Voici une libre action de grâce pour cette entrée dans l’année jubilaire.

Ca y est ! Nous y sommes pour de bon ! Nous voilà complètement dans l’année de la foi et de la célébration jubilaire de l’ouverture du Concile !

Je ne vais pas tout de suite apporter un commentaire sur le discours de Jean XXIII que j’ai plaisir à relire pour nourrir un temps d’oraison…

Laissez-moi le savourer aujourd’hui tant il est plus complexe et plus nuancé que nous le pensons… Je pense avoir des petites idées pour des prochains articles…

En fait, j’ai pris conscience de la fructuosité d’un tel discours, pour ce monde si au sein duquel je vis lorsque j’ai célébré la messe en paroisse en l’église sainte Thérèse de Metz.

Pas de Saint-Esprit « frappeur », ni d’extases contemplatives et encore moins mystiques… Tout simplement une attention renouvelée lors des Lectures de la Sainte Ecriture, prévue pour ce jeudi 1& octobre 2012, jeudi de la 27ème semaine du temps ordinaire, année paire…

 

Il est extraordinaire de constater que ce lectionnaire, fruit de la réforme conciliaire, donc bien au-delà de l’évènement de l’ouverture, par la Providence qui dépasse l’entendement, nous a donné en partage des textes, qui chacun d’eux donne un reflet inouïe de ce Discours Solennelle du « bon pape Jean », qui présente à la fois la méthodologie mais aussi l’éthique de Vatican II.  Oui, pas un mot de la Sainte Ecriture proposé par la liturgie de l’Eglise, n’a trouvé d’écho dans notre temps, cristallisé par ce solennel discours, et qui a permis que la Parole éternelle de Dieu, ce Verbe, vienne toucher nos pauvres oreilles et notre intelligence limitée.

Quand je pense à la Lettre de saint Paul aux Galates (Gal 3,1-5), qui posant cette question cruciale :

« …Si dieu vous fait don de l’Esprit, s’il réalise des miracles parmi vous, est-ce parce que vous avez observé la Loi de Moïse, ou parce que vous avez écouté le message de la foi ? »

En traitant ces gens comme de « pauvres fous », parce qu’il se détournait de l’Evangile et de Jésus-Christ qu’il avait présenté….

 Comment ne pas penser à Jean XXIII qui a souhaité que le Concile puisse manifester le visage de Christ, et dont le discours engage bien les Pères Conciliaires dans cette direction : que l’Eglise puisse présenter Jésus-Christ au monde de ce temps, de notre temps ! Il dit :

« La célébration de ce concile nous fait donc un devoir d’exprimer notre reconnaissance envers Celui de qui viennent tous les biens et de proclamer en un chant joyeux la gloire du Christ Notre Seigneur. »

Alors que les Galates s’enfonçaient dans une marche arrière de la religion, saint Paul les a encouragés à retrouver l’élan de la foi et regarder devant! Jean XXIII fait de même en disant à sa manière :

« Les lumières de ce Concile seront pour l’Eglise, Nous l’espérons, une source d’enrichissement spirituel. Après avoir puisé en lui de nouvelles énergies, elle regardera sans crainte vers l’avenir. »

 Alors même en ce 11 octobre 2012, nous ne pouvons que nous laisser interpeller à réentendre le message de notre foi, qu’avec des mots autres, le Concile a su traduire et présenter au monde, comme le souhaitait Jean XXIII il y a 50 ans jour pour jour:

« Ce qui est important pour le Concile œcuménique, c’est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté d’une façon plus efficace… Le XXI Concile œcuménique, qui bénéficiera de l’aide efficace et très appréciable d’experts en matière de science sacrée, de pastorale et de questions administratives, veut transmettre dans son intégrité, sans l’affaiblir ni l’altérer, la doctrine catholique qui, malgré les difficultés et les oppositions, est devenue comme le patrimoine commun des hommes».

Et puis, la liturgie de ce jeudi 11 octobre 2012 nous faisait entendre, en réponse à la Lettre aux Galates, le cantique de Zacharie (Lc 1, 6-8). Alors que saint Paul manifestait son élan apostolique de prédication de l’Evangile, en vue de raviver les Galates aux sources de la foi, voilà l’exemple de cet homme, qui justement, par manque de foi, avait perdu l’usage de sa parole. Il avait retrouvé la parole, lorsque par le biais de sa tablette, il avait manifesté la foi de son cœur, en consentant au projet de Dieu. C’est alors que manifestant la foi dans son cœur, Zacharie pu à nouveau la dire par ses lèvres, à travers cette action de Grâce.

Ne pouvons-nous pas considérer ce discours d’ouverture de Jean XXIII, comme « rendant visible » cette attitude de Zacharie ? Car que souhaite le pape pour le Concile, si ce n’est « retrouver la parole », pour qu’avec les mots d’aujourd’hui, dans le monde de ce temps, elle puisse annoncer Jésus-Christ et le trésor du dépôt de la foi ? Car Jean XXIII montre bien que la raison de la convocation du Concile n’est pas pour régler une question de foi et doctrinale, mais réaffirmer autrement les éléments de la doctrine. Afin que cette réaffirmation puisse corriger les erreurs qui circulaient. Il veut, que par le Concile, l’Eglise retrouve l’usage de la parole ! Qu’elle puisse être entendue car le pape dit :

« …Puisque cette doctrine embrasse les multiples domaines de l’activité humaine, individuelle, familiale et sociale, il est nécessaire avant tout que l’Eglise ne détourne jamais son regard de l’héritage sacré de vérité qu’elle a reçu des anciens. Mais il faut aussi qu’elle se tourne vers les temps présents, qui entrainent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l’apostolat catholique. ».

Jean XXIII imprime un double mouvement : un regard contemplatif sur le dépôt de la foi. Contemplatif, parce que « le symbole des apôtres » a longtemps été considéré dans l’histoire de l’Eglise, comme une analogie avec un sacrement, c’est-à-dire qu’au-delà de la narration temporelle, nous est communiqué quelque chose d’invisible et d’éternelle. Mais en même temps une écoute attentive du monde dans lequel nous vivons, pour penser et repenser l’apostolicité de l’Eglise. L’action de Concile se devra d’être nourrie de la contemplation des vérités de la foi, mais s’adjoignant d’une prise de conscience de son apostolicité : comment aujourd’hui vivre cette succession apostolique pour qu’elle puisse être féconde.

L’apostolicité de l’Eglise repose précisément sur sa capacité d’annoncer dans le monde tel qu’il est. Et l’apostolicité de l’Eglise nécessite une modification de l’apostolat en fonction des contingences temporelles qui évoluent. Jean XXIII, afin que l’Eglise puisse comme Zacharie retrouver l’usage de la parole, pour vivre son apostolicité et sa vocation inhérente d’annoncer, propose une méthodologie très précise qu’il expose en ces termes :

«… Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présenté de la façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment, s’il le faut, à son élaboration ; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral. »

 Jean XXIII condense cette méthodologie pour que le Concile, comme Zacharie, puisse retrouver la parole : elle se nourrira de la contemplation, et cette contemplation suscitera une adaptation de la forme, pour qu’au travers la dimension pastoral, se révèle surtout la dimension « apostolique » de l’Eglise ! L’Eglise ne peut annoncer fidèlement, sans être profondément apostolique !

Mais alors, comment considérer cette forme ? Comment dialoguer ? Car la forme est une chose, mais elle nécessite un éclairage sur la posture relationnelle à adopter ? La question de la forme, ne se résout complètement que dans la manière dont nous concevons la relation. Jean XXIII place bien le Concile dans cette perspective dialogale, mais comment conçoit-il ce dialogue ?

C’est à ce moment-là que l’Evangile de ce jeudi 11 octobre 2012, de la 27ème semaine du Temps ordinaire, est capital. Il s’agit de l’Evangile selon saint Luc (Lc 11, 5-13)Cette péricope parle de la sans-gêne d’un homme, qui au cœur de la nuit, vient demander quelque chose. Jésus, de ce bouleversement va donner un enseignement extraordinaire :

« Quel père paris vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ? Ou un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.»

Jésus met en lumière cette sollicitude faite de bonté et de bienveillance qu’il convient que tous chrétiens puissent cultiver.

C’est précisément dans cette sollicitude aimant vis-à-vis du monde que Jean XXIII souhaite engager le Concile ! Qu’à travers son œuvre, il sache dialoguer mais dans la bienveillance et l’amour tant paternel que maternel ! C’est peut-être  à la lumière que de cet enseignement évangélique que l’on peut comprendre comment il s’est incarné concrètement dans le geste inaugural de Jean XXIII ! L’Eglise ne sera pas là pour condamner mais aimer ! Le dialogue avec le monde ne sera pas sur le registre de la condamnation, mais de la réconciliation ! C’est sur cette révolution copernicienne de la relation Eglise/Monde que le Concile devra trouver la forme adéquate. Jean XXIII va définir l’éthique du Concile, sa déontologie.

Jean XXIII a bien conscience que le monde est « en souffrance », et qu’ayant cette « souffrance » en lui, l’Eglise devra apporter un message de consolation. Voilà comment il exprime se discernement et la perspective relationnelle de la réponse de l’Eglise :

« …Au moment où s’ouvre ce 2ème Concile œcuménique au Vatican, il n’a jamais été aussi manifeste que la vérité du Seigneur demeure éternellement. En effet, dans la succession des temps, nous voyons les opinions incertaines des hommes s’exclure les unes des autres, et bien souvent à peine les erreurs sont-elles nées qu’elles s’évanouissent comme brume au soleil. L’Eglise n’a jamais cessé de s’opposer à ces erreurs. Elle les a même condamnées, et très sévèrement mais aujourd’hui, l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la Miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. Certes, il ne manque pas de doctrines et d’opinions fausses, et de dangers dont il faut se mettre en garde et que l’on doit écarter ; mais tout cela est si manifestement opposé aux principes d’honnêtetés et porte des fruits si amers, qu’aujourd’hui les hommes semblent commencer à les condamner eux-mêmes. C’est le cas particulièrement pour ces manières de vivre au mépris de Dieu et de ses lois, en mettant une confiance exagérée dans le progrès technique, en faisant consister la prospérité uniquement dans le confort de l’existence…. Mais ce qui est très important, c’est que l’expérience a fini par leur apprendre que la violence extérieure imposée aux autres, la puissance des armes, la domination politique ne sont pas capables d’apporter une solution heureuse aux graves problèmes qui les angoissent. »

Jean XXIII place ici l’Eglise dans un dialogue avec le monde telle une relation d’adulte à adulte ! L’Eglise ne prendra plus la posture de la maturité face à un monde qui n’est considéré que comme un enfant qu’il convient d’éduquer! Jean XXIII reconnait le discernement du monde et sa capacité à nommer et à se séparer du mal. Il cible les difficultés sociétales, économiques, politiques de son époque, avec une précision et une sagesse peu commune !

Mais c’est dans cette reconnaisse, ce vis-à-vis d’adulte à adulte, que Jean XXIII va définir la mission du Concile face à cette « souffrance » qu’il qualifie d’angoissante. Voici sa mission :

«…L’Eglise Catholique, en brandissant par ce Concile œcuménique le flambeau de la vérité religieuse au milieu de cette situation, veut être pour tous un Mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de Miséricorde pour ses fils qui sont séparés d’elle. »

*Jean XXIII souhaite que l’Eglise, qui perpétue les mystères de la vie du Christ dans son existence historique, puisse « incarner » concrètement la parole du Fils Prodigue, selon le même évangéliste saint Luc ! Le Concile devra faire œuvre d’incarnation de la Miséricorde de Dieu, de la possibilité du Salut par la Foi en Jésus-Christ, de la charité même du Christ qui est venu non pas pour condamner mais pour sauver! On en peut qu’être impressionné par cet « éthique » de la démarche conciliaire, pétrie d’éthos biblique inspiré de l’Evangile !

Ainsi, à travers la présentation de sa méthodologie et de son éthique, Jean XXIII engage le Concile et l’Eglise sur le chemin de la « manifestation du visage du Christ » !

« Qui m’a vu a vu le Père ! » A travers son humanité, assumée dans ses contingences temporelles, l’éternité de Dieu s’est rendue visible ! Mystère de la maternité lors de la fête de Noël. Le concile, par ses textes et son témoignage concret d’humanité devra poursuivre ce même mystère ! Grâce à lui, c’est le visage du Christ qui doit transparaitre !

Comment ne pas être interpellé par ce discours encore aujourd’hui ! Comment ne pas en prendre de la graine pour les questions de notre temps ! Mais la tentation est grande, en entrant dans la démarche jubilaire, d’oublier toute cette déontologie ! Car ne trouvons-nous pas que face aux problèmes si importants de notre époque, un bon nombre de chrétiens réagissent un peu comme ces « prophètes de malheur » qui ne voient que la destruction à venir et la chute de monde. La tentation est grande et elle est réelle d’entrer dans une nouvelle phase de la réception du Concile, avec la posture des prophètes de malheur !

Non !

Ne devons pas ces nouveaux « prophètes de malheur » ! Car pour moi, ce discours pose une question plus fondamentale : pour être responsable faut-il nécessairement passer le fatalisme et pour éduquer à la responsablité faut-il avoir la pédagogie de la peur de la fatalité. Question philosophique du demeure, mais qui rend encore plus prophétique ce discours, qui à mon sens, est le meilleur antidote contre les extrémismes de toutes tendances politiques ou religieuses !

Alors voilà mon anamnèse !

Je rends grâce à Dieu pour ces textes liturgiques du jeudi 11 octobre 1962, qui m’ont permis de voir que la Parole de Dieu est à l’œuvre en ce temps, et qu’elle « tranche » dans le vif du sujet!