Il y a quelques temps, je vous proposais de découvrir ce que le concile Vatican II disait à propos de la communication dans le décret Inter Mirifica. Comme souvent dans le concile, cependant, un thème n’est pas contenu totalement dans le document qui en traite particulièrement. Ainsi, le thème de la communication n’est pas limité à un seul et unique document, mais il traverse tout le concile.

D’abord, parlons de la communication sous l’aspect de communications sociale, c’est à dire des moyens de communications. On découvre ainsi dans le préambule de la déclaration Gravissimum Educationis (sur l’éducation chrétienne) que ces moyens de communication ont un rôle important à jouer dans la formation humaine de la personne, lui donnant accès à des connaissances dont elle ne pourrait pas disposer autrement.

Les hommes, en effet, dans une conscience plus aiguë de leur dignité et de leur responsabilité, souhaitent participer chaque jour plus activement à la vie sociale, surtout à la vie économique et politique. Les merveilleux progrès de la technique et de la recherche scientifique, les nouveaux moyens de communication sociale, leur donnent la possibilité dans le moment où ils jouissent de loisirs accrus, d’accéder plus aisément au patrimoine culturel et spirituel de l’humanité, et de s’enrichir mutuellement grâce aux relations plus étroites qui existent entre les groupes et entre les peuples eux-mêmes.

Gravissimum Educationis, préambule

On retrouve la même idée dans la constitution pastorale Gaudium et Spes (L’Eglise dans le monde de ce temps) :

Les sociétés actuelles disposent, en particulier grâce à la diffusion croissante des livres et aux nouveaux moyens de communication culturelle et sociale, de ressources opportunes qui peuvent faciliter l’universalité de la culture.

Gaudium et Spes, 61

Cette idée est également présente au début du même document, en GS 6, avec l’idée que ces moyens de communication, en plus de former les personnes, les incorporent à un réseau, car ils « favorisent (…) la diffusion extrêmement rapide et universelle des idées et des sentiments, suscitant ainsi de nombreuses réactions en chaîne« .

Dans le même style, le concile Vatican II, toujours aussi prophétique, a développé dès 1965 l’idée que les moyens de communications rapprochaient les hommes, déclarant dans le décret sur l’apostolat des laïcs) que grâce aux moyens de communication, « la distance entre les hommes est pour ainsi dire vaincue, les habitants du monde entier deviennent comme les membres d’une seule famille » (Apostolicam Actuositatem, 10). Ce n’est que deux ans plus tard que Marshall McLuhan, le grand gourou des médias, utilisera pour la première fois la formule « village global » pour qualifier les effets de la mondialisation, des médias et des technologies de l’information et de la communication !

Moins surprenant, mais tout aussi d’actualité, les moyens de communication peuvent servir, pour les pères conciliaires, à l’évangélisation :

Pour annoncer la doctrine chrétienne, il faut user des moyens variés qui sont aujourd’hui à notre disposition : avant tout, la prédication et l’enseignement catéchétique qui tiennent toujours la première place ; également la présentation de la doctrine dans les écoles et les académies par des conférences et des réunions de tout genre ; enfin sa diffusion par des déclarations publiques faites à l’occasion de certains événements, ainsi que par la presse et les divers moyens de communication sociale qu’il importe absolument d’utiliser pour annoncer l’Évangile du Christ.

Christus Dominus, 12

Dans le même ordre d’idée, le concile convoque également les communications sociales pour d’autres cas : la promotion des vocations sacerdotales (Optatam Totius, 2), le partage des informations pour les jeunes églises (Ad Gentes, 36), la catéchèse  (Gravissimum Educationis, 13), la formation (Ad Gentes,  26), et il y a encore d’autres domaines qu’on pourrait repérer en faisant une lecture exhaustive des textes du concile.

Cependant, je voudrais ajouter un point qui me semble essentiel. le concile Vatican II ne parle pas uniquement de la communication comme des médias. Il en a une vision bien plus large, qu’il faudrait creuser tout au long des textes. Comment parler de communauté sans parler de communication ? comment parler de Dieu Trinité sans prendre en compte la communication à l’intérieur même de la Trinité ? Ou, comme le fait, par exemple a constitution dogmatique Dei Verbum, comment exprimer la manière dont Dieu se dit aux hommes sans y voir une communication de son être même ? On lit en effet aui numéro 6 de la Constitution sur la révélation divine :

Par la Révélation divine, Dieu a voulu se manifester et se communiquer lui-même ainsi que manifester et communiquer les décrets éternels de sa volonté concernant le salut des hommes (…)

Dei Verbum, 6

Dans le document sur l’Eglise, Lumen Gentium, on retrouve le terme communiquer utiliser pour le don de l’Esprit-Saint par le Christ à son Eglise (LG 7). L’Eglise doit d’ailleurs elle-même « communiquer aux hommes les fruits du salut » (LG 8). Ce rôle n’est pas le seul qu’elle remplit, comme le rappelle la constitution Gaudium et Spes :

l’Église, en poursuivant la fin salvifique qui lui est propre, ne communique pas seulement à l’homme la vie divine ; elle répand aussi, et d’une certaine façon sur le monde entier, la lumière que cette vie divine irradie, notamment en guérissant et en élevant la dignité de la personne humaine, en affermissant la cohésion de la société et en procurant à l’activité quotidienne des hommes un sens plus profond, la pénétrant d’une signification plus haute. Ainsi, par chacun de ses membres comme par toute la communauté qu’elle forme, l’Église croit pouvoir largement contribuer à humaniser toujours plus la famille des hommes et son histoire.

Gaudium et Spes, 40

En étendant la recherche à des termes autres que « communication » ou « communiquer », on découvrirait l’importance de la communication, tant dans le dogme lui-même (la communication des idiomes par exemple, pour les spécialistes, ou l’autocommunication divine), qu’au niveau de la vie de l’Eglise. Mais il s’agit là d’un domaine qui dépasse largement le cadre de ce blog…