Pour mettre en perspective l’enseignement du Concile, Monseigneur François MAUPU a proposé comme thème pastoral pour son diocèse, dans l’élan de l’année jubilaire de l’ouverture de Vatican II : « Le concile, une boussole pour notre temps« .

Du 1er au 9 septembre , durant  la « Neuvaine de BENOITE-VAUX« , dans le diocèse de Verdun, qu’a eu lieu ces rencontres.

BENOITE-VAUX est un sanctuaire marial, et chaque année lors de la neuvaine, il accueille les diocésains venant des 4 coins de la Meuse autour de leur évêque pour lancer l’année pastorale.

Chaque jour, entre le 3 et le 6 septembre, un des textes bibliques proposés par la liturgie, a été commenté de manière linéaire, pour tenter de remettre en perspective l’enseignement conciliaire, sous l’aspect de sa force spirituelle.

 

Mardi 3 septembre : l’idéal spirituel de Jean XXIII pour le concile, un testament confirmé par Paul VI.

Le psaume que la liturgie a mis sur nos lèvres pour ce jour, représente une synthèse spirituelle du cœur pastoral de Jean XXIII, surtout de la finalité spirituelle du Concile, au service de renouvellement intérieur de toute l’Eglise.

 

« Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ?… »

                Ce fût le 11 septembre 1962, un mois avant l’ouverture du Concile, que le pape Jean XXIII s’adressa au monde entier. Il souhaitait vraiment que le Concile Vatican II puisse être un évènement qui permette à l’Eglise d’accueillir davantage la lumière du Christ, mais surtout d’entre être le lampadaire pour le monde d’aujourd’hui. Jean XXIII voulait vraiment que la Lumière du Christ ressuscité puisse briller d’éclats renouvelés sur la vie de l’Eglise. D’ailleurs ce fût un 6 août, jour de la fête de la Transfiguration que Paul VI décida de poursuivre l’œuvre conciliaire ! Tout comme le mystère de la Transfiguration où l’humanité permet de faire briller sa divinité, l’Eglise dans sa vie terrestre, son organisation hiérarchique et humaine, et ses actions concrètes, devra faire briller la lumière de son fondateur.

« …J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple… »

Le dernier verset de cette partie de psaume confirme l’idéal spirituel que Jean XXIII a su donner à l’œuvre conciliaire au travers de ces près de 4 années de préparation. Car, par le Concile et le renouvellement de l’Eglise, c’est la beauté de son Seigneur que l’on est invité à admirer. Et le Concile sera là également pour renouveler les chrétiens dans l’amour et leur attachement de l’Eglise. Alors en célébrant ce jubilé, sachons vivre ces 2 directions : renouveler notre attachement concret à l’Eglise pour notre engagement à son service suivant nos charismes. Mais que nos engagements concrets, permettent à ce que l’on puisse y voir avant tout, la beauté du Seigneur ressuscité. Avec ce verset du psaume nous pouvons alors comprendre le sens même du titre de la constitution dogmatique sur l’Eglise : « Lumen gentium » : tout nous est dit de la vocation de l’Eglise à la lumière du mystère de la Transfiguration de son Seigneur!

« …J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »… »

                Comment ne pas penser au discours d’ouverture que Jean XXIII prononça le 11 octobre 1962. Nous y avons ici une concrétisation. D’abord parce que Jean XXIII ne voulait pas des prophètes de malheurs ! Au contraire il invite par l’expérience ecclésiale du Concile à un renouveau, non seulement du contenu de la foi, mais surtout de l’acte de foi des chrétiens ! Jean XXIII posa lui-même un acte de foi en Dieu, lui qui ne verra pas la fin du Concile, et qui au cours de la 1ère session se savait déjà bien malade. Mais un acte de foi pour savoir scruter les « signes des temps » pour notre aujourd’hui, et d’y discerner les bontés que le Seigneur nous envois afin que, par notre action chrétienne nous puissions être ses témoins.

                Sachons accueillir l’héritage des textes du Concile dans cet élan spirituel ! Sachons accueillir l’enseignement conciliaire avec l’esprit évangélique de la Transfiguration, en renouvelant notre attachement concret à l’Eglise pour y manifester la beauté du Seigneur, en renouvelant au plus profond de notre cœur l’acte de croire !

Mercredi 4 septembre : Lettre de saint Paul aux Colossiens, pour saisir l’élan conciliaire de « Lumen Gentium » et « Sacro Sanctum Concilium ».

                La figure de saint Paul est une figure incontournable dans la décision et l’élaboration du Concile. C’est à partir de la méditation de la Lettre aux Romains que Jean XXIII trouva la force pour proposer aux cardinaux la prochaine réunion du Concile.

C’est l’ensemble de la structure littéraire de la Lettre aux Romains qui permet de saisir toute la dynamique de la construction intellectuelle et du triple élan du Concile, en faveur de la Vérité, de l’unité et de la paix. On peut avoir confiance en l’apôtre des Nations. La méditation et la lecture de ses écrits, nous permettra toujours de saisir l’envergure des textes du Concile.

« Moi, Paul, Apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, avec Timothée notre frère, je m’adresse à vous, frères dans le Christ qui êtes à Colosses, membres fidèles du peuple saint : que Dieu notre Père vous donne la grâce et la paix »

Rien que le début de cette lettre est tout un programme : Fraternité dans le Christ, membre du Peuple Saint. Avec ces 2 expressions nous retrouvons tout un condensé de la constitution sur l’Eglise « Lumen Gentium » qui a su renouveler l’Eglise dans sa compréhension qu’elle est un « Peuple », le « Peuple de Dieu ». Comme ce « Peuple de Dieu » est enraciné dans la personne même du Christ, en lui nous devenons tous frères. Or c’est dans le mystère même du baptême que se concrétise cette réalité, où nous sommes incorporés à l’Eglise « Peuple de Dieu », et baptisés dans le Christ, pour qu’en étant revêtu de lui nous devenions frères parce que Dieu se révèle comme « Père ». Le Concile Vatican II nous a renouveler dans cette compréhension du mystère de l’Eglise liée au sacrement du baptême.

« …Nous rendons grâce à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, en priant pour vous à tout instant. Nous avons entendu parler de votre foi dans le Christ Jésus et de l’amour que vous avez pour tous les fidèles dans l’espérance de ce qui vous attend au ciel… »

                Cette suite de la Lettre, nous parle de la foi et de l’amour de frères. Une foi qui est connue, dont on sait qu’elle est profonde. Puis un amour qui semble lui aussi concret. Nous touchons ici une donnée essentielle de l’enseignement paulinien qui consiste à ne pas séparer approfondissement de la foi et amour concret du profond. Plus nous voulons approfondir notre foi, plus nous devons creuser notre amour pour le prochain. Mais cela fonctionne aussi dans l’autre sens, plus nous voulons aider notre prochain, plus nous devons enraciner notre foi. Or Jean XXIII donna ces 2 directions à l’œuvre conciliaire puisqu’il voulait un concile au service de la Vérité (réappropriation du dépôt de la foi pour le transmettre dans le monde d’aujourd’hui), mais un concile en faveur de l’unité et de la paix, manifestant ainsi la dimension cordiale entre les chrétiens et les chrétiens avec le monde. Dans cette année jubilaire, c’est à nous de vivre cela.

 « … Vous en avez déjà reçu l’annonce par la parole de vérité, la Bonne Nouvelle qui est parvenue jusqu’à vous. Elle qui porte du fruit et progresse dans le monde entier, elle le fait de même chez vous, depuis le jour où vous avez reçu l’annonce et la connaissance de la grâce de Dieu, dans toute sa vérité, par l’enseignement d’Épaphras. Lui, notre compagnon bien-aimé, qui nous représente fidèlement comme ministre du Christ, il nous a décrit l’amour que vous vivez dans l’Esprit Saint .»

Ici l’enseignement de saint Paul est beau, parce qu’il rappelle que c’est au cœur du « peuple saint », au cœur de l’Eglise, que la Bonne Nouvelle parvenue jusqu’à nous, est sans cesse annoncée et commentée! Saint Paul manifeste le lien profond entre l’Eglise, les Saintes Ecritures, la Tradition et le Magistère. Nous avons déjà ici le fondement même du renouveau liturgique en ce qui concerne la liturgie de la Parole. En effet dans « Sacro Sanctum Concilium » il est bien rappeler que le « Peuple de Dieu » reçoit les Saintes Ecritures, et que l’homélie y est constitutive pour saisir la Grâce de Dieu qui est nous est donnée ! C’est bien en Eglise que l’on reçoit les Saintes Ecritures et sa fructuosité.

                Mais saint Paul évoque aussi la question du « ministre » à travers Epaphras. Au sein du « Peuple saint », il y a des ministères ! Or dans la constitution sur l’Eglise « Lumen Gentium », après avoir redéfini l’Eglise comme « Peuple de Dieu », les Pères conciliaires évoquent son organisation hiérarchique. Mais une organisation comprise en termes de « ministères » : les ministres ordonnés (évêques, prêtres et diacres), la vie consacrée, et les fidèles laïcs. Tous reçoivent un ministère au nom même du sacrement du baptême, sacrement ecclésial qui fonde toutes vocations ! Nous n’avons pas fini de saisir cette compréhension de l’Eglise, et que tous les baptisés, en fonction de leurs dons et de leurs charismes, de leur place dans l’organisation de l’Eglise, reçoivent un ministère particulier! Nous concevons aisément les ministères des évêques, prêtres et diacres, de part leur ordination. Mais pourquoi ne pas saisir l’apostolat des laïcs comme un ministère qu’ils rendent au service des milieux professionnels dans lesquels ils travaillent ? Cette intuition sera d’ailleurs reprise dans le décret sur l’apostolat des laïcs, et sur le témoignage évangélique qu’ils sont invités à rendre au cœur du monde du travail. Ce témoignage est en lien direct avec les grâces du baptême.

                Je pense que l’on peut dire que l’intuition de Jean XXIII, reprise par Paul VI, de renouveler l’Eglise dans son mystère, est l’une des grâces majeurs du Concile, et « Lumen gentium » le plus beau cadeau !

Jeudi 5 septembre : Méditation à partir de la représentation artistique de Notre Dame de Benoîte-Vaux pour comprendre la démarche conciliaire.

 

Au sein de la Lettre aux Colossiens que la liturgie propose en ce jour, saint Paul parle du « fruit ». C’est cette idée du fruit qui a retenu mon attention, en lien avec la singularité de la statue de Notre Dame de Benoîte Vaux. Notre Dame y montre le « fruit », signe du péché originel, qui au sein de toute l’histoire humaine va se manifester au travers de notre tentation succombée de faire le mal. Mais en même temps Marie porte Jésus-Christ : le fils de sa chair, mais en même temps le Fils éternel du Père qui est le seul capable de nous libérer du péché, du « fruit » du mal.

La représentation artistique permet de comprendre comment Jean XXIII décida de proposer le Concile aux cardinaux, ainsi que de comprendre sa préparation. Or Jean XXIII qui avait une piété mariale authentique, eu égard au choix du 11 octobre 1962, jour de la solennité de sainte Marie, Mère de Dieu, proposa la même démarche :

Le 25 janvier 1959, dans son discours proposant l’idée d’un Concile, Jean XXIII discerna les traces du péché originel dans les problèmes concrets de la vie moderne. Il se demandait comment l’homme qui est capable de progresser aussi vite dans la technologie et l’aspect confort, puisse ne pas être capable de progresser autant pour lui-même (en faveur de la dignité de la personne humaine, en faveur de la paix et de l’entente entre les peuples) et de perdre la dimension spirituelle. Pour lui, la compromission de la liberté au travers de graves persécutions et d’oppressions des peuples (en particulier pour les chrétiens de chine), des fausses propagandes pour manipuler les peuples, de l’aliénation provoquée par certains régimes, est le fond du problème. La fragilité de la paix, les tensions géopolitiques devenant de plus en plus menaçant, sont les traces du péché originel, dans le monde actuel. Jean XXIII expose « le fruit », le péché du monde actuel. Mais au lieu de sombrer dans la désespérance, il propose un Concile, pour qu’au travers ses textes et de son témoignage humaine, ils puissent « présenter Jésus-Christ » au monde. Jean XXIIII voulait qu’au travers de l’ensemble de la démarche conciliaire, que ce soit le visage du Christ qui puisse apparaitre sur le visage renouvelé de l’Eglise!

La date du 11 octobre 1962, date mariale, oriente le concile dans cet élan spirituel : Tout comme Marie qui donna au monde le fruit de ses entrailles, Jésus-Christ le seul Sauveur, l’Eglise puisse donner dans notre monde actuel, celui qui demeure en elle, le seul Sauveur Jésus-Christ. Qu’à travers le fruit de ses œuvres, l’Eglise témoigne de l’action de l’Esprit, et révèle Celui qui seul nous rend capable !

Le Lettre aux Colossiens que la liturgie nous a proposée expose bien l’idée que c’est Jésus-Christ qui seul nous « rend capable » ! Alors que notre monde continue de progresser dans la technologie et le matérialisme, témoignant ainsi de sa formidable capacité, il continue cependant de négliger toujours autant sa propre dimension humaine. Encore aujourd’hui la dignité de la personne humaine pose question, l’entente entre les peuples dans le respect n’est pas acquis, les systèmes économiques qui oublient le respect des personnes suscitent de graves interrogations. Sachons accueillir et transmettre le fruit de ce Concile ! Il n’a eu d’autre souhait profond que de donner Jésus-Christ au monde de ce temps ! Que de le proposer comme « Source d’eau vive jaillissante pour la vie éternelle » ! En lisant, en étudiant, en méditant les textes du Concile, ils pourront nous rendre capable, d’accueillir encore mieux Jésus-Christ et sa Bonne Nouvelle dans notre vie, mais en plus de former notre cœur pour le donner au monde d’aujourd’hui.

Vendredi 6 septembre : Jésus-Christ est au centre de toutes vies.

La poursuite de la Lettre aux Colossiens nous permet d’entendre en ce jour l’une des plus belles hymnes au Christ de tout le nouveau Testament ! Ici saint Paul nous donne comme un poème, que l’on pourrait chanter, au milieu de sa lettre.

La caractéristique majeure de cette hymne est son centralisme sur la personne de Jésus-Christ. Tout converge en Lui, tout est récapitulé en lui.

Il se trouve que le Concile Vatican II, dans l’ensemble de ces 4 textes majeurs que sont les constitutions dogmatiques, manifestent un centralisme christologique. Dans chacun de ces textes, l’enseignement sur le Christ y est solide.

Déjà en 1963, au sein de la constitution sur la liturgie « Sacro sanctum Concilium », où l’avancée significative en faveur de la liturgie de la Parole nous permet de vivre cet enseignement paulinien. En effet, dans l’écoute attentive des Saintes Ecritures, avec les oreilles de la foi nous sommes invités à y entendre Jésus-Christ qui nous parle. Le sommet en est la proclamation de l’Evangile, où dans la péricope nous sommes invités à croire que c’est Jésus lui-même qui enseigne son Eglise.

Ensuite en 1964, la constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen gentium » présente de manière extraordinaire le lien, la communion profonde entre l’Eglise et le Christ. Si l’Eglise est le Peuple de Dieu, c’est Jésus-Christ qui est en la pierre angulaire. Avec une métaphore quasi maternelle, le Concile expose que si l’Eglise est née au moment de la mort de son Seigneur sur la Croix; si elle est envoyée à la Pentecôte, elle est par contre engendrée dès les commencements du mystère de l’Incarnation. C’est bien dans le mystère de la personne de Jésus-Christ que l’Eglise est engendrée, et c’est bien de lui qu’elle tire sa vie, en particulier dans le mystère de la Croix. C’est dans l’intégralité des mystères de la vie de Jésus-Christ que l’Eglise y découvre le sens de sa vocation profonde.

De même qu’en 1965 avec la constitution dogmatique sur la Parole de Dieu « Dei Verbum », le concile rappelle que c’est bien Jésus-Christ qui est ce « Verbe de Dieu » qui nous communique la Parole éternelle de son Père, dans l’illumination de l’Esprit. Mais c’est surtout la constitution dogmatique « Gaudium et spes », qui présente une christologie pastorale. C’est-à-dire, qu’avec audace et originalité, en discernent les contingences du monde de ce temps, on essaye d’une part d’y découvrir la présence du Christ ressuscité, et de tout fonder en lui d’autre part. La force de l’enseignement de cette constitution réside dans cette double conviction.

Ainsi le Concile Vatican II, à travers toutes les contingences de la vie de l’Eglise, c’est-à-dire dans sa fondation, dans le mystère de la Révélation dont elle en est la gardienne, dans sa liturgie, dans son enracinement pastoral, c’est le visage du Christ qui est au centre ! Puissions-nous alors, toujours nous enraciner en lui !

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Tous les jours, en lien avec l’enseignement du Concile,  Monseigneur MAUPU proposa ses orientations pastorales, en lien avec le prochain centenaire des batailles de la Première Guerre Mondiale à Verdun, ainsi que la douloureuse question écologique de l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure.