laïcs, les missions. 

     Mais l’ordre surnaturel doit faire sentir toute son efficacité sur l’ordre temporel qui, malheureusement, est souvent le seul qui intéresse et préoccupe les hommes. Dans le domaine temporel aussi l’Eglise s’est montrée « Mère et Educatrice», selon l’expression utilisée par Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire Innocent III, à l’occasion du IVe Concile du Latran. Bien que l’Eglise ne poursuive pas de fins directement terrestres, elle ne peut cependant pas se désintéresser des questions d’ordre temporel qu’elle rencontre sur son chemin ni des travaux que celles-ci comportent. Elle sait combien profitent aux âmes immortelles les moyens susceptibles de rendre plus humaine la vie de chacun des hommes qui doivent être sauvés. Elle sait qu’en apportant aux hommes la lumière du Christ, elle les aide à bien se connaître eux-mêmes, car elle leur fait prendre conscience de ce qu’ils sont, de leur grande dignité, de la fin qu’ils doivent poursuivre. C’est ainsi qu’actuellement l’Eglise est présente, de droit ou de fait, dans les organismes internationaux; qu’elle a élaboré une doctrine sociale sur la famille, l’école, le travail, la société civile et toutes les autres questions connexes, par laquelle elle a atteint un si haut prestige que sa voix grave fait autorité parmi tous les hommes de valeur, qui l’accueillent comme l’interprète et la protectrice de l’ordre moral, la garante des droits et des devoirs des individus et des Etats. 

    C’est pourquoi Nous avons confiance que les questions qui seront discutées au Concile œcuménique auront une telle efficacité que, non seulement elles infuseront dans les cœurs des énergies ferventes et la lumière de la sagesse chrétienne, mais qu’elles pénétreront toute la masse des activités humaines. »

Nous voyons bien que Jean XXIII a à coeur que le Concile, tout en engageant l’activité de l’Eglise dans le monde de ce temps, prenant en considération les évolutions rapides de la société, puisse tout autant manifester la dimension spirituelle de la vie humaine.

Jean XXIII semble vraiment souhaiter que le Concile fasse à la fois une oeuvre humaine et une oeuvre spirituelle! Que le Concile soit finalement à l’image de son Seigneur, qui en Lui, se voit associer la divinité et l’humanité. Car si dans la foi de l’Eglise, Jésus-Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme, alors le prochain Concile devra lui aussi manifester une authenticité à la fois spirituelle et humaine.

Or, c’est le mystère de la Nativité, celui du « Verbe fait chair« , qui manifeste au mieux cette réalité de foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Ainsi, en convoquant le Concile le 25 décembre, Jean XXIII exprime cette conviction et ce souhait pour le Concile. C’est en puisant dans le mystère de la Liturgie célébrée, que Jean XXIII y découvre la vocation du Concile, et par conséquent, son enracinement christologique. C’est grâce à la liturgie que le Concile sera christologique.

Petit rappel de l’Epiphanie 1962…

Il se trouve que c’est le 6 janvier 1962, que Jean XXIII promulgua une exhortation apostolique « Sacrae laudis » pour la prière de l’Office Divin, en faveur du Concile.

C’est au cours de cette exhortation, qu’il encourage tous ceux et celles qui ont reçu la mission de prier continuellement dans l’Eglise, à la prière de l’Office divin pour se préparer au Concile.

Il demande à ce que la Prière de l’Eglise se fasse pour ses intentions:

« …Que la foi catholique soit de plus en plus affermie, que les lois de l’Eglise soient mieux adaptées aux nécessités de notre époque, que les fidèles, dans l’union des volontés et des forces, tendent à une vie plus sainte. »

Jean XXIII, au cours de cette exhortation propose une belle méditation sur la fête de l’Epiphanie. C’est à partir des fruits de sa contemplation personnelle qu’il exhorte l’Eglise à se mettre continuellement en prière. Mais c’est aussi l’occasion de présenter une compréhension assez originale de ce que l’on appelle aujourd’hui la « Liturgie des Heures« 

Pourquoi?

D’une part pour renforcer cette intimité avec le Seigneur Jésus-Christ dont la fête de Noël en est le mémorial. Il est clair que pour Jean XXIII, la fête de la Nativité permet de grandir dans cette intimité avec le Seigneur. C’est cette intimité qui favorisera le renouvellement à la fois spirituel et humain de l’Eglise.

D’autre part, à l’image de l’adoration et de l’offrande des mages, l’Eglise reçoit la mission de l’adoration et de la prière comme « sacrifice d’action de grâce« . Jean XXIII perçoit que c’est dans le mimétisme des mages, que l’Eglise sera fidèle à sa mission, et qu’elle pourra se renouveler spirituellement, et se rapprocher davantage de son Seigneur qu’elle aura la mission d’annoncer. Ainsi, pour Jean XXIII, « l’office divin » devient le lieu privilégier pour s’enraciner en Jésus-Christ. L’Office divin est la fondation spirituelle de la christologie!

Enfin Jean XXIII propose une brève mystagogie de l’or, de l’encens et de la myrrhe comme les « signes » pour comprendre la mission de l’Eglise priante.  L’or correspond à la charité; l’encens à la prière; la myrrhe à la mortification. Jean XXIII applique cela à L’Office divin: il enflamme la charité par les vérités qu’il rappelle et commente; il exprime l’assiduité de la prière sacerdotale, tandis que les travaux et les peines du prêtre’ sont une constante immolation.

Mais le plus pertinent c’est que pour Jean XXIII, ce renouvellement spirituel de la christologie, par la prière de l’Office divin conduit à considérer le futur Concile comme une « Epiphanie de l’Eglise« . Il écrit ceci:

« …L’invitation instante à cette forme de prière pour le Concile «. Nous paraît bien de nature à rappeler admirablement aux hommes ces quatre notes dont le Christ Jésus a voulu que son Eglise fût ornée. Depuis vingt siècles, Elle a été et est toujours une, sainte, catholique et apostolique. Elle est toujours florissante de vie et désire ardemment que les richesses de sa sève soient communiquées aux communautés chrétiennes qui, au cours des siècles, se sont séparées d’elle et n’ont pas encore rétabli l’unité ancienne».

Ce texte vient confirmer ce que nous avions découvert dans un article précédent concernant l’organisation synodale de la phase préparatoire du Concile, avec les travaux de la Commission Centrale et des différentes Commissions entre novembre 1960 et juin 1962.

Cet enracinement spirituel de la préparation conciliaire en la fête liturgique de l’Epiphanie, ne vient que conforter l’idée que le Concile Vatican II est un Concile ecclésiologique! Nous avions vu, dans un précédent article,  comment le pape Paul VI a participé très activement à ce renouveau ecclésiologique!

La fête de la Présentation du Seigneur, le 2 février 1962…

 

C’est en cette fête, que Jean XXIII annonça dans un motu proprio « Concilium«  très sobre, la date d’ouverture du Concile Vatican II à savoir le 11 octobre, solennité de sainte Marie Mère de Dieu, en souvenir de la date du départ du prêtre Philippe, légat du pape Célestin V, pour le Concile d’Ephèse qui entre autre, conféra ce titre à la Vierge Marie.

Nous avions pu comprendre dans un précédent article comment l’histoire de la solennité de Sainte Marie Mère de Dieu, est un vibrant hommage et témoignage de la démarche conciliaire.

Proposer un 11 octobre le 2 février: voilà tout un programme!

Pourquoi le 11 octobre?

Dans le calendrier liturgique, il s’agissait donc de la solennité de sainte Marie, Mère de Dieu, que le pape Pie XI institua le 25 décembre 1931, en souvenir du 15ème centenaire du Concile d’Ephèse.

Lorsque Jean XXIII annonce la date du 11 octobre, il dit ceci:

« Nous avons décidé de fixer le début de la célébration du IIème Concile Oecuménique au 11 octobre de cette année. Nous avons choisi ce jour surtout parce qu’il rappelle le très grand Concile d’Ephèse, qui tient dans les annales de l’Eglise catholique une place de première importance. »

On voit très bien que c’est plus en lien avec l’évènement du Concile d’Ephèse que le pape souhaite enraciner le Concile Vatican II, qu’un choix de dévotion mariale. On pourrait se demander, pourquoi le lien avec le Concile d’Ephèse?

Pour comprendre cela, il suffit de reprendre l’encyclique « Lux veritatis«  de Pie XI, qui le 25 décembre 1931, promulgua cette solennité. En fait Jean XXIII se place dans l’héritage de ce pape, encore trop peu connu qu’est Pie XI.

En effet, par cette encyclique, Pie XI évoque ce concile christologique que fût celui d’Ephèse. Pie XI encourage à approfondir l’héritage de ce Concile qui fût celui qui défenda l’unité des 2 natures de la personne de Jésus-Christ, à la fois vrai Dieu et vrai homme. Cette encyclique amorce un renouvellement de la christologie.

Mais Pie XI s’est aussi employé à montrer comment le Concile d’Ephèse a reconnu de diverses manières l’autorité suprême du Pontife romain Célestin, qui avait, l’année précédente, condamné Nestorius. S’il n’était pas en personne à Ephèse, il y était par ses légats. Un de ceux-ci, le prêtre Philippe, y énonça la doctrine du primat de Pierre en des termes repris par la Constitution < Pastor aetemus » du 1″ Concile du Vatican. L’encyclique « Lux Veritatis » adresse à plusieurs reprises un appel pressant aux chrétiens séparés du Saint-Siège. A sa manière Pie XI évoque la question de l’unité des chrétiens avec les orientaux, et cette unité pourrait se retrouver précisément dans la personne même de Jésus-Christ. Dans une perspective oecuménique, Pie XI émettait le souhait de célébrer avec les frères orientaux, devant les mosaïques de la basilique Libérienne, le triomphe de Marie au Concile d’Ephèse.

Au travers de cette encyclique nous retrouvons ces thèmes majeurs: enracinement christologique, appel à l’unité des chrétiens en se recentrant sur la personne de Jésus-Christ à la fois Dieu et homme, unité de l’Eglise dans la foi.

Ainsi le choix du 11 octobre permet à Jean XXIII de placer le prochain Concile dans l’héritage de Pie XI. Mais en même temps, au travers de cet héritage, de permettre au Concile de répondre à ce pourquoi Jean XXIII l’avait souhaité. Lors de l’analyse du discours du 25 janvier 1959 et de la mise en place de la phase anté-préparatoire, nous avions pu voir que Jean XXIII, dans le triple héritage de la lettre aux Romains, avait souhaité un concile en faveur de la vérité (réaffirmations doctrinales), de l’unité et de la paix (sages ordonnancements).

Le Concile sera donc résolument christologique, en vue non seulement du renouvellement spirituel et humain de l’Eglise, mais aussi en vue de l’unité des chrétiens!

Pourquoi le 02 février?

Comme dit un adage récent: « la liturgie ne dit pas ce qu’elle fait, elle fait ce qu’elle dit »! Cela s’applique plus particulièrement pour le choix de cette date!

La liturgie du 2 février prévoit donc, avant la liturgie de la messe et si possible hors de l’église, une célébration de la bénédiction des lumières.

Puis on vient en procession en chantant le Cantique de Syméon, sous forme responsoriale, c’est à dire intercalé d’un refrain lui même issu du Cantique, et qui dit ceci « Lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël« .

Il se trouve qu’à Rome, cette bénédiction est un peu spécial, car on offre des cierges au pape. Ces derniers seront bénis, mais ils seront envoyés à ceux que le pape souhaite. Le  février, au moment même de la bénédiction des cierges, le pape on lu son bref « motu proprio » annonçant la date d’ouverture du Concile, puis a indiqué où devaient être destiné les cierges de ce jour: Voici la liste: les villes où ont eu lieu les 20 conciles oecuméniques précédents ; à celles qui lui sont plus chères: du fait de sa naissance (Bergame) ou des charges qu’il y a exercées (Sofia, Athènes, Istambul, Paris, Venise), à Milan, à cause de sa dévotion à saint Charles Borromée; aux églises et aux chapelles auxquelles se rattachent de particuliers souvenirs de sa vie; aux diocèses dans le territoire desquels ont vécu les saints personnages béatifiés ou canonisés par lui.

Par conséquent, la liturgie exprime bien le diffusion de la lumière: elle se diffuse et va dans ces lieux à la fois symboliques pour le futur concile, mais aussi pour le pape lui-même.

Bien avant que le terme « mystagogie » soit remis au goût du jour, Jean XXIII en propose une: La métaphore de la diffusion de la lumière lors de la liturgie du 2 février, serait alors l’image de ce que sera le futur concile: la diffusion de « la Lumière des nations » qu’est Jésus-Christ! D’ailleurs sobrement, Jean XXIII le dit lui-même en ces termes:

« Les meilleurs fruits que Nous souhaitons ardemment de cette célébration sont avant tout que l’Eglise, Epouse du Christ, raffermisse toujours plus la vigueur dont elle est divinement dotée et qu’elle la répande le plus largement possible dans les âmes. On peut aussi espérer que les peuples tournant leurs regards avec plus de confiance vers le Christ, « lumière pour éclairer les Nations » — ceux surtout qu’avec tant de douleur Nous voyons affligés par les souffrances, les discordes, les luttes désastreuses — pour que les peuples, donc, puissent un jour enfin goûter la vraie paix dans le respect religieux de leurs droits et de leurs devoirs réciproques. »

C’est donc la liturgie de ce 02 février qui « fait » déjà ce que le Concile  « fera » et « dira » à travers ses oeuvres!

La liturgie du 02 février anticipe déjà ce que sera la constitution dogmatique sur l’Eglise, précisément appelé « Lumen Gentium« , et dont les 1ers chapitres sont construit comme la diffusion de la lumière de la vigile pascale.

Nous pouvons y voir anticipée la visée missionnaire du Concile qui affirme bien que c’est dans le monde ce temps que l’Eglise doit annoncer Jésus-Christ, et que son Evangile puisse éclairer notre vie.

Enfin, la liturgie du 2 février, permet de comprendre le message du Jean XXIII au monde, qui le 11 septembre 1962 a pris pour image le cierge pascal et l’acclamation du Christ-Lumière comme modèle de la vocation du Concile: diffuser aujourd’hui la Lumière du Christ, qui éclaire toutes les nations.

Pour finir…

Nous ne pouvons alors que contempler à nouveau cette toile….

Car à travers cette toile, illustrant la liturgie du 2 février…

Nous y trouvons comme en condensé, la « source » et le « sommet » de la démarche du Concile Vatican II!

A l’image de Syméon qui porte Jésus-Christ, pour dans l’action de grâce de ses lèvres, chanter à Dieu sa reconnaissance et sa foi, nous pouvons déjà y voir la métaphore de ce que sera la vocation du Concile et de l’Eglise!

Elle devra « porter » Celui qui est « la Lumière des nations« , et toujours se renouveler par Lui, avec Lui, en Lui, afin que dans la communion de l’Esprit Saint, elle chante à Dieu sa perpétuelle Eucharistie.

Mais elle devra aussi « porter » Celui qui est « la Lumière des nations » à toutes les personnes de toutes races, langues et  cultures.

Si la mystagogie est l’illumination de l’expérience liturgique, alors c’est bien l’expérience liturgique de la fête de la Présentation de Jésus au Temple, qui permet d’approfondir la vocation du Concile Vatican II, ainsi que d’entrer plus avant dans le mystère de l’Eglise!

Alors Jean XXIII avait raison: pas besoin de faire de grands discours en ce jour! La liturgie du 2 février par la sobriété de son action dit, sans d’autres mots, ce que sera la vocation du Concile et la mission de l’Eglise.

Qu’il est grand et beau ce mystère!