Le pape Jean XXIII

Le pape Jean XXIII

C’est par ce tout petit titre, que vous trouverez dans la Documentation Catholique (volume LVI, de l’année 1959, numéro 1297 datant du 15 février) une brève recension évoquant l’annonce du Concile Oecuménique, le 25 janvier en la basilique saint Paul-hors-les-murs.

Le texte de recension peut surprendre, parce que nous n’y trouvons pas le discours prononcé par Jean XXIII. Il n’y a que 7 petits paragraphes, rédigés comme une sorte de mise en scène théâtrale, dont voici le déroulement : Après que Jean XXIII eût présidé la « chapelle papale » en la basilique saint Paul-hors-les-murs, afin de clôturer la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, voilà qu’au sein même du monastère de Saint Paul, les 18 cardinaux présents entendent une allocution !

La ritualité décrite montre bien que nous sommes en présence d’un « consistoire secret extraordinaire » et non d’une convocation officielle à un évènement! Formule d’introduction « Extra omnes » faite par le préfet des cérémonies afin que le consistoire soit « secret », c’est-à-dire uniquement le pape et les cardinaux. S’en suis (même si ce n’est pas écrit, mais c’est l’usage) la formule d’invocation à l’Esprit-Saint «Adsumus » faite par le pape, puis l’allocution se concluant par une bénédiction.

Le bref résumé de l’allocution débouche sur l’annonce de trois souhaits : le désir d’un synode diocésain pour Rome, le Concile Œcuménique pour l’Eglise Universelle,  la mise à jour du Code de droit canonique. Et l’article s’arrête là ! Bref, concis, et l’on passe à autre chose ! Face à ce constat, comment saisir ce qui s’est passé au juste ce fameux 25 janvier 1959 ? Sachant qu’il faudra attendre le 29 mars 1959 pour voir publier le texte officiel de cette allocution au sein de la Documentation Catholique ? S’agissant du 2ème « consistoire secret », qu’est-ce que cela implique puisque le premier était celui du 15 décembre 1958 créant 23 nouveaux cardinaux, dont Jean-Baptiste Montini en tête de liste (futur Paul VI) ?

N’oublions pas que c’est au cours d’un consistoire que le souverain Pontife, avec le collège des cardinaux consultés sur une ou plusieurs questions, prend les décisions les plus importantes pour l’Eglise. Depuis longtemps et jusqu’à Jean XXIII, la plus part des consistoires étaient réduits à la formalité administratives de nominations des nouveaux cardinaux. Ils avaient comme perdus le sens premier du « sénat » du pape.

Or ici Jean XXIII joue le jeu d’une ecclésialité irréprochable, tout en étant complètement renouvelée par rapport à Pie XII. Déjà parce qu’il soumet à un consistoire les décisions importantes qu’il a discerné après 3 mois de pontificat : il semble ne pas vouloir décider seul mais manifeste un attachement à la dimension collégiale ! Ensuite, sa narration (d’après la publication du 29 mars 1959) montre qu’il parle d’abord en tant qu’évêque de Rome, et seulement après en tant que Pasteur de l’Eglise universelle : n’est-ce pas un lointain souvenir du vieil adage apostolique de Pierre « primus inter pares ». Le fait même de ce consistoire secret extraordinaire relatif à la vie du diocèse de Rome et de l’Eglise universelle reste une étape charnière qui inaugure une manière complètement renouvelée de vivre la charge papale : là Jean XXIII se détache complètement de ses proches prédécesseurs dans la manière de gouverner.

 Si la dynamique d’un consistoire peut se résumer par : annonce d’une question importante par le pape, consultations du collège des cardinaux, et approbation d’une décision, qu’en sera-t-il de ce 2ème consistoire secret ? En fait cette allocution ne semble être que la question de la convocation d’un concile soumise aux cardinaux. Mais de prime abord, rien n’est fixé d’avance sur sa nature, son objet, sa finalité. Bien sûr Jean XXIII a sans doute exposé les raisons pastorales qui le poussent à soumettre l’idée d’un Concile au collège des cardinaux, mais dans le document publié le 15 février 1959, le chroniqueur reste sobre. Le seul motif souligné est celui de la question de l’unité des chrétiens ! La seule chose dont on puisse être certain, à cette date du 25 janvier 1959, c’est que Jean XXIII souhaite un concile œcuménique, en vue de la question de l’unité des chrétiens. En fait, c’est à partir de ce 25 janvier 1959 que va réellement commencer la consultation du collège des cardinaux, pour finalement aboutir, le 25 décembre 1961 à la prise de décision officielle de Jean XXIII de convoquer le Concile. Ce 2ème consistoire secret, bref quant à son allocution, va en fait largement se poursuivre au-delà du cadre de ce 25 janvier. Il demeure un consistoire vraiment « extraordinaire », car il va dépasser le cadre restreint des 74 cardinaux pour s’ouvrir largement à toutes les composantes organiques de l’Eglise universelle dans la consultation. « Extraordinaire » parce que la durée de discernement sera presque de 2 années.

Et si l’on prenait le temps de découvrir ce qui se cache dans les textes de cette période, afin de mieux saisir la pluralité des enjeux de la convocation du Concile en 1961? C’est peut-être là que l’on pourra y découvrir ce que l’on attendait de ce Concile ? Ce qu’on y a voulu, ce que l’on voulait y faire…

A suivre….