Par la Lettre apostolique « Porta Fidei », le Saint-Père Benoît XVI a souhaité faire coïncider le 50ème anniversaire du Concile Vatican II avec la promulgation d’une « Année de la Foi » qui débutera le 11 octobre 2012 et se conclura en la solennité du Christ, Roi de l’univers, le 24 novembre 2013. Dans la rubrique « liturgie » de notre blog, la promulgation d’une « Année de la Foi » nous donne l’occasion d’analyser le rapport – intrinsèque –  qui existe entre « Liturgie » et « Foi ».

Si toute la foi chrétienne repose sur l’unique Mystère pascal, la liturgie puise dans ce grand Mystère sa source et sa force. De ce fait, la liturgie elle-même pousse les fidèles « rassasiés des mystères de Pâques à n’avoir qu’un seul cœur dans la piété ; elle prie pour qu’ils gardent dans leur vie ce qu’ils ont saisi par la foi » (Sacrosanctum Concilium, n°10).

Quelques années avant Sacrosanctum Concilium, la grande Encyclique Mediator Dei du Pape Pie XII,  publiée le 20 novembre 1947, disait plus clairement encore au chapitre III  b :

Dans la liturgie sacrée, nous professons la foi catholique expressément et ouvertement, non seulement par la célébration des mystères, l’accomplissement du sacrifice, l’administration des sacrements, mais aussi en récitant ou en chantant le Symbole de la foi, qui est comme la marque distinctive des chrétiens.

Pour le Pape Pie XII, il est évident que la liturgie, par ses relations étroites avec le dogme,

contient la foi catholique, en tant qu’elle atteste publiquement la foi de l’Eglise !

Ceci nous permet d’affirmer sans nous tromper que la liturgie est la plus belle et haute expression de la foi catholique ; la foi chrétienne ne peut être bien comprise en dehors de la liturgie.

Si l’on regarde d’un peu plus près le Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC) aux numéros 1066-1070, après la profession de foi développée dans la première partie, on passe à l’explication de la vie sacramentelle dans laquelle le Christ est présent, réalise et continue l’édification de son Eglise. Ceci nous aide à mieux comprendre que le Christ Seigneur est l’acteur principal de la liturgie ; il en est même le principe pour la rendre valide. De ce fait, si la centralité de la présence vivante et agissante du Christ ne ressortait pas de la liturgie, nous n’aurions plus la liturgie chrétienne, entièrement dépendante du Seigneur et soutenue de sa présence ; la liturgie serait entièrement centrée sur l’homme et donc elle ne serait plus au service de la gloire de Dieu en premier et au salut des âmes en second.

Il existe donc un rapport intrinsèque entre liturgie et foi, qui sont intimement unies. En réalité, sans la liturgie et les sacrements, la profession de foi n’aurait pas d’efficacité parce qu’il lui manquerait la grâce qui soutient la vie spirituelle.

De même, comme l’a souvent rappelé le Saint-Père Benoît XVI, l’action liturgique ne peut jamais être considérée d’une manière générique, indépendamment du mystère de la foi. En effet :

La source de notre foi et de la liturgie eucharistique est le même événement : le don que le Christ fait de lui-même dans le mystère pascal.

Benoît XVI, Sacramentum Caritatis, n° 34

Dans ce sens, on comprend alors que la foi est au centre de la liturgie chrétienne, dans toute sa gravité et sa beauté. La liturgie est participation à la prière du Christ adressée au Père dans l’Esprit Saint. Ainsi, nous conduisant au cœur même de la sainte Trinité, la liturgie est source de vie, c’est-à-dire que c’est d’elle que jaillit la grâce ; elle est source de vie principalement parce qu’elle est l’œuvre du Christ, qui est l’Auteur de la grâce.

L’œuvre du Christ trouve son noyau essentiel dans le Mystère pascal, et le lien avec la liturgie est évident puisque « par la liturgie, notre Rédempteur et Grand Prêtre continue d’exerce l’œuvre de notre rédemption » (Sacrosanctum Concilium, n° 2).

Cette œuvre du Christ,  perpétuée dans la célébration des Saints Mystères dela Messe, vient fortifier la foi et le témoignage des fidèles. La grâce qui est donnée par le Christ aux fidèles laïcs dans la liturgie réclame une implication vitale : « La liturgie n’épuise pas toute la vie de l’Eglise », nous dit Sacrosanctum Concilium au n° 9 ! Et le CEC de compléter au n° 1072 :

Elle doit être précédée par l’évangélisation, la foi et la conversion.

Enfin, étroitement unie à la foi et en témoin privilégiée de la Tradition, la liturgie est le lieu par excellence de la catéchèse, comme l’indique à juste titre le CEC aux n° 1074-1075.  La liturgie porte en elle une authentique valeur pédagogique : Dieu lui-même parle à son peuple (Sacrosanctum Concilium, n° 33) et nul besoin de faire de commentaire sur le rite au moment de son exécution (Sacrosanctum Concilium, n° 34). La fonction propre de la liturgie est donc double : elle a pour mission d’enseigner les vérités de la foi aux moyens des rites, mais aussi de faire vivre le Mystère du salut. De ce fait, elle doit viser non seulement à transmettre une doctrine exacte mais surtout à introduire dans une foi vivante. Ceci implique que les textes, les signes, les rites, les gestes et les éléments ornementaux de la liturgie soient beaux et dignes, simples et nobles pour être vraiment capables de transmettre le Mystère sacré qu’ils signifient et révéler la beauté et la grandeur de notre Dieu. Il est sans doute plus que jamais urgent de faire de nos liturgies un véritable « lieu théologique » et spirituel, capable de susciter la foi et de nourrir et faire grandir la ferveur, l’adoration et la contemplation du Dieu trois fois saint ! Autrement dit, la liturgie est prière et doit tendre à devenir toujours davantage un témoignage d’espérance et d’amour, un signe d’évangélisation, une défense et un approfondissement de la foi chrétienne.

Dans l’introduction qu’il donne lui-même au volume de ses œuvres complètes – opera omnia – consacrées à la liturgie, le Saint-Père Benoît XVI confie volontiers que sa démarche ne vise pas à entrer dans le débat et la technique de la science liturgique, mais à se concentrer sur l’importance de la liturgie dans l’acte de foi et par conséquent sur sa place dans toute l’existence humaine et chrétienne.

Finalement, si la liturgie manifeste pleinement la foi de l’Eglise catholique et contribue manifestement à la maintenir, il va sans dire que la liturgie est bien la clé pour l’avenir de la foi chrétienne. Au lendemain du Concile Vatican II, le grand défi est de découvrir et promouvoir l’esprit de la liturgie car, comme l’a dit si bien le Cardinal Ratzinger, notre actuel Souverain Pontife : « C’est dans la manière de traiter la liturgie que se décide le sort de la foi et de l’Eglise ».