Alors qu’est sortie il y a moins d’une semaine le dernier livre du pape Benoît XVI, je me permets de vous en recommander la lecture.

Pourquoi?

Tout simplement parce que sa méthode d’écriture et d’analyse manifeste l’intuition théologique qui émane dans la Constitution dogmatique Dei Verbum. Dans un article précédent, nous avions vu que la Constitution rappelle qu’il y a certes une unique source de la Révélation qu’est la Parole de Dieu, mais que cette dernière jaillie en 2 lieux: les Saintes Ecritures et la Tradition apostolique.

Il se trouve que c’est précisément dans cette perspective que le pape souhaite commenter et analyser les récits de l’Enfance de Jésus, selon saint Matthieu et saint Luc, et avec quelques allusions au Prologue de saint Jean.

Benoît XVI propose un commentaire qui tient compte non seulement de la radicalité des Saintes Ecritures, tant dans ses contingences historiques et narratives, mais en la mettant en perspective avec la Tradition des apôtres, et par conséquent la foi de l’Eglise.

C’est en suivant cette intuition théologique de Dei Verbum, que Benoît XVI propose un geste intellectuel fort, qui est de « réconcilier » le Jésus de l’histoire et le Jésus de la Foi. Pendant longtemps l’exégèse moderne fût divisé sur cette question. On ne peut connaître le Jésus de l’histoire à travers les Ecritures, mais seulement le Jésus de la Foi ! Or, c’est en commentant le récit évangélique dans sa littéralité, en dialogue avec la Tradition, que Benoît XVI propose une nouvelle herméneutique des Ecritures.

Voici une recension de ce livre qui a été prononcée sur Radio Jerico (Metz), le mardi 27 novembre 2012.

« L’Enfance de Jésus » est le dernier livre de Benoît XVI, sortie en édition française le 21 novembre 2012.

Lorsque l’on regardait les commentaires de certains médias, nous ne pouvions qu’être surpris de voir que l’on prenait avec humour et une certaine ironie maladroitement camouflée, ce dernier livre… Benoît serait-il devenu un vieux gâteux qui « sucre des fraises » !  Qu’est-ce qu’il a besoin de remettre sur le tapis toutes ces vieilleries telle que la naissance virginale de Jésus, l’étoile des mages, et autres bêtises pour endormir les enfants…. Les plus grands détracteurs pourraient penser que vraiment Benoît XVI, comme tous les vénérables vieillards, semble être « retourné en enfance », et prêtre crédit à tous ces récits imaginaires bon pour s’endormir!

Et pourtant, il n’en est absolument rien ! Car Benoît XVI aborde la question de l’enfance de Jésus avec pragmatisme, études scientifiques et historiques, visions théologiques et acte de foi.

Pour lui, la motivation de cet ouvrage est claire : aujourd’hui encore se pose la question de savoir qui est Jésus? Et d’où vient-il ? Ces deux questions essentielles sont comme la trame de fond de l’ensemble, avec les deux volumes précédents. Car il est bien évident que les Evangiles dans leur ensemble sont loin d’être précis et unanime sur la question. Il y a bien un mystère à découvrir, sur cet homme qui, quoi que l’on en pense à changer mieux que personne la face du monde !

Benoît XVI propose comme « méthode » pour découvrir ce mystère des origines de Jésus, tant familiale que géographique, un cheminement reposant sur cette citation extraite de son avant-propos : « …Une interprétation juste, selon moi, requiert deux étapes. D’abord, il faut se demander ce qu’ont voulu dire, à leur époque, les auteurs de ces textes – c’est la composante historique de l’exégèse. Mais il ne faut pas laisser le texte dans le passé. La seconde question doit être : « Ce qui est dit est-il vrai ? Cela me regarde-t-il ? Et si cela me regarde, de quelle façon ? ».

Le génie du pape est de dire avec une écriture d’une telle limpidité et d’une telle simplicité, les données les plus complexes de l’exégèse, de l’histoire, de l’archéologie et du traitement scientifique des sources, des analyses littéraires, surtout en ce qui concerne les récits de l’enfance, où il l’on peut dire qu’il n’y a pas grand-chose.

Parfois ce livre peut être déroutant, car Benoît XVI prend en considération les théories les plus diverses, qui vont parfois complètement à l’encontre de la foi de l’Eglise. C’est le cas par exemple de la naissance de Jésus où des théories émettent l’idée qu’il n’est pas né à Bethléem mais à Nazareth. Benoît XVI avec honnêteté expose ces théories, avec une reconnaissance quant à la pertinence de certains de leurs arguments. Mais il faut faire attention car il va les développer non pas pour les acquiescer, mais pour montrer qu’elle conduise à l’absurde. C’est précisément ce qu’il fait pour cette question. Or, il s’agit ici d’une technique d’analyse qui est propre à la scolastique du Moyen-Age. On montre dans les théories opposées la pertinence des propos contradictoires, et on les approfondit pour montrer le potentiel absurde qu’elle contienne, et qui tôt ou tard nous conduira dans l’impasse. Pour le cas de Bethléem, c’est net. Car Benoît XVI montre la divergence de présentation de la naissance de Jésus selon Matthieu et Luc. Il y a deux traditions différentes et bien distinctes, mais qui s’accordent parfaitement sur certains détails, dont le lieu de Bethléem. Cela rend absurde l’idée d’un autre lieu.

Enfin Benoît XVI, avec ce livre « l’Enfance du Christ », rend toute la poétique à l’humanité de Jésus-Christ. Personnellement c’est une bulle d’oxygène, dans ce monde qui est tout sauf poétique ! Ce livre est donc porteur réellement d’espérance, et de lire un ouvrage qui rend aussi bien compte de tout le potentiel poétique de l’humanité de Jésus-Christ cela redonne enfin de l’épaisseur à notre propre humanité, et de croire alors autrement en lui!

Ce livre est bien un plaidoyer en faveur de l’humanité de Jésus ! Une humanité nouvelle ! C’est cette dernière qui renouvellera entièrement la nôtre. Oui aujourd’hui encore, l’humanité de Jésus-Christ a quelque chose à dire à la nôtre, et c’est Elle qui l’élèvera vers les Biens éternels auxquels elle aspire !

Si Gilbert BECAUD, avait chanté qu’il est mort le poète, alors Benoît XVI est en train de nous le ressusciter !

Alors merci !!!

Saviez-vous que ce travail exégétique de Benoît XVI, peut nous aider à mieux comprendre et à mettre autrement en valeur un chef d’oeuvre de la musique religieuse romantique française: « l’Enfance du Christ » , opus 25 de 1854 d’Hector BERLIOZ( 1803-1869)! Si vous voulez découvrir cette oeuvre….