Nous sommes aujourd’hui le 18 janvier….

Et nous inaugurons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Un Comité international composé de représentants du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et de la Commission « foi et Constitution » du Conseil œcuménique des Eglises, propose chaque année un document sur un thème, présenté par une équipe interconfessionnelle d’un pays. C’est la Pologne qui cette année, a élaboré le parcours thématique, à travers cet extrait de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens (15, 51-58) : « Tous, nous serons transformés … par la victoire de notre Seigneur Jésus-Christ ».

Nous oublions sans doute trop vite, l’impact symbolique de la date choisie par Jean XXIII pour soumettre, lors d’un consistoire extraordinaire, la prochaine convocation du Concile. C’était à la fin de cette même semaine de prière pour l’unité des chrétiens… Un certain 25 janvier 1959…

Nous avons, dans les articles précédents, déjà tentés de mettre en perspective ce discours, et les contingences historiques de ce choix. Mais il est bon de se savoir comment la décision d’un Concile avait pour objectif d’œuvrer à l’unité des chrétiens.

Dès le 22 février 1959, en la fête de « la chaire de saint Pierre », célébration au combien symbolique de la primauté de l’enseignement de Pierre et de ses successeurs, incarnant à sa façon, le magistère et le centralisme romain, Jean XXIII adresse une lettre assez émouvante à l’évêque de Trèves : « La tunique sans couture du Christ ».

En effet, ce dernier avait invité le pape, pour la prochaine exposition de la « sainte Tunique » gardée en la cathédrale de Trèves, du 19 juillet au 20 septembre 1959.

Le pape encouragea l’inscription de cette pratique dévotionnelle, à son souhait de la convocation du Concile. Il écrit :

Nous avons en effet décidé d’annoncer un Concile oecuménique qui, avec l’aide du Saint-Esprit, doit se réunir dans un proche avenir. Puisse par lui l’Eglise catholique, une et sainte, à la fois dresser un étendard et faire entendre une voix puissante invitant à rejoindre le troupeau tous ceux, qui tout en s’honorant du nom de chrétiens, ont malheureusement été séparés d’elle autrefois.

Il semble assez évident de saisir, que le projet de la convocation du Concile a pour but, une dimension œcuménique : oeuvrer activement pour l’unité des chrétiens. Mais comment le comprendre tant l’ambiguïté rédactionnelle laisserait penser que Jean XXIII perçoit l’œcuménisme, comme un « retour » au sein de l’Eglise Catholique de ceux qui en sont séparés. Il est impensable de tenir un tel discours aujourd’hui !

Mais la nuance vient de la suite… Car Jean XXIII poursuit en écrivant :

Il n’y a que trop longtemps que l’Eglise répand sur eux ses larmes maternelles. La tunique sans couture du Christ est l’image de l’imminente unité de l’Eglise.

Ainsi, cette dévotion spirituelle devient le moyen pour lui de faire connaître une des raisons majeures de l’annonce de Concile : Jean XXIII, avec le style de son temps, confère une dimension affectée à la désunion, et par conséquent révèle son « intention cordiale » pour l’unité des chrétiens.

Il s’épanche davantage lorsqu’il continue ainsi :

La maison maternelle sera d’autant plus attirante pour ceux qui sont dans l’erreur que ceux qui sont restés en son sein, et qui attendent de pouvoir étreindre leurs frères séparés, reflèteront davantage la pure lumière des vertus évangéliques.

Pour ma part deux conséquences sont à tirer de cette dernière citation :

  1. D’une part, il est évident, que pour Jean XXIII, l’œuvre d’unité des chrétiens passera déjà par cette « dimension cordiale ». L’expression « étreindre leurs frères séparés » en est que plus étonnante ! C’est une révolution copernicienne qu’un Souverain Pontife parle des autres chrétiens en termes de « frères séparés » ! Cette révolution est telle que Jean XXIII a réussi à dire officiellement ce qu’on lui avait conseillé de modifier ! En effet l’expression « frères séparés » a été réellement prononcée le 25 janvier 1959, lors de l’annonce de la convocation du Concile. Mais au moment de la publication quelques mois plus tard, l’expression avait été modifiée pour ne pas employer le vocable de « frère » désignant ceux non catholiques… Etre capable d’écrire cela, le jour de la fête pouvant exprimer le mieux l’interprétation « ultra montaine » de l’enseignement des successeurs de Pierre… Il fallait être libre, et oser !
  2. D’autre part, Jean XXIII distingue bien entre les vertus évangéliques, et les membres de l’Eglise. Ainsi, s’il doit y avoir un « retour », ce n’est pas tant en terme de retour institutionnel, mais un retour aux sources, qui fondent la vie de l’Eglise et des disciples du Christ : la pratique des vertus évangéliques ! Voilà ce qui d’abord rayonner, tant pour ceux qui sont à l’intérieur, que ceux qui sont à l’extérieur de l’Eglise. N’est-ce justement pas, déjà exprimé, ce qu’il dira dans le discours d’ouverture le 11 octobre 1962, lorsque le Concile devra faire son « aggiornamento » : remettre en pleine lumière, le trésor qui la constitue.

Cette lettre, prouve que Jean XXIII se situe dans le sillon du Paul Couturier, prêtre français, qui en 1935, se faisait l’avocat de la « Semaine universelle de prière pour l’unité des chrétiens ». Une prière conçue pour l’unité que veut le Christ, par les moyens qu’Il veut. Ce christocentrisme à l’initiative de la prière pour l’unité des chrétiens, se trouve exprimé avec des mots quasi mystiques :

Puissent donc les enfants de l’Eglise s’efforcer fidèlement et inlassablement d’appliquer dans leur vie, les leçons de l’apôtre saint Paul qui leur indique le chemin de la sainteté en même temps que leur but suprême : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ » (Rom. 13,14). Oui, que le Christ soit votre vêtement, tant dans le silence de votre cœur, que dans vos paroles et votre conduite. Que le Christ soit votre parure, avec sa modestie, sa mesure, sa prudence, son amour, sa patience dans l’épreuve, sa douceur, son sérieux, son courage. Dépouillez-vous du vieil homme (Col. 3.9). Revêtez le Christ, représentez le Christ, soyez le Christ. »

Voilà comment une lettre, une modeste lettre pour un évènement local, nous permet de saisir un des objectifs de la préparation du Concile : Œuvrer en faveur de l’unité des chrétiens. Dans une première étape pour la prière et la dimension cordiale.

Certes ce n’est qu’une partie, une première pierre… Que dire alors de l’aspect doctrinal où s’expriment les profondes divisions…. Reste donc maintenant à savoir ce que le Concile dira de l’oecuménisme, et comment il propose d’aborder la question doctrinale.

Tousles textes sont tirés de la Documentation Catholique, T. LVI, N°1308, 19 juillet 1959, p. 954.