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Le renouveau dans la ligne de la Tradition

Bien comprendre la constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II est d’une importance capitale pour qui s’intéresse à la liturgie. C’est l’application de son contenu, réel ou supposé, qui conditionne la pratique liturgique actuelle, que ce soient celles des groupes plus progressistes ou celles des groupes plus traditionalistes. Il conditionne les uns et les autres dans la mesure où les uns comme les autres n’y sont pas indifférents. Malheureusement peu de nos contemporains ont pourtant pris la peine de le lire avec attention.

Le but de ces quelques lignes n’est pas de fournir une exégèse de cette constitution, mais d’apporter modestement quelques éléments qui permettent d’en aborder la lecture plus facilement et de mieux en appréhender le contexte.

La constitution De Sacra Liturgia Sacrosanctum Concilium a été promulguée le 4 décembre 1963, c’est-à-dire un peu plus d’un an après l’ouverture du Concile par le Bienheureux Jean XXIII. Ce texte est le fruit de la deuxième session du Concile ainsi que la première des quatre constitutions à avoir été promulguée.

A regarder de près, la constitution Sacrosanctum Concilium comporte sept chapitres d’inégales longueurs. Le premier chapitre porte sur les principes généraux pour la restauration de la liturgie. Viennent ensuite trois chapitres qui traitent des différentes formes de liturgie : l’Eucharistie en premier, les autres sacrements et les sacramentaux ensuite, puis enfin l’office divin. Le lien entre ces différentes formes de liturgie se fait notamment par l’année liturgique qui est l’objet du cinquième chapitre. On trouve ensuite deux chapitres sur les arts déployés dans la liturgie : la musique sacrée et l’art sacré.

Les premiers paragraphes constituent un chef d’œuvre de synthèse en moins d’une dizaine de paragraphes de théologie de la liturgie. Ces paragraphes montrent d’abord comment la liturgie participe à l’œuvre du salut. Les Pères conciliaires en rappellent la nature profonde : œuvre du Christ prêtre et affirment ainsi « Par conséquent, toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré ». Les Pères rappellent immédiatement qu’il ne s’agit pas de l’unique activité de l’Église, mais qu’elle est la source et le sommet de ces activités : « Toutefois, la liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. ». Les Pères affirment encore que la liturgie n’a pas le monopole de la relation à Dieu « car le chrétien est appelé à prier en commun : néanmoins, il doit aussi entrer dans sa chambre pour prier le Père dans le secret ».

Le développement naturel de ces préceptes mène les Pères à l’affirmation que la liturgie n’est pas une action passive, mais bien une œuvre à laquelle nous sommes conviés à participer de tout notre être, en « harmonisant notre âme à notre voix ». Elle nécessite donc une transmission, un apprentissage pour y entrer pleinement, elle est aussi un apprentissage, une tradition, c’est-à-dire au sens propre une transmission. La participation pleine et entière à cette action ne peut se faire sans la pleine conscience de la nature de l’action liturgique, aussi les Pères associent « actuosa participatio » à la formation non seulement des professeurs mais aussi des acteurs de la liturgie, c’est-à-dire les clercs comme les fidèles. Acteur qu’il ne faut pas comprendre au sens théâtral du terme mais au sens premier celui qui mène l’action. Or dans la liturgie, c’est bien l’ensemble du corps du Christ qui mène l’action, chacun selon son ministère.

Les normes générales et particulières pour la restauration de la liturgie sont issues de ces considérations. Quelques unes méritent d’être rapidement énoncées : la révision devra être issue d’une soigneuse étude théologique, historique et pastorale d’où le sentimentalisme immédiat est absent. L’origine biblique directe et indirecte de la plupart des textes de la liturgie porte à promouvoir le « goût savoureux et vivant de la Sainte Écriture ».

Les Pères n’ont pas oublié non plus le caractère didactique de la liturgie. Caractère que l’on retrouve exprimé dans l’adage « lex credendi, lex orandi » [la lex credendi (la règle de ce qu’il faut croire) soit ancrée toujours dans la lex orandi (la règle de ce qu’il faut dire dans la prière)]. Les rites doivent être d’une noble simplicité pour laisser paraître l’essentiel du sens au plus grand nombre. La langue utilisée participant aussi à l’efficacité didactique, les Pères ont proposé un usage plus large de la langue vernaculaire tout en laissant la première place à la langue latine.

Dans la suite les Pères déclinent à chacun des types de liturgie les normes générales qu’ils ont établies. Pour l’Eucharistie on peut retenir particulièrement les indications concernant la révision du missel qui sera menée « en gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera [d’une noble simplicité], on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité ; on rétablira, selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure où cela apparaîtra opportun ou nécessaire ». Cette même noble simplicité gouverne aussi les indications concernant les autres sacrements et sacramentaux.

Il est frustrant d’essayer de rendre les points importants de cette constitution, car on voudrait la donner en entier ou presque, tant en grande la synthèse et la précision dont ont fait preuve les Pères conciliaires. Je ne peux donc que vous encourager à lire le texte dans son ensemble afin de se l’approprier, en espérant avoir fourni quelques éléments qui faciliteront cette lecture.