L’origine de Gaudium et Spes 

Ce texte est l’objet d’une attention toute particulière dans le monde entier. D’abord parce que c’est la première fois que, dans un concile, le problème des réalités terrestres est posé d’une manière aussi précise. Ensuite, parce que cela implique que l’Eglise est maintenant décidée à exprimer sa position vis-à-vis du progrès et du monde moderne.

Ces propos sont  du jésuite Jean Daniélou datent de janvier 1965 (in « Le sujet du schéma XIII », Etudes, Janvier 1965, repris dans « Vatican II, Histoire et actualité d’un concile », Hors-Série Etudes, 2010, p. 145). Ils donnent bien l’intention générale de la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps. Quand à Mgr Philippe Delhaye, il écrit dans la collection Unam Sanctam qui étudie les textes de Vatican II (vol 65a, p. 216) :

Dès ses premiers jours, l’Assemblé conciliaire avait voté un message au monde alors que rien de tel n’avait été prévu dans les schémas préparés par les commissions préconciliaires. Les prélats, venus du monde entier, avaient tout de suite senti qu’il était une autre manière de s’adresser aux hommes d’aujourd’hui que par des textes scolastiques.

Cependant, rien dans les textes préparatoires, rédigés par la commission centrale préparatoire, n’avait trait à ce rapport entre l’Eglise et le monde. C’est donc durant la première session, après le coup de force des pères conciliaires, que Jean XXIII confie au cardinaux Montini et Suenens de « prévoir un programme nouveau dans lequel se trouvait précisément l’étude des relations entre l’Eglise et le monde actuel ! » (Delhaye, p. 217).

Une mise en œuvre délicate

La mise en œuvre de la Constitution Gaudium et Spes ne fut pas du tout un long fleuve tranquille : le texte a, comme bien d’autre, mais peut-être aussi plus que d’autres au vu son sujet, subi de nombreux changements entre sa première mouture et le texte final. Rien que la succession des noms sous lesquels on l’a désigné en dit long : Schéma XXI (janvier 1963), schéma XIX, puis schéma XVII et enfin schéma XIII !

Durant la première session du concile, l’idée de ce texte est lancée, mais rien n’existait, et il faudra donc attendre le début de l’année 1963 pour voir un premier projet émerger. La constitution de ce premier texte a donc servi, par conséquent, à étalonner le contenu du document. Alors que la commission de coordination du concile pensait y recycler quelques schémas concernant l’ordre moral, c’est surtout l’importance d’éléments concernant la vie économique, sociale, culturelle, internationale,… qui a prévalu ! Un projet de texte fut donc rédigé, mais rejeté au début du mois de juillet, car il était jugé  trop peu théologique. C’est le cardinal Suenens qui reçut, à ce moment-là, la tâche de rédiger un nouveau document pour la seconde session du concile (le 29 septembre 1963). C’est donc principalement les théologiens de Louvain, ainsi que quelques experts (Rahner, Congar, …) qui proposèrent un nouveau projet (connu sous le nom de « Projet de Malines »).

Cependant, lors de la seconde session du concile (29 septembre – 4 décembre 1963), il n’y eut que peu de temps pour s’atteler au travail sur ce projet, et il fut renvoyé pour être amélioré. C’est durant le travail de cette troisième version, dénommé projet de Zurich, qu’une division du document en deux parties distinctes sera opérée. La première partie « consacrée au dialogue avec le monde, l’autre réservée à l’étude des valeurs modernes » (Delahye, p. 228). En outre, il y aura l’ajout d’un fascicule de 63 pages sur des questions précises : la personne humaine dans la société, le mariage et la famille, la culture, la vie économique et sociale, la communauté des nations et la paix. Lors de la troisième session du concile, le 1er octobre 1964, Mgr Lefebvre pose la question du statut de ces annexes. Pour éviter toute ambiguïté, la décision de les intégrer dans le document est prise. Ce sera la seconde partie de la constitution pastorale telle que nous la connaissons.

… à suivre