Voici un autre extrait de la conférence donnée par le père Laurent Pidole, sur le rapport entre Vatican II et la Nouvelle évangélisation.

Paul VI nous dit au début d’Evangelii nuntiandi que les objectifs de Vatican II « se résument, en définitive, en un seul : rendre l’Église du 20ème siècle encore plus apte à annoncer l’Évangile à l’humanité du 20ème siècle » (n°2). Le Pape confie que les Pères synodaux attendent de lui « un élan nouveau, capable de créer, dans une Église encore plus enracinée dans la force et la puissance immortelles de la Pentecôte, des temps nouveaux d’évangélisation » (n°2). C’est déjà la réalité de la « nouvelle évangélisation ». Nous trouvons alors la même approche complète, intégrale de l’évangélisation que dans la synthèse du cardinal Wojtyla. L’exhortation dit :

Aucune définition partielle et fragmentaire ne donne raison de la réalité riche, complexe et dynamique qu’est l’évangélisation, sinon au risque de l’appauvrir et même de la mutiler. Il est impossible de la saisir si l’on ne cherche pas à embrasser du regard tous ses éléments essentiels.

Ces éléments fortement soulignés au cours du Synode continuent d’être approfondis, sous l’influence du travail synodal. Nous nous réjouissons de ce qu’ils se situent, au fond, dans la ligne de ceux que le Concile Vatican II nous a transmis, surtout dans les Constitutions Lumen Gentium, Gaudium et spes et dans le Décret Ad gentes (n°17).

Evangelii nuntiandi donne alors les éléments principaux de l’évangélisation qui est un processus complexe et riche :

Renouveau de l’humanité, témoignage, annonce explicite, adhésion du cœur, entrée dans la communauté, accueil des signes [=les sacrements], initiative d’apostolat. Ces éléments peuvent apparaître contrastants, voire exclusifs. Ils sont en réalité complémentaires et mutuellement enrichissants. Il faut toujours envisager chacun d’eux dans son intégration aux autres. La valeur du récent Synode a été de nous avoir constamment invités à composer ces éléments, plutôt qu’à les opposer entre eux, pour avoir la pleine compréhension de l’activité évangélisatrice de l’Église. C’est cette vision globale que nous voulons maintenant exposer… (n°24).

Paul VI aurait presque pu dire : c’est Karol Wojtyla qui nous a constamment invités à composer ces éléments, plutôt qu’à les opposer entre eux, pour avoir la pleine compréhension de l’activité évangélisatrice de l’Église. Posons-nous sincèrement la question : et nous, est-ce que nous n’opposons pas souvent ces éléments au lieu de les saisir tous ensemble ? C’est sûr que certains ont plus le charisme du service silencieux et effacé, d’autres celui de l’annonce explicite de Jésus, d’autres de la catéchèse, etc… L’essentiel est que nous gardions à l’esprit que notre charisme n’est pas suffisant, qu’il appelle celui des autres, qu’il appelle à mettre en lien avec d’autres les personnes de notre entourage que nous voulons évangéliser. C’est la communion qu’est l’Église qui évangélise et non des individus isolés.

A peine Karol Wojtyla est-il élu Pape qu’il emploie l’expression « nouvelle évangélisation » et qu’il veut lancer toute l’Église dans ce processus. Il a certainement trouvé l’expression chez les évêques d’Amérique latine dans un texte de 1968. Il l’emploie la première fois dans son pays, à Nowa Huta, cette ville nouvelle qui pour les autorités communistes devait être l’emblème de la nouvelle humanité sans Dieu :

Là où s’élève la croix, surgit le signe que la bonne nouvelle du salut de l’homme grâce à l’amour est arrivée jusque-là. Là où s’élève la croix, là est le signe que l’évangélisation est commencée. Avec elle, nous avons reçu un signe, celui qu’au seuil du nouveau millénaire — en ces temps nouveaux, en ces nouvelles conditions de vie — l’Évangile est de nouveau annoncé. Une nouvelle évangélisation est commencée, comme s’il s’agissait d’une deuxième annonce, bien qu’en réalité ce soit toujours la même. La croix se tient debout sur le monde qui change »

(Messe à Nowa Huta, DC 1767 du 01.07.1979, p. 638).

La définition de la nouvelle évangélisation est alors esquissée dans un discours aux évêques latino-américains en 1983 : « Nouvelle en son ardeur, dans ses méthodes, dans son expression » (DC 1850 de mars 1983, p. 438). Dans son exhortation de 1988 sur la vocation et la mission des fidèles laïcs, Jean-Paul II met en lien la nouvelle évangélisation avec « les peuples chrétiens de vieille date », frappé par la sécularisation et il lui consacre tout un numéro :

 34. L’heure est venue d’entreprendre une nouvelle évangélisation

[…] L’homme est aimé de Dieu! Telle est l’annonce si simple et si bouleversante que l’Eglise doit donner à l’homme. La parole et la vie de chaque chrétien peuvent et doivent faire retentir ce message: Dieu t’aime. Le Christ est venu pour toi, pour toi le Christ est «le Chemin, la Vérité et la Vie!» (Jn 14, 6).

Cette nouvelle évangélisation, qui s’adresse non seulement à chacune des personnes, mais aussi à des groupes entiers de populations dans la diversité de leurs situations, de leurs milieux, de leurs cultures, est destinée à la formation de communions ecclésiales mûres, c’est-à-dire où la foi répand et réalise tout son sens originel d’adhésion à la personne du Christ et à son Évangile, de rencontre et de communion sacramentelle avec Lui, d’existence vécue dans la charité et le service ».

En parlant dans le même texte de « l’urgence actuelle de la nouvelle évangélisation », il ajoute avec force : « L’Église doit faire aujourd’hui un grand pas en avant dans l’évangélisation, elle doit entrer dans une nouvelle étape historique de son dynamisme missionnaire » (35). Et au n°64 :

Au seuil du troisième millénaire, l’Église tout entière, pasteurs et fidèles, doit sentir plus fortement la responsabilité qu’elle a d’obéir au commandement du Christ: « Allez dans le monde entier et prêchez l’Évangile à toutes les créatures » (Mc 16, 15), et de prendre un nouvel élan missionnaire. A l’Église est confiée une entreprise de grande envergure, exigeante et magnifique: celle d’une nouvelle évangélisation, dont le monde d’aujourd’hui a un immense besoin.