Le chanoine Marcel Schneider, ordonné prêtre en 1950, a vécu de manière toute particulière les changements qui sont intervenus dans la célébration de l’eucharistie. Il nous livre son témoignage sur cette période.


(Vous pouvez retrouver cette vidéo sur le site internet du diocèse de Metz).

 Ci-dessous, le témoignage paru dans le bulletin diocésain Église de Metz (reproduit avec l’autorisation de la rédaction). Il y a un dossier sur le Concile Vatican II dans le numéro de Novembre. Plus d’infos ici et .

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J’étais à l’époque vicaire à Sarralbe. La messe de semaine était le matin à 7 h. Tout à fait au fond de l’église, il y avait quatre ou cinq personnes, parfois dix, qui disaient gentiment leur chapelet, tandis que moi, à l’autel je priais en silence tout ce qu’il fallait prier, et je faisais en silence tous les gestes qu’il fallait, pour que l’eucharistie soit célébrée selon le rite.

Le dimanche matin, nous avions quatre messes qui se suivaient. Le curé célébrait, et moi, soit je prêchais, soit je confessais pendant ce temps, et vice versa. La grand’messe était entièrement en latin, avec une chorale de qualité qui chantait un très beau grégorien. Mais finalement, ça se passait entre la chorale et le prêtre à l’autel. A la rigueur quand on chantait les Kyrie les plus connus, le peuple chrétien participait un peu ; c’était une présence très digne, très respectueuse, silencieuse, attentive jusqu’à la fin

 Avant le concile, les premiers changements

 Je me souviens aussi qu’à l’époque, à Taizé, il y avait les offices en français. En y participant, je rêvais et je m’interrogeais : « quand est-ce que nous pourrons célébrer ainsi nos eucharisties pour qu’elles soient vraiment une leitourgia ? », une célébration du peuple de Dieu rassemblé pour présenter au Seigneur sa louange à travers la prière commune. Mais pour cela, il fallait du temps.

A partir de 1954, il y a eu quelques modifications dans la liturgie. D’abord, la messe quotidienne pouvait être célébrée le soir, ce qui changeait tout, parce que des jeunes et des moins jeunes, et même des ouvriers, pouvaient participer. Ensuite, on a commencé à chanter des cantiques, et même à faire les lectures en français. Dans le cadre du bouillonnement qui précédait le concile, j’avais pris l’initiative de dire les prières à voix haute pour que les gens puissent m’entendre, même si ces prières étaient encore en latin. Certains prêtres disaient que ce n’était pas permis ; il fallait que ce soit segreto, en secret, mystérieux…

Formations pour les prêtres

Après la parution de la constitution Sacrosantum Concilium[1], le diocèse, avec la commission liturgique, a organisé des journées de formation. D’abord des journées diocésaines, où tous les prêtres étaient rassemblés, et durant lesquelles les responsables de la commission nous donnaient les orientations fondamentales de ces changements de la liturgie. Et ensuite, on a rassemblé les curés des archiprêtrés pour les aider à entrer dans cette réforme, pour qu’elle se fasse dans l’Esprit et dans le respect du concile Vatican II. Et je sais combien les uns et les autres, on essayait de célébrer le mieux possible. Ce n’était pas évident, du jour au lendemain, de célébrer en dialogue et face au peuple de Dieu, d’oublier ses habitudes d’avant (les nombreux signes de croix, les têtes penchées…). Il fallait donc apprendre à célébrer pour que chacun de nos gestes et de nos paroles soient en relation étroite et cohérente avec le mystère que nous célébrions, avec la parole que nous disions.

Il y avait aussi, pour certains, la crainte du changement. Je me souviens de certains prêtres qui ont refusé de changer quoique ce soit, en prétextant leur âge. Ils ne refusaient pas Vatican II. Leur réaction était de l’ordre du respect : plutôt que de mal faire, ils préféraient attendre que leur successeur fasse les changements.

Le sens de cette évolution

Pour moi, l’Eglise est le peuple de Dieu. Tous les gestes doivent être des gestes communautaires, et non pas le geste d’un seul, qui au nom de tous les autres, parle au Seigneur Dieu dans son secret, comme cela se faisait du temps du grand prêtre à Jérusalem Et puis, il y a aussi la possibilité de communiquer plus largement la Parole de Dieu. Avant il y avait à longueur d’année les mêmes lectures alors que maintenant, l’essentiel de la Bible passe à travers le cycle des trois années.

C’est un ensemble de choses comme celles-ci qui ont permis de rendre présent le Seigneur Dieu avec sa volonté de communiquer d’avantage son projet aux hommes rassemblés et de permettre une mise en commun.



[1] Sacrosanctum Concilium est l’une des quatre constitutions promulguées par le concile Vatican II. Se donnant pour but la « restauration et [le] progrès de la liturgie » (SC1), elle fut solennellement promulguée par le pape Paul VI le 4 décembre 1963.