Jean XXIII25 janvier 1959. Le pape, Jean XXIII, élu quelques mois plus tôt (le 28 octobre 1958), se rend comme la tradition le veut, à la Basilique St Paul-hors-les-murs pour la fête de la conversion de St Paul, ainsi que pour la célébration de conclusion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Jusque là, rien de particulier.

Mais à la fin de la célébration, le pape retrouve une petite vingtaine de cardinaux à la sacristie de la Basilique. Il leur annonce son idée de convoquer un concile. Bien qu’il ait déjà évoqué cette possibilité avec son secrétaire particulier plus d’un an auparavant (avant d’être pape), Jean XXIII se lance. Lui, le pape de transition, sera celui qui donnera une visibilité au mouvement de renouveau qui frémissait dans l’Église. Ce sera un aggiornamento !

Rapidement, les commissions préparatoires vont se mettre au travail, les évêques sont convoqués et en octobre 1962, le deuxième concile du Vatican débutera… Le 11 octobre, à la fin de la messe d’ouverture présidée par « le bon pape Jean », le discours d’ouverture inaugure les travaux. Et n’en déplaise aux détracteurs ou défenseurs de la thèse du concile comme rupture, Jean XXIII rappelle dès le début de ce discours la succession des conciles et le sens de ces rassemblements :

Tous les conciles – que ce soient les 20 conciles œcuméniques ou bien les nombreux et non moins importants conciles provinciaux et régionaux – qui ont été célébrés au cours des siècles, attestent avec évidence la vitalité de l’Église Catholique et sont inscrits comme des lumières éclatantes dans son histoire. (…)

Chaque fois qu’ils sont célébrés, les Conciles Œcuméniques proclament de manière solennelle cette correspondance avec le Christ et avec son Église et irradient pour tous la lumière de la vérité, orientent la vie des personnes, des familles et de la société sur le juste chemin, suscitent et renforcent les énergies spirituelles, élèvent les âmes vers les biens éternels et vrais. (…)

Ce qui intéresse avant tout le Concile, c’est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et enseigné de manière plus efficace. Une telle doctrine embrasse l’homme intégral, composé de son âme et de son corps, et elle nous commande, à nous qui habitons sur cette terre,  de tendre comme des pèlerins vers la patrie céleste. (…)

Pour qu’une telle doctrine rejoigne les multiples champs de l’activité humaine, qui concernent les personnes seules, les familles et la vie sociale, il est avant tout nécessaire que l’Église ne détourne jamais les yeux du patrimoine de la vérité reçu des anciens ; et en même temps, elle a besoin de regarder aussi le présent, qui comporte des situations nouvelles et de nouveau modes de vie, et qui a ouvert de nouvelles voies à l’apostolat catholique. (…)

On l’aura compris, Jean XXIII ne voulait rien changer à la doctrine catholique. Là n’était pas le but du concile. En revanche, c’est dans la présentation de cette doctrine que réside le vrai travail des pères du concile :

Aux temps présents, il faut que l’ensemble de l’enseignement chrétien soit soumis par tous à un nouvel examen, avec une âme sereine et calme, sans rien en retirer, à la manière soignée de penser et de formuler les paroles qui remontent aux actes des Conciles de Trente et de Vatican I ;  il convient que cette même doctrine soit examinée plus largement et plus à fond et que les âmes en soient plus pleinement imprégnées et informées, comme l’espèrent ardemment tous les sincères partisans de la vérité chrétienne, catholique, apostolique ; il convient que cette doctrine sûre et immuable, à laquelle on doit adhérer de manière fidèle, soit approfondie et exposée selon des demandes de notre temps. En effet, autre est le dépôt de la Foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérée doctrine, autre est le mode par lequel elles sont annoncées avec toujours le même sens et dans la même acception. Une grande importance sera donnée à cette méthode, et si cela est nécessaire, elle sera appliquée avec patience ; on devra par conséquent adopter cette manière d’exposition qui correspond le plus au magistère, dont le caractère est avant tout pastoral.

Le mot est lâché. Il aura fallu attendre plus de la moitié du discours du pape pour trouver, une fois et une seule fois, ce terme « pastoral ». Auparavant, le pape a largement rappelé que le concile n’avait pas pour but de modifier la doctrine. Simplement de la transcrire en langage intelligible par les hommes (et les femmes) de ce temps. Antoine Wenger, dans l’ouvrage Vatican II, Chronique de la première Session (Paris, Centurion, 1963), notait à propos de ce discours d’ouverture, qu’il était « certes, hardi, mais (…) toutes les parties respirent un équilibre parfait, entre une totale fidélité à la tradition et une ouverture non moins grande au monde. Le discours du 11 octobre était la véritable charte du Concile. Plus qu’un ordre du jour, il définissait un esprit. Plus qu’un programme, il donnait une orientation » (p.38). Et de citer le cardinal Montini (futur pape Paul VI), qui écrivait à propos de ce discours : « il faut sans cesse y revenir, car ce discours est la clé pour comprendre le reste » (ibid., p.39).

Le Concile sera donc pastoral ! 49 ans plus tard, l’Église parle de Nouvelle évangélisation, de catéchèse,… et ces mots ne peuvent que résonner comme une tentative moderne de dire la foi, de la faire connaître à un peuple pour qui elle n’est plus qu’un ensemble de mots ou de contenus hermétiques. Redécouvrir Jésus Christ, présent aujourd’hui dans son Église, agissant par son Esprit Saint, pour mener les hommes au Père, c’est là tout l’expérience que les chrétiens veulent partager avec leur frères.

Le père Congar, dans ses notes parues après sa mort sous le titre Mon Journal du Concile (tome I, Paris, Cerf, 2002), note à la date du 11 octobre 1962 (p. 106) : « A 8h35, on entend au micro le bruit lointain d’une marche à moitié militaire. Puis on chante le Credo. Je suis venu ici pour prier : prier avec, prier dans. J’ai de fait beaucoup prié » (p.106). Cette insistance sur la prière illustre certainement de la manière la plus riche possible cette dimension pastorale du Concile.

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Le discours d’ouverture a été traduit depuis le texte en italien tiré du site internet du Vatican.