Je dédie cet article à toutes les personnes qui sont nées dans les années 1970…

…Qui auront la trentaine (même un début de quarantaine…) lors du jubilé d’or du Concile Vatican II!

…Et qui auraient pu grandir dans ce décor…..

C’est durant la préparation de l’article (il sera publié la semaine prochaine…) sur la constitution dogmatique « Dei Verbum » que j’ai eu envie de faire cet « arrêt sur image », et de me livrer à une réflexion beaucoup plus personnelle sur l’acte même de préparer cet anniversaire jubilaire du Concile Vatican II, la place de la génération de ceux qui ont la trentaine et un peu plus, sur l’idée générale de la réception, et sur la finalité de ce blog…

Pour ma présentation de la Constitution dogmatique « Dei Verbum », je regardais les anales de la dernière session du Concile, et il est extraordinaire de remarquer le foisonnement de publications !

Le Concile Vatican II est composé en tout de 16 textes. Et sur ces 16 textes, 11 ont été votés et approuvés lors de cette quatrième et dernière session !  En l’espace de presque 3 mois (14 septembre- 8 décembre) un peu plus des 2/3 des textes sont retravaillés et promulgués. Ce qui est considérable ! …Mais en même très rapproché…

J’ai vu que Paul VI a promulgué une période de Jubilé, du 1er janvier au 29 mai 1966 afin que les catholiques puissent recevoir, étudier, accepter et œuvrer pour le renouveau spirituel de l’Eglise dans l’élan du Concile.

Il n’empêche, qu’aujourd’hui encore, on peut se demander comment cela est-il possible… Car recevoir d’un coup 11 textes aussi riches, denses, profonds, complexes et aussi divers, n’est pas chose facile : on peut très vite « saturer », et par conséquent avoir une vision plus ou moins « partielle », « fragmentée » et non globale.

Je me permets de penser que l’organisation de la réception a du être un sujet bien délicat durant cette année 1966…

Mais n’y a–t-il pas, à la base quelque chose d’« utopique » ? L’idée est belle et généreuse de la part de Paul VI de faire de cette période de « Jubilé post conciliaire », un moment fort de réception et d’application de réformes. Mais comment faire concrètement, avec des textes qui sont tout de même « dogmatiques » ? On ne peut recevoir autant de documents aussi forts, les « digérer » aussi rapidement pour qu’ils soient « nourriture d’applications concrètes » ! Sinon, on risque peut-être d’aller trop vite en démarche succombant à la tentation idéologique, tant dans l’interprétation que dans l’application.

Car après tout, le travail que je fais pour ce blog en vue du Jubilé de 50 ans de l’ouverture, n’est au bout du compte, qu’une sorte de « prolongement » de cette période jubilaire de « réception » du Concile, promulguée par Paul VI!

Et me replonger dans l’histoire, la genèse de cet évènement, me rend à cette évidence ! Quelle ampleur cette « réception », mais surtout quel travail intergénérationnel !

Lorsque je prends un peu plus de recul par rapport à toute cette « œuvre accomplie » depuis 47 ans de réception, je ne peux qu’être pris de vertige, et en même temps, ne me sentir qu’une infime strate qui servira à d’autres pour qu’ils puissent continuer l’élévation !

La sagesse biblique prévoit que Jésus entre dans la vie publique à 30 ans, et qu’à partir de cet âge, il entre pleinement en action, en ayant conscience de ses responsabilités.

Je pense que pour nous il en est de même ! Ce n’est vraiment qu’à partir de 30 ans que l’on prend réellement possession de toutes ces facultés, et l’action responsable s’engage alors totalement! Si à 30 ans, on sent déjà que l’on vieilli et que l’on décline, (j’en connais hélas….) c’est qu’il y a un problème quelque part!!!

Tous ceux, qui comme moi, sont nés durant les années 1970, nous serons largement dans  la trentaine, presque finissante pour certains, pour ce jubilé d’or du Concile ! Pour la sagesse biblique, notre génération va seulement commencer à jouer son rôle dans cette œuvre de réception et d’application de cet évènement marquant du XXème siècle!

Quant je pense que Benoît XVI, et ceux de sa génération avaient eux aussi, la trentaine au moment du Concile… Voilà la jeune génération de l’époque, de ceux qui « ont pensé », « participé », et qui ont eu en plus la responsabilité d’amorcer la « première réception » du Concile! Je dis « première », parce que je suis convaincu que la réception est loin d’être achevée!

Il y a eu d’autres générations depuis qui ont apporté leurs pierres… Mais je pense que la nôtre à quelque chose de bien spécifique et de nouveau ! C’est que nous sommes beaucoup trop éloignés des derniers « poilus » de la génération de ceux qui ont participé au Concile (ils sont à nos yeux de très vénérables vieillards), et en même temps, nous sommes déjà trop éloignés des générations qui ont suivi et qui ont œuvré durant les années de notre enfance (ils ont presque l’âge de la retraite…)

Bref, j’ose le dire, et cela n’engage que moi : le concile est vraiment un évènement du passé ! Dont le « bouillonnement », encore palpable dans la bouche de nos aînés, est pour nous quasiment impalpable. Et pour autant, n’est-il pas NOTRE Concile pour ceux qui ont la trentaine? N’avons-nous pas grandit grâce à la réception des générations précédentes?

Ma génération va amorcer une profonde transition ! Car sa spécificité va résider dans une réception de plus en plus « dépassionnée » des textes conciliaires ! Je dis « dépassionnée » dans le sens que beaucoup de gens plus âgés perçoivent cette « dé passion » dans la vie de l’Eglise, cette sorte de « déception », cette recherche du « Paradis perdu » de l’âge d’or des élans de l’après Concile. Non seulement ils la perçoivent, mais souvent, ils accusent les prêtres de ma génération, ou laïcs de mon âge, d’en être responsable parce que trop rétro ! En sommes ils semblent nous accuser de ne pas faire comme eux !

L’élan sentimental et affectif est bon en soi, parce qu’il caractéristise un évènement sociologique qui a bien fonctionné. Si pendant près de 50 ans, l’élan sentimental et affectif demeure chez les personnes, c’est que l’évènement a été plus que marquant ! Or cet élan ne veut plus rien dire pour ceux de ma génération ! Si nous aimons le Concile, ce n’est pas pour l’élan affectif ou sentimental que l’évènement sociologique a pu y imprimer, car nous n’étions même pas nés ! Nous abordons l’évènement du Concile avec une autre approche, un autre regard, un certain « ascétisme » et une forme « d’austérité évènementielle ». C’est à mon sens, l’un des problèmes de perception et d’analyse du Concile, et l’une des sources de « conflit « de réception entre les générations.

Ma génération, est la première qui, aux prémices de sa vie publique dans l’histoire de notre temps, va vivre d’emblée avec la disparition progressive des quelques derniers auteurs du Concile et de la génération des acteurs qui ont vouée une vie à sa « première » réception !  Pas facile de voir une béance se mettre en place, quant on est une génération de transition comme la nôtre ! Alors pour nous, les textes du Concile seront comme une sorte de « testament » remis entre nos mains.

Le Concile va alors avoir le statut d’« d’œuvre ». Car comme pour une œuvre d’art, elle passe à la postérité pour elle-même, au moment où disparaît l’artiste qui l’a fait advenir.

Ce jubilé d’or du Concile correspond, pour moi, à cette prise de conscience que cet évènement de l’Eglise, va devenir une « Œuvre » et passer à une autre postérité. Mais une œuvre « vivante », parce qu’elle a quelque chose à dire à toutes personnes de bonne volonté !

Cette œuvre est entre nos mains…

Qu’allons nous en faire ? La mettre au grenier ? Sous le boisseau ? Au contraire ! C’est à nous de la porter, de la donner à voir, à découvrir, et à en dégager les harmoniques encore insoupçonnées !

Ce dégagement des « harmoniques insoupçonnées » est, je pense, la finalité de ce blog, mais en même temps, un moyen de montrer que le Concile Vatican II est aussi, dans cette chaîne inter générationnelle, NOTRE Concile ! Même si nous n’étions pas nés !