La phase préparatoire… Comment et par qui ? Première partie

C’est le 5 juin 1960, en la fête de la Pentecôte, que Jean XXIII prononce le motu proprio « Superno Dei nutu », fondant la constitution des commissions préparatoires du prochain concile œcuménique.

Dans un article précédent, nous avons pu constater que cette phase préparatoire ressemble quasiment à une démarche synodale, mais un synode « mondial », tant les membres viennent des quatre coins du monde.

Officiellement, cette « PHASE PREPARATOIRE » du Concile ne commencera que le 13 et 14 juin 1960. Jean XXIII y prononcera deux discours qui seront d’une importance capitale pour saisir la route et les orientations qu’il balisera en vue de cet évènement ecclésial. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus tard.

Nous pourrions nous demander, comment va fonctionner cette démarche quasi synodale de la phase préparatoire.

           

Le motu proprio nous donne la clef de fonctionnement.

La consultation mondiale, avait donné lieu à un classement en différentes sections de la matière théologique et pastorale à débattre. Jean XXIII reste très ouvert, s’abandonne presque à l’avenir lorsqu’il écrit : « …On voit désormais clairement, d’après la matière si abondamment recueillie, de quels sujets doit s’occuper le prochain Concile… Le temps est donc venu de procéder, avec l’aide de Dieu, à la constitution des commissions qui doivent s’appliquer à l’étude de sujets qui pourront être traités dans le Concile... »

Jean XXIII est très nuancé, car les commissions auront un travail précis, important, mais en aucune manière ne devra être considéré comme un « pré-concile » ! On employant le verbe « pouvoir », Jean XXIII montre bien, que le travail des commissions, pourra être remis en débat lors de l’assemblée conciliaire. Or, les débuts du concile, ont bien montré que tout n’était pas si clair que cela dans l’esprit des pères conciliaires. Entre ceux qui croyaient que la commission préparatoire avait « verrouillé» le débat avant que les Pères n’arrivent, et ceux qui voulaient poursuivre les membres des commissions préparatoires, la confusion était palpable. En tous cas, il nous semble claire que le rôle des commissions préparatoires est clair : elles doivent approfondir les sujets résultant de la consultation mondiale, et elle va PROPOSER des éléments qui POURRONT être traité durant le Concile. Ces propositions, seront les fameux « schémas » qui seront soumis aux Pères conciliaires.

Jean XXIII institue donc 10 commissions, qui reflètent quasiment l’organisation de la Curie Romaine et des différents dicastères de cette époque.

Cependant, et selon son initiative propre il institue un secrétariat pour la propagande médiatique, et dans un article précédent, nous avions pu voir le rôle incontournable de ce secrétariat pour la dimension « événementielle planétaire » du Concile. Et toujours selon son initiative, il va instituer le secrétariat pour l’unité des chrétiens, afin que le Concile puisse réellement être une œuvre en faveur de l’unité.

Mais Jean XXIII donne cette consigne très significative : « …Elles seront composées de cardinaux, d’évêques et d’ecclésiastiques, remarquable par leur vertu et leur doctrine, aussi bien du clergé séculier que du clergé régulier, choisis dans les diverses parties du monde, afin que cela aussi manifeste la catholicité de l’Eglise. ». Nous pouvons faire quelques remarques. Tout d’abord c’est qu’il a bien une cohérence avec ce qui a précédé ! Comme nous l’avions vu dans un autre article, Jean XXIII souhaite que le Concile puisse « manifester » au monde, la dimension universelle de l’Eglise, et là, le choix des membres devra se faire dans ce sens ! Ainsi, on ne peut tenir l’argument répandu que les commissions préparatoires étaient une « main mise » de la Curie Romaine sur la préparation du Concile. Nous verrons que la liste officielle des membres, et loin d’être la consécration du centralisme romain, bien au contraire !

Ensuite, les personnes qui participeront à la préparation du Concile, ne seront que des membres du ministère ordonné (prêtres, évêques) ou bien des religieux. Il n’y a aucun laïc… Car après tout, il y a bien des laïcs qui sont des théologiens officiels. Le Concile est avant tout la réunion des autorités de l’Eglise, car, pour l’Eglise Catholique, ce sont le pape et les évêques, et eux seuls, qui ont la charge de garder le dépôt de la foi. Même si lors des sessions du Concile, seul les autorités ont « droit au chapitre », il n’empêche que la question demeure de savoir si des laïcs mandatés pourraient participer à des travaux préparatoires. Car le mystère de l’Eglise n’appartient pas uniquement au clergé et au religieux… La constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen Gentium« , ainsi que le décret sur l’apostolat des laïcs seront là pour montrer l’ouverture extraordinaire dans la compréhension du mystère de l’Eglise.

Par contre, dans l’organisation générale du fonctionnement des commissions préparatoires, Jean XXIII met concrètement en œuvre le principe de la collégialité ! La nuance est à peine perceptible entre la collégialité et la démocratie telle que nous l’entendons, car dans l’un et l’autre cas il y a « vote ». Or, dans le principe de la collégialité, même s’il y a vote, c’est l’autorité compétente qui rend légitime un vote, qui doit avoir plus des 2/3 des voix, à la fois pour avaler, comme pour amender.

Cela marchera pour le Concile car chaque texte sera voté à plus des 2/3, mais il sera légitime uniquement par la promulgation du pape ! Mais cela fonctionne déjà pour l’organisation de la phase préparatoire. Jean XXIII dit ceci : « …Pour préparer le second Concile du Vatican sont instituées des commissions préparatoires qui ont pour but d’étudier les sujets choisis par Nous, en tenant compte des vœux des évêques, et des propositions des sacrés Dicastères de la Curie Romaine.. » C’est Jean XXIII qui « donnera » à chaque commission le sujet à étudier, mais c’est lui qui « veillera » à l’unité de la démarche conciliaire par le fait de veiller à tenir compte des remarques des évêques. Ici Jean XXIII manifeste bien la fonction du pape : il est celui qui « guide », mais en même temps celui qui « veille » à l’unité dans l’Eglise.

La structure de chaque commission reflète lui aussi la dimension collégiale de l’Eglise : puisque pour chaque commission, il y a aura un président, un secrétaire et des membres qui auront « droit au chapitre », et des consulteurs qui pourront donner un avis compétent et circonstancié. Là aussi, pour que le principe de collégialité demeure, c’est Jean XXIII lui-même qui doit nommer toutes les personnes, il dit ceci : « …Les présidents et les membres de chaque commission, aussi bien que les consulteurs et les secrétaires seront choisis par Nous… » Pour chacune des 10 commissions, et des deux secrétariats, Jean XXIII décide de nommer 12 cardinaux, tous membres de la Curie Romaine, et la plus part du temps, responsable du Dicastère Romain qui correspond à la Commission.

Par contre, le choix de mettre à la tête de chaque commission les cardinaux responsables des dicastères romains, est à la fois tout à fait normal, mais manifeste aussi une conception « centraliste » de l’organisation de l’Eglise, autour du Pape. Tendance qui s’était fortement accentuée au XIXème siècle avec la poussée de l’ultramontanisme. Cette organisation montre bien, une conception de l’unité de l’Eglise, figée autour de la personne du Pape et de ses services proches. C’est cette manière d’organiser qui pourrait nous faire croire à la domination de la Curie Romaine pour la préparation du Concile, et de croire que la phase préparatoire en est une « main mise », or je pense que ce n’est pas très fondé.

A mon avis, pour bien manifester la dimension collégiale, et montrer que c’est elle qui a la faveur sur l’organisation centraliste, Jean XXIII va, avec génie, instituer la Commission Centrale. Elle sera présidée par le Pape lui-même… On pourrait croire aussi à un centralisme romain… Or, ne nous y trompons pas car elle sera constituée des cardinaux présidant les différentes commissions et secrétariats, mais aussi d’autres cardinaux, évêques et archevêques venant du monde entier ! Elle pourra bénéficier de ses propres consulteurs.

Voilà sa mission, selon Jean XXIII : « …La Commission Centrale a pour but de suivre et de coordonner, s’il en est nécessaire, les travaux des diverses Commissions, dont elle Nous rapportera les conclusions pour que Nous puissions établir les sujets à traiter au Concile Œcuménique… »

La dimension collégiale est ici manifeste, car c’est le pape, avec la Commission Centrale, qui va établir les sujets qui POURRONT être traités au Concile. La dimension collégiale est également manifeste car c’est au sein même de la Commission Centrale que seront débattus et votés les schémas des différentes Commissions et Secrétariats ! Cette organisation est « sage », parce qu’elle ne permet pas à chaque commission d’imposer ses schémas, sans concertation collégiale avec les autres. Et puis cela permet, ce que l’on appelle aujourd’hui « la transversalité », où chacun ne reste pas cloisonner dans sa discipline. Il y aura un juste équilibre entre le travail d’une commission, fruit du labeur intellectuel de spécialistes, et l’échange avec des « non spécialistes », le tout conjugué avec la dimension pastorale. Cette manière d’organiser la Commission Centrale permet de « tisser des liens » entre l’ensemble des Dicastères et les responsables des Eglises particulières au niveau mondial, ce qui est en soi, une révolution au Vatican ! Car cela fait bien longtemps ce que cette manière de faire n’avait pas eu lieu, en assemblée aussi plénière… D’autant que Pie XII avait une tout autre manière pour gouverner!

C’est le Pape, avec la Commission Centrale, qui va veiller sur le déroulement cette préparation, ayant même le droit d’intervenir, au besoin, dans l’organisation des travaux des Commissions. D’autant que la constitution de cette Commission Centrale fera que les cardinaux, évêques et archevêques venant des diocèses du monde entier seront nettement supérieurs en nombre ! C’est cette constitution qui souligne la dimension pastorale du prochain Concile ! Etant plus nombreux que les membres directs de la Curie Romaine, on ne peut plus trop dire que les commissions sont la « main mise » de la Curie. Statistiquement, et nous le verrons en détail, ce n’est pas possible ! D’autant, et ce détail a son importance : c’est au sein de la Commission Centrale que sera mise en place le règlement interne pour le déroulement du Concile ! Jean XXIII écrit : « …C’est aussi à la Commission Centrale qu’il revient de proposer les règles concernant le déroulement du futur Concile ». Or comme les membres de la Curie Romaine n’étaient pas majoritaires, peut-on dire que cette dernière avait « verrouillée » le déroulement ? Rien n’est moins sûre…

Enfin, le fait de n’avoir dans que des cardinaux, archevêques et évêques, montre bien que le prochain Concile, comme tous les Conciles d’ailleurs, ne concerne que les responsables des Eglises particulières.

Le motu proprio est promulgué le 5 juin 1960.

Mais dès le 7 et 8 juin 1960, sont publiés les noms des présidents de 10 commissions et des 2 secrétariats. Dès le 16 juin 1960 sont publiés les noms des autres membres de la Commission Centrale.

Par contre, il faudra attendre le 19 janvier 1961 pour que la liste de tous les membres et consulteurs des différentes commissions et secrétariats soit connue.

Cette chronologie des publications officielles, nous montre bien que Jean XXIII a d’abord constitué le noyau de la Commission Centrale. C’est tout à fait stratégique, car c’est cette commission qui va réguler, avec lui, la préparation du Concile. Il est bien dommage que cette période de l’histoire du Concile soit si méconnue…

Par contre, comme il y aura une nouvelle période de consultation pour trouver les personnes idoines. On peut supposer ce temps comme la concrétisation de cette 2ème démarche consultative au niveau mondial !

Ce sera le 13 et 14 novembre 1960 que l’ensemble de toutes ces personnes préparant le prochain Concile vont se rassembler à la basilique saint Pierre : elles seront 698!!! (en comptant Jean XXIII) !

A nous maintenant de savoir qui sont-elles et d’où viennent-elles… Et nous aurons des surprises…