Alors qu’en ce 22 février 2013, l’Eglise fait une « pause » dans la démarche pénitentielle du carême afin de célébrer joyeusement la fête de la « Chaire de Saint-Pierre« , la récente de renonciation de Benoît XVI le 11 février dernier, a tout de même provoqué une onde de choc vis à vis de la compréhension même du ministère pétrinien.

En effet, outre le fait de saluer unanimement le courage, l’humilité et la lucidité de Benoît XVI, il n’empêche qu’au delà de sa personne et l’affection quasi paternelle que beaucoup peuvent lui porter, on peut être très sérieusement ébranlé!

Même si le code de droit canonique de 1983 le dit clairement, est-ce tout de même « raisonnable » qu’un pape puisse renoncer à sa charge?  Peut-on concevoir et imaginer qu’un pape puisse y renoncer, tant nous étions quasi « infaillibles » sur la pérennité de sa hiératique stabilité, dans un monde qui bouge à 100 km/h. On regardant de près les diverses réactions dans les journaux, jusque dans les signes d’affections manifestés à Benoît XVI; on peut mesurer le « tsunami intellectuel et organique » d’une telle décision, qui telle une puissante lame de fond, fait vaciller sur ses bases nos idées reçues, conscientes ou inconscientes, sur la représentation de la charge de pape.

Si en son temps, Benoît XVI et son célèbre discours de Ratisbonne de septembre 2006 sur le rapport Foi/Raison, avait provoqué une telle onde de choc non justifié « ad extra » de l’Eglise, sa renonciation en provoque une autre, mais « ad intra » cette fois-ci. Cependant, est-elle bien « raisonnable » de concilier renonciation et ministère qui provienne de la Grâce de Dieu et du mystère de l’Eglise?

Ne pourrions-nous pas profiter de ce « bouleversement » afin de replonger dans les textes du Concile Vatican II pour mieux en comprendre l’enseignement quant à la vision théologique du ministère pétrinien?

« Lumen Gentium » et le dogme de « l’infaillibilité pontificale« 

La réponse à notre question se trouve dans la constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen Gentium« .

C’est après avoir d’abord présentée la fondation trinitaire et mystérique de l’Eglise (numéros 1 à 8), puis la notion de « Peuple de Dieu » (numéros 9 à 17),  que la Constitution aborde la constitution hiérarchique de l’Eglise (numéros 18 à 30). On entend par « constitution hiérarchique de l’Eglise » ce que nous appelons aujourd’hui le « ministère ordonné« , c’est à dire évêque, prêtre et diacre.

Le numéros 18, en guise d’introduction fait une synthèse à la fois biblique et théologique. Biblique parce qu’il rappelle la Volonté de Jésus-Christ de constituer le collège des 12 apôtres afin qu’ils deviennent « pasteurs » et « moyens de croissance de l’Eglise« . Théologique parce que le Concile réaffirme ce qui a été prononcé au précédent Concile Vatican I, en ce qui concerne le dogme de l’infaillibilité pontificale! Voici ce qui est dit:

« Ce saint Concile, s’engageant sur les traces du premier Concile du Vatican, enseigne avec lui et déclare que Jésus-Christ, pasteur éternel, a édifié la sainte Eglise en envoyant ses apôtres, comme lui-même avait été envoyé par le Père; il a voulu que les successeurs de ces apôtres, c’est à dire les évêques, soient dans l’Eglise, pasteurs jusqu’à la consommation des siècles. Mais pour l’épiscopat lui-même fût un indivis, il a mis saint Pierre a la tête des autres apôtres, instituant, dans sa personne, un principe et un fondement perpétuels et visibles d’unité de foi et de communion. Cette doctrine du primat du Pontife Romain et de son infaillible magistère, quant à son institution, à sa perpétuité, à sa force et à sa conception, la saint Concile à nouveau le propose à tous les fidèles comme un objet certain de foi…« 

Par l’utilisation de l’expression « propose à tous les fidèles comme un objet certain de foi« , le Concile Vatican II réaffirme la doctrine de l’infaillibilité pontificale, issue du Concile Vatican I en sa 4ème session avec la Constitution dogmatique « Pastor aeternus« .

Mais faisons un arrêt sur image sur ce numéro 18…

Car avant de réaffirmer la doctrine de l’infaillibilité pontificale, notons au passage que les Pères du Concile prennent soin de replacer cela au sein du « Collège des apôtres« , dont les successeurs seront le « collège des évêques« . Les Pères du Concile disent bien que les évêques sont « Pasteurs » de l’Eglise, rendant ainsi caduque l’expression faisant du pape le seul et unique « Pasteur » de l’Eglise! Par contre, au sein de ce « collège » le ministère pétrinien prend un relief particulier en tant que principe d’unité de foi, et de communion!

Nous avons alors une première définition du ministère pétrinien: assurer l’unité de la foi, et la communion au sein du « collège« , de tous ceux qui portent le titre de « Pasteur » de l’Eglise, à savoir les évêques, successeurs des apôtres.

Les conséquences de cette amorce sont de taille, car le pape ne devient pas un être à part du collège des évêques, et ces derniers ne sont pas de simples vassaux! Il n’est pas séparé, à part des autres évêques.

Ainsi la visée de « Lumen Gentium » semble orienter la compréhension de l’infaillibilité pontificale au sein du « Collège des évêques« , en lien avec les évêques, et non au dessus d’eux et séparé! C’est au sein du « collège des évêques » que le pape est à la « tête« .

Nous voyons que le terme concernant le ministère pétrinien évoque « la personne« . Il est bien dit que c’est  » dans la personne de saint Pierre » qui a été mis à la tête des apôtres, en tant que principe d’unité de foi et de communion. Cette notion de « dans sa personne » est ambigüe car elle peut donner lieu à une interprétation de l’infaillibilité pontificale en terme exclusivement « personnelle ». L’expression courante qui dit que « le pape est infaillible  » est à double tranchant: car est-il infaillible seul, dans sa personne? Ou bien est-il infaillible en lien avec les autres successeurs des apôtres que sont les évêques?

Il faut bien avouer, qu’après le Concile Vatican I et jusqu’à Pie XII, l’interprétation de l’infaillibilité pontificale se faisait de plus en plus en faveur de la dimension personnelle du pape, comme « coupé« , « séparé » des autres évêques. Le pape se devait d’être, « dans sa personne » infaillible. Même s’ils sont hélas encore trop méconnus, la profusion des discours et encycliques de Pie XII sur tous les domaines possibles de la vie, allaient dans ce sens. C’est d’ailleurs avec cette interprétation trop « personnaliste » de l’infaillibilité pontificale que l’on a été jusqu’à dire que l’on avait plus de besoin de Concile, et que la parole du pape suffirait.

Jean XXIII et le Concile: évolution interprétative de l’infaillibilité pontificale

 

On peut dire que le pionnier de cette évolution interprétative de l’infaillibilité pontificale a été Jean XXIII.

Nous avions pu voir dans différents articles que la préparation du Concile Vatican II a amorcé un renouveau de la collégialité épiscopale. Dès l’annonce du Concile le 25 janvier 1959,  durant la phase anté-préparatoire du 17 mais 1959 au 5 juin 1960, jusqu’à la dernière lettre que Jean XXIII a adressée personnellement à tous les évêques en 1962, on voit à l’oeuvre la redécouverte organique de la collégialité épiscopale! Jean XXIII donne l’exemple que pour accomplir son ministère pétrinien, c’est avec le collège des évêques qu’il peut le faire!

Ainsi donc, la constitution dogmatique « Lumen Gentium » tout en affirmant l’infaillibilité pontificale, va proposer une herméneutique différente s’enracinant dans le renouvellement patristique dont le Concile Vatican II a magnifiquement bénéficié.

En fait, c’est à partir de la construction littéraire du numéro 18 que nous venons de commenter, que l’on peut comprendre toute la structure de ce chapitre de la Constitution concernant la structure hiérarchique de l’Eglise.

Le numéro 18 commence par rappeler que Jésus est le seul Pasteur de son Eglise. Qu’il a fondé le « Collège des apôtres » pour assurer la croissance organique de l’Eglise. Et que c’est au sein de ce « Collège des 12 » que l’on peut comprendre la primauté de Pierre. Cette progression thématique va donner sens aux 4 numéros suivants.

En effet, le numéro 19 va évoquer la question de « l’Institution des 12 » par Jésus-Christ selon les Ecritures.

Cela permettra au numéro 20 d’en voir les conséquences théologiques pour comprendre « Les évêques comme successeurs des apôtres« . Une autre conséquence sera amenée au numéro 21, car tout en prenant appui sur la Tradition qui voyait dans l’épiscopat « un sacerdoce suprême« , le Concile affirmera « La sacramentalité de l’épiscopat« . C’est une nouveauté théologique radicale dans la compréhension du sacrement de l’Ordre, définissant l’épiscopat comme l’expression de la plénitude du Sacerdoce.

Si le Concile affirme la « sacramentalité de l’Episcopat » comme plénitude du sacrement de l’Ordre, il n’élève pas la fonction papale à ce même degré constitutif et mystérique. Il donc bien une valorisation extraordinaire de la fonction épiscopale.

N’est-ce finalement pas à partir de ce renouvellement de la théologie de l’épiscopat que l’on peut comprendre le ministère pétrinien? N’est-ce pas parce que le pape est avant tout l’Evêque de Rome, que l’on peut comprendre son ministère en tant que successeur de Pierre?

C’est donc après avoir opéré cette synthèse biblique et théologique en faveur d’une meilleure compréhension de l’épiscopat, que les numéros 22 et 23 parleront des « relations » au sein de ce « Collège épiscopal« , entre le pape (successeur de Pierre) et les autres évêques (successeurs d’apôtres).

Il devient donc évident que les Pères de Concile permettent de saisir dans ces numéros de « Lumen Gentium« , ce que peut être le ministre pétrinien au sein même d’une compréhension renouvelée de la théologie de l’épiscopat!

On ne peut comprendre le ministère du pape et son infaillibilité qu’en lien, avec et dans la communion épiscopale; non pas comme un « en soi« .

Mais attention! Ce n’est parce qu’il y a un rééquilibrage en faveur de la collégialité épiscopale, qu’il y a pour autant inflation de la charge papale comme simple « évêque de Rome« .

Le pape est à la fois « évêque de Rome« , et « chef du Collège des évêques« . Il n’est pas un simple évêque parmi les autres, il est le « premier » (primus) entre les autres (inter pares). Face à cela, une question se pose: Qu’est-ce qui prime entre le fait d’être évêque de Rome et « chef du Collège des évêques »? Question délicate et pas facile de trancher!

Pour cela il faut revenir à la figure de l’apôtre Pierre. Que nous dit l’Evangile si ce n’est que ce dernier a reçu la primauté dans le collège apostolique avant de devenir le 1er évêque de Rome. Pierre a reçu ce ministère de communion enraciné dans la Charité et dans l’amour au sein des apôtres avant d’être envoyé! C’est avant la Pentecôte! Ainsi, si l’on suit l’Evangile, Pierre est d’abord le « premier » au sein du Collège des apôtres avant de devenir l’évêque de Rome après la Pentecôte.

Ce qui fait qu’après la mort de saint Pierre à Rome, va se poser cette question: sera-t-il le successeur de Pierre en tant que « premier évêque de Rome » comme toute succession sur un Siège épiscopal, ou bien sera-t-il le successeur du « chef (primat) du Collège des apôtres »?  Qui a préséance entre ses 2 visions?

Si nous nous situons d’un point de vue biblique, la pape est avant tout le successeur de celui qui a la primauté au sein du Collège des apôtres. Par conséquent le pape est d’abord celui qui reçoit la primauté au sein du Collège des successeurs des apôtres, donc une « primauté » a sein de l’Ordre de l’épiscopat. Et donc, la conséquence de cette « primauté épiscopale« , est de prendre possession du Siège de l’apôtre Pierre. Si le pape est ensuite « évêque de Rome« , par conséquence directe vu qu’on reconnait en lui, légitiment, celui a reçoit la « primauté » dans l’Ordre épiscopale lors du Conclave.

Il m’est permis de penser, que s’appuyant sur les Ecritures, le pape en tant que « successeur de Pierre« , est d’abord en premier lieu le « chef au sein du Collège des évêques« , puis en second lieu, par conséquence directe, « évêque de Rome« .

Mais alors qui gouverne l’Eglise?

Le pape ou la Collégialité des évêques?

Le numéro 22 de « Lumen gentium » est une perle rare pour comprendre comment s’organise la gouvernance de l’Eglise.

Voici ce qu’il dit:

« De même que saint Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife Romain, successeur de Pierre et les évêques successeurs des apôtres forment entre eux un tout…« 

Il devient alors évident que c’est au « Collège des apôtres » que le Seigneur a conféré la charge de gouverner l’Eglise.

D’où c’est bien le pape ET les évêques qui gouvernent l’Eglise entière, ne formant qu’un tout. Mais avec une hiérarchie interne! Dans ce « Collège apostolique« , Pierre a une mission particulière. A la fois d’être celui qui assure l’unité dans la foi, et dans la communion fraternelle. Mais également le « chef« , le « Primat ».

C’est à cause du « primat » du ministère du successeur de Pierre que cette gouvernance est « hiérarchisée » au sein du « Collège des successeurs des apôtres« . Le pape possède bien le primat d’enseignement (expression de l’infaillibilité) pour assurer l’unité dans la foi. Le primat de communion pour assurer la communion fraternelle de ce « Collège des évêques« . Le primat de gouvernement, même si c’est bien l’ensemble du « Collège des successeurs des apôtres » qui a reçu la charge de gouvernance de l’Eglise!

Le même numéro 22 le dit de manière très forte en ces termes:

« …Le collège ou corps épiscopal n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife Romain, successeur de Pierre, comme a son chef et sans préjudice pour le pouvoir de ce primat qui s’étend à tous, pasteurs ou fidèles. En effet, le Pontife Romain a sur l’Eglise en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Eglise, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours exercer librement. L’Ordre des évêques qui succède au collège apostolique, constitue lui aussi, en union avec le Pontife Romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef, le sujet d’un pouvoir suprême et plénier sur toute l’Eglise, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife Romain. »

Pour ne pas faire du pape un simple « manager » d’une assemblée constituante, il y a bien une « hiérarchie » dont le pape en est le Chef plénier. Ce numéro exprime bien le fait que l’ensemble du Collège épiscopal reçoit la gouvernance de l’Eglise mais toujours avec le « consentement » du pape et « en communion avec lui« !

Cette conception de la gouvernance dans l’Eglise est tout de même originale! Car si c’est l’ensemble des évêques qui gouvernent l’Eglise, comment appréhender le Primat du successeur de Pierre?

Le génie de cette constitution sera de présenter cette hiérarchie dans la gouvernance dans un principe de relation! La gouvernance dans l’Eglise semble être à la fois une « gouvernance de relations » ainsi qu’une « gouvernance de communion » entre le pape et les évêques!

Voici ce que dit le même numéro 22:

« … Dans ce collège, les évêques fidèles à observer le primat et l’autorité de leur chef jouissent d’un pouvoir propre, pour le bien de leurs fidèles et même de toute l’Eglise, dont l’Esprit Saint assure par l’action continue de sa force la structure et la concorde. »

Il semble alors que le pape, même s’il est « chef », ne peut gouverner tout seul! Mais en même temps le Collège des évêques ne gouverne pleinement que par « consentement » du pape et « en communion » avec lui

L’exemple le plus concret de cette gouvernance hiérarchisée, de relations, de communion n’est autre que le Concile Vatican II! Le même numéro 22 termine comme cela:

« …Le pouvoir collégial peut être exercé en union avec le pape par les évêques résidant sur la surface de la terre, pourvu que le chef du collège les appelle à agir collégialement, ou du moins qu’il donne à cette action commune des évêques dispersés son approbation ou sa libre acceptation pour en faire un acte collégial ».

Ainsi, voici l’échange réciproque: Même en étant que « chef », le pape ne gouverne pas à lui tout seul directement. Certes il guide et gouverne tous ceux qui, comme lui, ont reçu la charge de gouverner l’Eglise, mais il gouverne avec eux dans « la communion » et « la relation ». Tous ceux qui ont reçu cette charge apostolique gouverne avec le pape et en communion avec lui!

Cette « collégialité » ainsi fondée, structurée et hiérarchisée gouverne l’Eglise.

Une autre preuve que le pape ne gouverne pas directement l’ensemble de l’Eglise est exprimée dans le numéro 23:

« … Le Pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles. Les évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Eglises particulières: celles-ci sont formées à l’image de l’Eglise universelle, c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Eglise catholique une et unique. »

Cette valorisation de l’épiscopat en tant que principe et unité des Eglises particulières, à partir desquelles existe l’Eglise Catholique manifeste le renouvellement et la place incontournable du collège des évêques dans la gouvernance de l’Eglise. Ainsi il devient évident que l’on ne peut comprendre le ministère pétrinien sans le considérer avant tout sous l’angle de l’épiscopat, mais sans le réduire pour autant à la charge qui s’exprime pour Rome. C’est au sein même de la théologie de l’épiscopat que l’on peut comprendre le ministère pétrinien. Il faut bien avouer qu’au nom de la gouvernance de l’Eglise Catholique, les papes ont parfois oublié qu’ils étaient des évêques…

Je pense que « Lumen Gentium » permet de percevoir qu’en tant qu’évêque de Rome, Primat parmi les autres membres du Collège des évêques, que se conçoit le ministère du pape. C’est en renouvelant la théologie de l’Ordre épiscopal, que l’on peut mieux comprendre le ministère du pape, dans cet élan d’unité dans la foi et de communion fraternelle. Mais une collégialité hiérarchisée.

Pour finir…

L’exemple le plus manifeste de cette conception conciliaire du gouvernement dans l’Eglise a été vécu par Benoît XVI, car en même pas 8 ans de pontificat, il a convoqué plus de synodes que Jean-Paul II en 27 ans!

La démarche synodale autour du pape sur les questions actuelles, manifeste bien cette « gouvernance hiérarchisée, de relations, de communion » entre tous ceux qui ont reçu la charge de gouverner de l’Eglise.

Cette valorisation du collège des évêques permettra de déployer ensuite, la vision théologique de l’Eglise comme « communion« , et sortir d’une ecclésiologie trop centrée uniquement sur la « personne » du pape.

Je pense que la décision du pape de renoncer à sa charge, permet à notre époque, de sortir de ce qui reste des vestiges inconscients de la vision centraliste et trop « personnaliste » de la charge papale. D’autant que l’histoire a fait que l’on confère, consciemment ou non, une dimension quasi sacramentelle au ministère papal, ce qui peut expliquer l’ébranlement d’un certain nombre de catholiques. Or « Lumen Gentium » parle de la sacramentalité de l’épiscopat, mais pas du ministère papal.

Par son geste de renoncement, non seulement Benoît XVI ouvre une nouvelle appréhension de la notion de « pouvoir » dans l’Eglise, mais je pense qu’il permettra surtout de mieux entrer dans une nouvelle phase de la réception du Concile, et de mieux vivre en Eglise, comme les Pères du Concile l’ont souhaité.