En ce 11 octobre, la liturgie catholique voit le nom de « Bienheureux Jean XXIII«  inscrit à son calendrier liturgique.

C’est en souvenir de l’ouverture du Concile Vatican II, le 11 octobre 1962, que le bienheureux Jean-Paul II inscrivit la fête de ce bienheureux à cette date qu’il avait choisie pour ouvrir la célébration de cet évènement majeur de l’Eglise du XXème siècle.

Profitons alors de cette mémoire, pour nous souvenir de son dernier texte, à la fois testament spirituel et synthèse complète de l’élan conciliaire depuis le 25 janvier 1959, jusqu’à sa promulgation le 11 avril 1963: l’encyclique « PACEM IN TERRIS« .

Alors que Jean XXIII se sait malade et que sa vie sur terre est sur le point de finir, il laissa à la fin de son encyclique des « Directives pastorales« . Elles sont au nombre de 5 majeures. Ont peut les considérer comme un « lègue » sous forme de demandes, que Jean XIII va laisser à l’Eglise. Est-ce que les Pères Conciliaires en communion avec Paul VI vont-ils accepter ce lègue et lui donner suite, ou bien le laisser dans l’oubli complet?

Il est alors extraordinaire de voir, qu’au travers de ce « lègue », les Pères Conciliaires vont lui donner réponse concrète dans 2 textes. A la fois dans « le décret sur l’Apostolat des Laïcs » et puis « la déclaration sur l’Education ».

Dans ces 2 textes, on peut trouver comme les fruits directs de ce que le lègue de Jean XXIII, contenu dans les « directives pastorales » de PACEM IN TERRIS, a suscité dans le cœur des Pères!

Nous avions pris le temps de découvrir la pensée complexe de Jean XXIII sur cette question.

Déjà la compréhension des 2 premières parties. Jean XXIII expose tout d’abord un principe théologique émanent de la Révélation Divine, à savoir l’ordre de Dieu, ordre au sein duquel l’homme est complètement au centre de tous systèmes. Cela découle directement du dogme du Dieu Créateur, où il plaça l’homme au sommet de l’univers.  La paix repose sur les conséquences de ce dogme. A ce principe théologique, Jean XXIII va le développer à partir d’une anthropologie biblique issue de la Lettre aux Romains. Lettre incontournable dans la fondation de la démarche conciliaire. A partir des thèmes de Vérité, Justice, Charité, Partage et Liberté, il va mieux cibler ce qu’implique la notion complexe de « dignité de la personne humaine« . Construire la paix passe assurément par la promotion et la protection de la dignité de la personne humaine.

Puis nous avons pris le temps de comprendre les 2 autres parties. Jean XXIII y développe sa compréhension du « Bien Commun ». Cette dernière est plus une réflexion philosophique du droit en ce qui concerne les Etats. Cependant, ce développement est fondé sur 2 principes: mettre l’homme au centre de tous systèmes, et promouvoir la liberté de la personne humaine. C’est donc à partir de ces 2 piliers qu’il va présenter les devoirs et les droits des pouvoirs politiques au sein de l’Etat. cette vision des droits et devoirs des pouvoirs politique au sein d’un Etat va l’amener ensuite à proposer une « Ethique des relations internationales. Le dernière partie de l’encyclique va exposer cette éthique. Mais Jean XXIII, telle un mouvement de spirale, va déployer son conception de l’éthique des relations internationales, à partir de l’anthropologie biblique issue de la Lettre aux Romains. L’éthique des relations internationales, fondée à partir de la notion de « Bien Commun » va être comprise en lien avec la Vérité, la Justice, la Charité, le Partage et la Liberté.

L’encyclique nous fait faire parcourir ce chemin: La Révélation divine mettant l’homme au centre de tous systèmes, et l’anthropologie biblique issue de la Lettre aux Romains vont être les 2 socles de la notion de « dignité de la personne humaine« . C’est sur ces 2 socles va pouvoir reposer la notion de « Bien Commun« , garantissant les droits et devoirs de l’autorité politique au sein de chaque Etat. Mais en même temps va pouvoir reposer « l’éthique des relations internationales« . Tout ce chemin est au service de la Paix!

Mais Jean XXIII en bon pasteur, va proposer 5 directives pastorales que nous allons découvrir:

Les 5 « directives pastorales » de Jean XXIII:

Voici les extraits de l’encyclique qui exposent ces 5 directives:

  1. « …Une fois de plus, Nous invitons Nos fils à participer activement à la gestion des affaires publiques et Nous leur demandons de contribuer à promouvoir le bien commun de toute la famille humaine ainsi que de leur propre pays ».
  2.  « …Pour pénétrer de sains principes une civilisation et pour l’imprégner d’esprit chrétien, Nos fils ne se contenteront pas des lumières de la foi ni d’une bonne volonté ardente à promouvoir le bien. Mais il faut qu’ils soient présents dans les institutions de la société et qu’ils exercent du dedans une influence sur les structures… ».       
  3. « … Trop souvent, dans beaucoup de milieux, se trouve rompu l’équilibre entre les études religieuses et l’instruction profane, celle-ci se poursuivant jusqu’au stade le plus élevé, tandis que pour la formation religieuse on reste à un degré élémentaire. Il faut donc absolument à la jeunesse une éducation complète et continue, conduite de telle façon que la culture religieuse et l’affinement de la conscience progressent du même pas que les connaissances scientifiques et le savoir-faire technique, sans cesse en développement… ».
  4. « …Il ne manque pas d’hommes au cœur généreux qui, mis en face de situations peu conformes ou contraires à la justice, sont portés par leur zèle à entreprendre une réforme complète et dont l’élan, brûlant les étapes, prend alors des allures quasiment révolutionnaires. Nous voudrions leur rappeler que la progression est la loi de toute vie et que les institutions humaines, elles aussi, ne peuvent être améliorées qu’à condition qu’on agisse sur elles de l’intérieur et de façon progressive ».
  5. « …A tous les hommes de bonne volonté incombe aujourd’hui une tâche immense, celle de rétablir les rapports de la vie en société sur les bases de la vérité, de la justice, de la charité et de la liberté : rapports des particuliers entre eux, rapports entre les citoyens et l’Etat, rapports des États entre eux, rapports enfin entre individu et familles, corps intermédiaires et États d’une part et communauté mondiale d’autre part. Tâche noble entre toutes, puisqu’elle consiste à faire régner la paix véritable …»

Il est prodigieux de lire ces 5 directives pastorales, à nous qui 50 après, avons les textes du Concile Vatican II en arrière fond.

Déjà parce que la première et la dernière directive, nous redisent encore aujourd’hui, qu’un discours pensé chrétiennement, peut être entendu par tous, croyant ou non, et peut être pertinent dans la recherche commune. Alors qu’aujourd’hui, on veut nous faire croire qu’un discours chrétien ne peut pas être entendu ni même reçu, et ne doit être prononcé que pour des chrétiens. Or, fonder une autorité politique dans un Etat, ou tout simplement les relations entre les Etats sur la Vérité, la Justice, la Charité, le Partage et la Liberté, sont des démarches parfaitement audibles, et qui permettent de pouvoir débattre. Ces 2 directives, personnellement m’encourage à poursuivre ce dialogue entre la vie chrétienne et la vie d’aujourd’hui avec ces questions.

Ensuite parce qu’elles vont avoir un écho considérable sur certains des textes du Concile.

 Il y a en a 2 en particulier: le décret sur l’apostolats des laïcs « APOSTOLICAM ACTUOSITATEM » promulgué le 18 novembre 1965. Puis la déclaration sur l’Education « GRAVISSIMUM EDUCATIONIS » promulgué le 28 octobre 1965.

L’enseignement conciliaire confirme les intuitions

Comment, en lisant la 2ème et la 4ème directive pastorale, ne pas penser à cet extrait du décret pour l’apostolat des Laïcs où il est dit ceci:

…Ils exercent concrètement leur apostolat en se dépensant  à l’évangélisation et à la sanctification des hommes ; il en est de même quand  ils s’efforcent de pénétrer l’ordre temporel d’esprit évangélique et travaillent  à son progrès de telle manière que, en ce domaine, leur action rende clairement  témoignage au Christ et serve au salut des hommes. Le propre de l’état des laïcs  étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes ; ils sont  appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un  ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien… (…)… Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l’ordre temporel. Éclairés par la lumière de l’Évangile, conduits par l’esprit de l’Église, entraînés par la charité chrétienne, ils doivent en ce domaine agir par eux-mêmes d’une manière bien déterminée. Membres de la cité, ils ont à coopérer avec les autres citoyens suivant leur compétence particulière en assumant leur propre responsabilité et à chercher partout et en tout la justice du Royaume de Dieu. L’ordre temporel est à renouveler de telle manière que, dans le respect de ses lois propres et en conformité avec elles, il devienne plus conforme aux principes supérieurs de la vie chrétienne et soit adapté aux conditions diverses des lieux, des temps et des peuples. Parmi les tâches de cet apostolat l’action sociale chrétienne a un rôle éminent à jouer. Le Concile désire le voir s’étendre aujourd’hui à tout le secteur temporel sans oublier le plan culturel. »

Il est surprenant de voir la teneur et le même élan de penser entre l’appel de Jean XXIII à transformer les choses « de l’intérieur« , que la semence évangélique doit être apporté par les laïcs, au cœur même des réalités temporelles, et l’enseignement conciliaire. Le souhait pastoral trouvera une confirmation par les Pères du Concile au travers de son enseignement. Ainsi, il est permis de penser que cet encyclique, fait parti de l’héritage du Concile! En voilà une preuve.

Mais il y également la preuve de la 3ème directive. Cet appel à l’éducation de TOUT l’homme, en harmonie avec les découvertes technologiques, va trouver un accomplissement dans la déclaration sur l’éducation. Surtout lorsque cette dernière dira ceci:

Le but que  poursuit la véritable éducation est de former la personne humaine dans la  perspective de sa fin la plus haute et du bien des groupes dont l’homme est  membre et au service desquels s’exercera son activité d’adulte.

Il faut donc, en  tenant compte du progrès des sciences psychologique, pédagogique et didactique,  aider les enfants et les jeunes gens à développer harmonieusement leurs  aptitudes physiques, morales, intellectuelles, à acquérir graduellement un sens  plus aigu de leur responsabilité, dans l’effort soutenu pour bien conduire leur  vie personnelle et la conquête de la vraie liberté, en surmontant courageusement  et généreusement tous les obstacles. Qu’ils bénéficient d’une éducation sexuelle  à la fois positive et prudente au fur et à mesure qu’ils grandissent.

De plus,  qu’ils soient formés à la vie sociale de telle sorte que, convenablement initiés  aux techniques appropriées et indispensables, ils deviennent capables de  s’insérer activement dans les groupes qui constituent la communauté humaine, de  s’ouvrir au dialogue avec l’autre et d’apporter de bon cœur leur contribution à  la réalisation du bien commun.

De même, le Concile proclame le droit pour les  enfants et les jeunes gens d’être incités à apprécier sainement les valeurs  morales avec une conscience droite et à les embrasser dans une adhésion  personnelle, et, tout autant, à connaître et aimer Dieu plus parfaitement.  Aussi, demande-t-il instamment à tous ceux qui gouvernent les peuples ou  dirigent l’éducation de faire en sorte que jamais la jeunesse ne soit privée de  ce droit sacré. Il exhorte les fils de l’Église à travailler généreusement dans  tous les secteurs de l’éducation, spécialement pour hâter la diffusion des  bienfaits d’une éducation et d’une instruction convenables, pour tous, dans le  monde entier. »

Cet extrait se trouve dans le préambule de la déclaration conciliaire. On y voit très nettement cet appel à l’éducation de la personne humaine dans toutes ses composantes, et en harmonie entres elles. Que ce soit du domaine physique, morale et intellectuel, mais aussi social, sans oublie bien évidement le domaine spirituel qui fait partie intégrante de la personne!

Ainsi l’appel de Jean XXIII à une éducation complète, afin d’assumer toute vocation humaine, trouve une confirmation et un appui par les Pères Conciliaires. Le nouveau Statut de l’Education Catholique voté le 15 février 2013, reprend à son compte cette intuition pastorale.

Conclusion:

Si le bienheureux Jean-Paul II nous a dit que le Concile Vatican II est une boussole pour notre temps, alors il nous est permis de rendre grâce parce que Jean XXIII, par son cœur et ses institutions de Pasteur de l’Eglise universelle, nous a bien préparé la route!

L’encyclique PACEM IN TERRIS, place la vie de l’Eglise, au cœur de la vie du monde. C’est à nous de poursuivre l’élan!