En ce 6 décembre 2013, nous pouvons assister à un vibrant hommage pour la personne de NELSON MANDELA (1918-2013), et son combat pacifiste en faveur de la paix et de la démocratie.

Le journal quotidien « LA CROIX » intitule son article panégyrique  « Un chrétien discret« : ce qui est juste, tant ce chrétien méthodiste n’a jamais été un prosélyte. C’est bien le respect des convictions de chacun, qu’il a été si discret, mais en même temps efficace pour la construction de la paix entre les personnes, jusqu’à l’abolition de l’apartheid en 1991.

Je me souviens avoir vécu ce moment avec autant d’émotion que la chute du mur de Berlin en 1989, en tant que jeunes collégiens.

Même si tout au long de sa carrière politique, il a toujours considérer que les convictions religieuses devaient être de l’ordre de la dimension privée et qu’il n’avait pas à les « imposer », cela ne l’a pas empêché d’écrire en 1997 lorsqu’il était président de l’Afrique du Sud:

 « Nous avons besoin que les institutions religieuses continuent d’être la conscience de la société, le gardien de la morale et des intérêts des faibles et des opprimés. Nous avons besoin que les organisations religieuses participent à la société civile mobilisée pour la justice et la protection des droits de l’homme. ».

C’est dans cette conviction respectueuse et non prosélyte de NELSON MANDELA, que les institutions religieuses peuvent être des ferments solides pour la construction de l’entente et de la paix entre les hommes, que nous retrouvons les intuitions et les souhaits du bienheureux Jean XXIII pour le Concile. L’étude en 4 articles de son encyclique « PACEM IN TERRIS » faite sur ce blog en a montré la force pour aujourd’hui.

Cela nous donne l’occasion de redécouvrir les plus beaux passages de la constitution dogmatique « GAUDIUM ET SPES« , constitution « pastorale » donnant l’enseignement et l’élan conciliaire, du rôle des chrétiens catholiques en faveur de la paix entre les hommes.

Voici donc, le texte le plus condensé de l’enseignement pastorale du Concile, datant du 7 décembre 1965.

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CHAPITRE V : La sauvegarde de la paix et la construction de la communauté des nations

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78. La nature de la paix

1. La paix n’est pas une pure absence de guerre et elle ne se borne pas seulement à assurer l’équilibre de forces adverses ; elle ne provient pas non plus d’une domination despotique, mais c’est en toute vérité qu’on la définit « œuvre de justice » (Is 32, 17). Elle est le fruit d’un ordre inscrit dans la société humaine par son divin fondateur, et qui doit être réalisé par des hommes qui ne cessent d’aspirer à une justice plus parfaite. En effet, encore que le bien commun du genre humain soit assurément régi dans sa réalité fondamentale par la loi éternelle, dans ses exigences concrètes il est pourtant soumis à d’incessants changements avec la marche du temps : la paix n’est jamais chose acquise une fois pour toutes, mais sans cesse à construire. Comme de plus la volonté humaine est fragile et qu’elle est blessée par le péché, l’avènement de la paix exige de chacun le constant contrôle de ses passions et la vigilance de l’autorité légitime.

2. Mais ceci est encore insuffisant. La paix dont nous parlons ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde du bien des personnes, ni sans la libre et confiante communication entre les hommes des richesses de leur esprit et de leurs facultés créatrices. La ferme volonté de respecter les autres hommes et les autres peuples ainsi que leur dignité, la pratique assidue de la fraternité sont absolument indispensables à la construction de la paix. Ainsi la paix est-elle aussi le fruit de l’amour qui va bien au-delà de ce que la justice peut apporter.

3. La paix terrestre qui naît de l’amour du prochain est elle-même image et effet de la paix du Christ qui vient de Dieu le Père. Car le Fils incarné en personne, prince de la paix, a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa croix, rétablissant l’unité de tous en un seul peuple et un seul corps. Il a tué la haine dans sa propre chair et, après le triomphe de sa résurrection, il a répandu l’Esprit de charité dans le cœur des hommes.

4. C’est pourquoi, accomplissant la vérité dans la charité (Ep 4, 15), tous les chrétiens sont appelés avec insistance à se joindre aux hommes véritablement pacifiques pour implorer et instaurer la paix.

5. Poussés par le même esprit, nous ne pouvons pas ne pas louer ceux qui, renonçant à l’action violente pour la sauvegarde des droits, recourent à des moyens de défense qui, par ailleurs, sont à la portée même des plus faibles, pourvu que cela puisse se faire sans nuire aux droits et aux devoirs des autres ou de la communauté.

6. Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu’au retour du Christ. Mais dans la mesure où, unis dans l’amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence, jusqu’à l’accomplissement de cette parole : « De leurs épées ils forgeront des socs et de leurs lances des faucilles. Les nations ne tireront plus l’épée l’une contre l’autre et ne s’exerceront plus au combat » (Is 2, 4).

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82. Vers l’absolue proscription de la guerre. L’action internationale pour éviter la guerre

1. Il est donc clair que nous devons tendre à préparer de toutes nos forces ce moment où, de l’assentiment général des nations, toute guerre pourra être absolument interdite. Ce qui assurément, requiert l’institution d’une autorité publique universelle, reconnue par tous, qui jouisse d’une puissance efficace, susceptible d’assurer à tous la sécurité, le respect de la justice et la garantie des droits. Mais, avant que cette autorité souhaitable puisse se constituer, il faut que les instances internationales suprêmes d’aujourd’hui s’appliquent avec énergie à l’étude des moyens les plus capables de procurer la sécurité commune. Comme la paix doit naître de la confiance mutuelle entre peuples au lieu d’être imposée aux nations par la terreur des armes, tous doivent travailler à mettre enfin un terme à la course aux armements. Pour que la réduction des armements commence à devenir une réalité, elle ne doit certes pas se faire d’une manière unilatérale, mais à la même cadence, en vertu d’accords, et être assortie de garanties véritables et efficaces.

2. En attendant, il ne faut pas sous-estimer les efforts qui ont déjà été faits et qui continuent de l’être en vue d’écarter le danger de la guerre. Il faut plutôt soutenir la bonne volonté de ceux qui, très nombreux, accablés par les soucis considérables de leurs hautes charges, mais poussés par la conscience de leurs très lourdes responsabilités, s’efforcent d’éliminer la guerre dont ils ont horreur, tout en ne pouvant cependant pas faire abstraction de la complexité des choses telles qu’elles sont. D’autre part, il faut instamment prier Dieu de leur donner l’énergie d’entreprendre avec persévérance et de poursuivre avec force cette œuvre d’immense amour des hommes qu’est la construction courageuse de la paix. De nos jours, ceci exige très certainement d’eux qu’ils ouvrent leur intelligence et leur cœur au-delà des frontières de leur propre pays, qu’ils renoncent à l’égoïsme national et au désir de dominer les autres nations, et qu’ils entretiennent un profond respect envers toute l’humanité, qui s’avance avec tant de difficultés vers une plus grande unité.

3. En ce qui regarde les problèmes de la paix et du désarmement, il faut tenir compte des études approfondies, courageuses et inlassables déjà effectuées et des congrès internationaux qui ont traité de ce sujet, et les regarder comme un premier pas vers la solution de si graves questions ; à l’avenir, il faut les poursuivre de façon encore plus vigoureuse si l’on veut obtenir des résultats pratiques. Que l’on prenne garde cependant de ne point s’en remettre aux seuls efforts de quelques-uns, sans se soucier de son état d’esprit personnel. Car les chefs d’État, qui sont les répondants du bien commun de leur propre nation et en même temps les promoteurs du bien universel, sont très dépendants des opinions et des sentiments de la multitude. Il leur est inutile de chercher à faire la paix tant que les sentiments d’hostilité, de mépris et de défiance, tant que les haines raciales et les partis pris idéologiques divisent les hommes et les opposent. D’où l’urgence et l’extrême nécessité d’un renouveau dans la formation des mentalités et d’un changement de ton dans l’opinion publique. Que ceux qui se consacrent à une œuvre d’éducation, en particulier auprès des jeunes, ou qui forment l’opinion publique, considèrent comme leur plus grave devoir celui d’inculquer à tous les esprits de nouveaux sentiments générateurs de paix. Nous avons tous assurément à changer notre cœur et à ouvrir les yeux sur le monde, comme sur les tâches que nous pouvons entreprendre tous ensemble pour le progrès du genre humain.

4. Ne nous leurrons pas de fausses espérances. En effet, si, inimitiés et haines écartées, nous ne concluons pas des pactes solides et honnêtes assurant pour l’avenir une paix universelle, l’humanité, déjà en grand péril, risque d’en venir, malgré la possession d’une science admirable, à cette heure funeste où elle ne pourra plus connaître d’autre paix que la paix redoutable de la mort. Mais au moment même où l’Église du Christ, partageant les angoisses de ce temps, prononce de telles paroles, elle n’abandonne pas pour autant une très ferme espérance. Ce qu’elle veut, c’est encore et encore, à temps et à contretemps, présenter à notre époque le message qui lui vient des Apôtres : « Le voici maintenant le temps favorable » de la conversion des cœurs « le voici maintenant le jour du salut».

Selon la Constitution Conciliaire, il est donc d’un devoir pastoral des catholiques d’œuvrer en faveur de la Paix et de l’entente entre les hommes, dans une action non prosélyte.

Puissions-nous alors avoir sans cesse recourt à ce précieux enseignement, le recevoir et le comprendre, et essayer de le vivre à notre niveau.