Ouverture du Concile, octobre 1962C’est à la date du 25 janvier 1959, que le bienheureux Jean XXIII  annonce son désir de voir se rassembler un Concile œcuménique.

Dans les articles précédents (notamment ici), nous avons pu mettre en relief  les tenants et les aboutissants de ce texte.

25 janvier… Fête liturgique de la Conversion de saint Paul, dont l’exemple reste un modèle pour l’Eglise. Il est à noter, que c’est la seule fête du calendrier liturgique qui met aussi bien en exergue une conversion ! L’oraison de la liturgie d’ouverture disant : « Dieu qui a instruit le monde entier par la parole de l’Apôtre saint Paul dont nous célébrons aujourd’hui la conversion, accorde nous d’aller vers toi en cherchant à lui ressembler et d’être dans le monde, les témoins de ton Evangile… », nous met dans une double perspective : à la fois se rapprocher de Dieu en « imitant » l’apôtre des nations, mais en même temps, aller vers le monde pour être témoin de l’Evangile.

Dans les articles précédents, nous avions pu voir que Jean XXIII, met l’Eglise sur un chemin paulinien, par la décision d’annoncer la convocation future du Concile, et par la manière de la mettre en acte ! A travers l’oraison liturgique de la fête de saint Paul nous avons, comme en résumé, l’intégralité de la démarche conciliaire énoncée par le terme « aggiornamento ». A savoir, se « rapprocher de Dieu » par l’approfondissement et la redécouverte du dépôt de la Foi. Mais en même temps « aller vers le monde », pour que le dépôt de la Foi ainsi retrouvée, puisse être annoncée avec fidélité dans le monde de ce temps. Lors de l’inauguration, le 11 octobre 1962, Jean XXIII dira : « …Ce qui est très important pour le Concile œcuménique, c’est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté d’une façon plus efficace… ». La démarche conciliaire prend son sens dans l’action liturgique même de la Conversion de saint Paul !

25 janvier… Clôture de la Semaine de Prière pour l’Unité des chrétiens : Il est clair que ce choix de Jean XXIII est évident : le Concile œcuménique sera une œuvre pour l’unité des chrétiens ! Mais cette idée ne sera pas la seule vision du bon pape Jean, sa lettre à l’évêque de Trêves du 22 février 1959, que nous avons commentée le démontre bien. Mais ce sera inscrit dans les textes conciliaires !

C’est en date du 21 novembre 1964, lors de la troisième session du Concile, que le décret « Unitatis redintegratio » sera voté à 2137 voix contre 11. Ce décret porte justement sur l’œcuménisme.

Il fait partie de l’ensemble de la troisième session, qui fut une session ecclésiologique, c’est-à-dire sur la compréhension du mystère de l’Eglise. Le même jour fut signée la constitution dogmatique « Lumen Gentium » donnant les bases du renouvellement de l’ecclésiologie, ainsi que le décret « Orientalium Ecclesiarum » portant sur les Eglises orientales catholiques.

Faisons déjà un « arrêt sur image » sur cette troisième session. Son caractère ecclésial étant fort, nous montre que l’oecuménisme s’insère étroitement dans la pensée théologique de « l’Eglise ». L’œcuménisme n’est pas une option amicale de relations fraternelles. Au contraire, on peut y discerner que « penser l’Eglise » pour tenter de la définir n’est pas un repli identitaire mais porte en soi la démarche d’ouverture et de relation à l’autre !

Si nous regardons l’organisation du texte nous avons : un préambule (1 numéro), les principes catholiques de l’œcuménisme (3 numéros), l’exercice de l’œcuménisme (08 numéros), les églises et les communautés ecclésiales séparées du Siège Apostolique (11 numéros). Tout cela nous montre la pédagogie du Concile :

  • On pose les soubassements théologiques, en particulier en lien avec l’ecclésiologie.
  • On tente ensuite de définir une manière d’agir, une sorte « d’éthique œcuménique ».
  • On tente enfin de dresser un bilan respectueux des relations entre l’Eglise Catholique et les autres Eglises chrétiennes, afin de mettre en lumière les points de divisions au niveau de la foi et de la structure ecclésiale.

Je voudrais vous proposer quelques lignes fortes de ce décret. J’ai entendu de temps à autres des réactions au sein de l’institution ecclésiale, regardant de très haut les « décrets », comme avec une sorte de dédain, préférant uniquement se concentrer sur les constitutions dogmatiques. Pardonnez ces propos extravagant, mais je trouve cela très réducteur ! Les textes du Concile sont à prendre en totalité, chacun selon son rang, et non pas uniquement par parcelles, tout aussi importantes soient-elles.

Dans le préambule par exemple, il est écrit dès les premiers mots du décret:

…Promouvoir les restauration de l’unité entre tous les chrétiens est l’un des buts principaux du saint concile œcuménique de Vatican II…

Peut-on être plus clair ! Aujourd’hui, on se « gargarise » un peu partout de retrouver la théologie du Concile, avec cette idée « d’herméneutique de la continuité »… Mais avec des fins qui de temps à autre se révèlent comme un « repli identitaire » et un « durcissement des positions ». Or si nous voulons vivre cette « continuité » tant recherchée et encouragée par Benoît XVI, nous ne pouvons faire fi de cette citation ! Si le concile a eu pour un de ces buts principaux d’œuvrer à l’unité des chrétiens, nous ne pouvons aujourd’hui nous replier sur nous même, et recreuser une sorte de douve pour nous protéger ! On ne peut vivre le jubilé du Concile en se durcissant ! Si l’on vient à le faire, alors nous sommes en « rupture » manifeste avec l’héritage du concile ! Travailler aujourd’hui à l’unité des chrétiens, est la continuité même de l’œuvre souhaitée par le concile.

Le préambule se termine en disant :

Voilà pourquoi, le concile, considérant avec joie tous ces faits, après avoir déclaré la doctrine relative à l’Eglise, pénétré du désir de rétablir l’unité entre tous les disciples du Christ, veut proposer à tous les catholiques les secours, les orientations, et les moyens qui leur permettront à eux-mêmes de répondre à cet appel divin et à cette grâce…

Peut-on encore être plus clair ! Le décret fait référence explicite à la constitution dogmatique « Lumen Gentium », votée et promulguée le même jour. Cette constitution, exposant une « mise à jour » théologique et renouvelée de la présentation de l’Eglise, a pour conséquence pastorale pratique, une promotion et une œuvre en faveur de l’unité des chrétiens ! Le Concile, à travers ce décret, propose aux catholiques, une orientation pastorale ! On ne peut aujourd’hui, recevoir, et se réapproprier la constitution dogmatique « Lumen Gentium » pour témoigner un repli identitaire, et un durcissement des positions ! Si la réappropriation théologique de « Lumen Gentium » conduit les ministres ordonnés et les laïcs, à un repli sur eux-mêmes, alors nous opérons une « rupture » manifeste avec l’intention du Concile ! Il semble évident, que les pères conciliaires, en donnant aux chrétiens une remise à jour de l’identité de l’Eglise, n’avait pas dans l’idée, qu’ils se braquent sur cette identité ! Au contraire l’identité ecclésiale catholique proposée par « Lumen Gentium » est une base en vue d’un dialogue œcuménique !

Les trois numéros (2-5) que constituent les principes catholiques de l’œcuménisme, sont un magnifique résumé de la constitution dogmatique « Lumen Gentium », en particulier le numéro deux du décret ! Le numéro trois est un résumé historique des divisions au sein de l’unité de l’Eglise. Cette vision historique est une base théologique très importante.

Il y est écrit:

…Dans cette seule et unique Eglise de Dieu apparurent dès l’origine certaines scissions, que l’apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables ; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus graves, et des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de l’Eglise catholique…

Cette vision « historique », conséquence directe de l’Incarnation de Jésus-Christ, est capitale pour saisir un des fondements théologiques de l’œcuménisme. Selon le décret, l’Eglise Catholique a ce que l’on peut improprement nommer de « préséance historique originelle». C’est d’ailleurs sur cette conception théologique que bien des ambiguïtés et des incompréhensions se sont produites au court des dernières années, surtout avec le texte de Benoît XVI, « Dominus Iesus », écrit lorsqu’il était Préfet de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, où il rappelait un principe théologique important à savoir que l’unité de l’Eglise « subsiste » dans l’Eglise Catholique. Ce livre, du cardinal Joseph RATZINGER à l’époque, repose sur une citation textuelle du numéro quatre :

… Cette unité, le Christ, l’a accordée à son Eglise dès le commencement. Nous croyons qu’elle subsiste de façon inamissible dans l’Eglise Catholique, et nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles…

Ici, dans son contexte scripturaire, le verbe « subsiste » n’est pas compris au sens restrictif mais souligne cette « préséance historique originelle ». D’ailleurs la subtilité de ce concept mériterait qu’on le développe, tant il est compris généralement négativement. En tous cas, il n’implique pas une sorte de soumission des autres confessions chrétiennes à « revenir » au bercail parce qu’ils sont dans l’erreur, ni même aux catholiques de se croire sans péchés et imbus d’eux-mêmes. Au contraire cette « préséance historique originelle » implique une conversion permanente, surtout lorsque le même numéro dit quelques lignes plus loin :

… Néanmoins ses membres n’en vivent pas avec toute la ferveur qui conviendrait… C’est pourquoi, tous les catholiques doivent tendre à la perfection chrétienne…

Même si cette « préséance historique originelle », est un argument théologique fort dont le numéro quatre en livre une limpide synthèse qu’il conviendrait toujours d’approfondir, il n’empêche que le document ouvre à une éthique pour la pratique de l’œcuménisme qui prévaut non seulement envers les protestants, les orthodoxes, les anglicans, et autres confessions chrétiennes, mais aussi envers les disciples de Monseigneur Lefebvre ! Le même numéro quatre dit :

Conservant l’unité dans ce qui est nécessaire, que tous, dans l’Eglise, chacun selon sa fonction qui lui est départie, gardent la liberté que de droit, qu’il s’agisse des formes diverses de la vie spirituelle et de la discipline, de la variété des rites liturgiques, et même de l’élaboration théologique de a vérité révélée, et qu’en tout ils pratiquent la charité. De la sorte, ils manifesteront toujours plus pleinement la véritable catholicité et apostolicité de l’Eglise…

Pour terminer la présentation de ce décret, la partie intitulée « Exercice de l’œcuménisme » exprime avec beaucoup de sagesse, de pondération, et de lucidité, la tâche ô combien exaltante mais complexe de l’unité des chrétiens. En tous cas cette partie appelle à la patience et à la mesure dans le respecte et la rigueur. Par exemple, il est écrit au numéro dix:

C’est de la formation des prêtres que dépendent surtout la nécessaire éducation et la formation spirituelle des fidèles et des religieux…

Une question se pose alors… Est-ce que l’enseignement de l’ecclésiologie de « Lumen Gentium » dans les séminaires, les universités catholiques et autres lieux de formation, incline et oriente vers cet idéal pastoral ?

En tous cas ce décret n’a pas fini de révéler ses richesses ! Je ne peux que vous encourager à aller le lire, surtout si vous côtoyez d’autres chrétiens !

Si « Lumen Gentium » tente de définir ce qu’est l’Eglise, alors « Unitatis redintegratio » nous propose comment « faire Eglise » ! A travers ce décret, nous avons une boussole sûre afin de mettre en pratique la constitution dogmatique « Lumen Gentium » !

Oui! Vatican II apparaît à ce jour, comme un concile ecclésiologique!