Voici un article publié pour la revue « Eglise de Metz » en juin 2015, le bulletin officiel de l’Eglise Catholique en Moselle.

 

Parlez du diaconat permanent, c’est à la fois évoquer une histoire récente de restauration, mais c’est en même temps évoquer les racines apostoliques de l’Eglise. Les Actes des Apôtres parle du « service » sur avec le récit de l’institution des sept pour le service des tables (Ac 6, 1-7). Est-ce que cette institution des sept pour le service est le fondement apostolique du « diacre » ? Saint Irénée interpréta ce récit comme le récit fondateur du ministère diaconal, mais il faut reconnaitre que cette vision n’est plus actuelle. Les Actes des apôtres parle du « service » et non du « diacre ». A ceci s’ajoute les enseignements de saint Paul dans la lettre aux Philippiens (Ph 1,1) et à Timothée (1 Tm 3, 8-13.
En fait, l’un des textes patristiques les plus évocateurs concernant la figure du diacre est la « Didascalie des apôtres » (IIIème siècle). Le diacre est celui qui donne un témoignage d’amour au Christ et aux chrétiens dans l’accomplissement des œuvres caritatives, dans la cé-lébration des mystères sacrés et dans l’exercice d’une charge pastorale. Malgré une disparition progressive après l’âge d’or de l’époque patristique, la figure du diacre est totalement absente du visage de l’Eglise depuis le VIIème siècle, pour n’être qu’une étape vers l’ordination presbytérale.

Rétablir le diaconat comme un degré permanent de la hiérarchie de l’Eglise n’est pas née à Vatican II. Elle était déjà présente avant la seconde guerre mondiale. Elle s’est surtout développée après 1945, dans les pays de langue allemande. Cette question était d’autant plus pertinente que les besoins pastoraux étaient grands face à l’emprisonnement, à la dispersion ou à la mort d’un nombre de prêtres suite au conflit. Cette question pastorale s’accompagne en outre d’études sur les aspects théologiques et historiques du diaconat.
A travers le Concile, il y a six textes qui parlent du diaconat. La constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen gentium (n°29) parle de « restaurer ». Le décret sur l’évangélisation Ad gentes (n°16) parle de « rétablir ». Quant au décret sur les Eglise orientales Orientalium ecclesorium (n°17), il parle « d’établir ». Avant même de naître d’une considération pastorale, la question du diaconat a été d’abord été abordée sous l’angle théologique, tout simplement parce que ce dernier a été une partie de la constitution de l’Eglise dès les âges apostoliques. Restaurer le diaconat permanent c’est manifester visiblement le mystère de l’Eglise. C’est ainsi que le diacre n’est ni un « super laïc », ni « sous prêtre » : il est pour lui-même la manifestation d’un degré du sacrement de l’Ordre. Degré en tant que tel, et non une simple étape vers le presbytérat.
Restaurer le diaconat permanent entraine par la même occasion, un approfondissement renouvelé du sacrement de l’Ordre et surtout du ministère ordonné. Encore aujourd’hui cette question reste ouverte chez les théologiens.

Nous pouvons discerner trois raisons principales pour la restauration du diaconat permanent. Tout d’abord, comme degré propre de l’Ordre, il permet de reconnaître les éléments constitutifs de la hiérarchie sacrée voulue par Dieu (cf Lumen Gentium, la structure hiérarchique de l’Eglise). Ensuite, c’est une réponse à la nécessité d’assurer le soin pastoral indispensable aux communautés qui en ont été privées à cause du manque de prêtres. Enfin, c’est une confirmation et une complète incorporation au ministère de l’Église ceux qui exercent le ministère de diacres.
Paul VI promulgua en 1967 les normes générales du diaconat permanent, puis en 1972 un autre texte concernant plus largement l’ordre des diacres.