Cliquez ici pour lire la première partie de ce billet, où l’on apprend les raisons pour lesquelles Jean XXIII décide de convoquer un Concile et un synode pour le diocèse de Rome !

Le Code de Droit Canonique de 1917

Jean XXIII, dans la 2ème partie de son allocution du 25 janvier 1959 réaffirme la charge papale en rappelant qu’il est d’abord évêque de Rome, puis après pasteur de l’Eglise Universelle ; et il le montre par sa manière de discerner. Un discernement sociologique, précis, pour la ville de Rome et ses problèmes d’habitats et de relations sociales, fait de lui un évêque soucieux du concret de son peuple diocésain, en vue d’une meilleure annonce de l’Evangile. Un discernement exclusivement spirituel et moral sur le monde entier, écrit avec finesse, nuance, et surtout de la hauteur et du recul, fait de lui un Pasteur qui a le souci de tous ! Mais un souci exclusivement spirituel, ne se laissant pas enfermer par les contingences politiques des relations internationales.

Suite à ce double discernement, Jean XXIII va poser les jalons des 3 décisions qui vont constituer ce « consistoire extraordinaire ». Ces décisions attestent largement sa vision optimiste du monde ! Qui, après avoir fait de tels constats de discernement, prendrait de telles décisions, s’il n’avait pas, au préalable une Foi solide, et en Dieu et en l’avenir du monde ? D’autant que tout juste avant de donner ces décisions le pape déclare sa volonté de « raviver la ferveur chrétienne que continuons à reconnaître, même par rapport au bien-être de la vie d’ici-bas, comme une richesse abondante… ».

Mais revenons sur la méthode rédactionnelle de cette 3ème partie qui a elle seule est enrichissante pour comprendre la cohérence interne de la démarche conciliaire, et la synergie des textes du magistère : Jean XXIII expose un principe organique général, qui permettra aux deux discernements précédemment exposés, d’avoir une prise de décision. Puis Jean XXIII va poser deux décisions suite aux discernements, et un troisième, résultant des deux premiers.

Le discernement en tant qu’évêque de Rome conduira au synode romain, et le discernement en tant que Pasteur de l’Eglise Universelle conduira au concile œcuménique. Le synode et le concile proviennent d’un même principe organique que Jean XXIII, en s’inspirant de la Tradition de l’Eglise, va exposer en ces termes :

une résolution décidée de revenir à certaines formes antiques d’affirmation doctrinale et de sages ordonnancements de la discipline ecclésiastique, qui dans l’histoire de l’Eglise, dans une époque de rénovation, donnèrent des fruits extraordinaires… 

Le principe organique est ici riche d’instruction : l’alliance de la « doctrine » et de la « discipline de vie ». Jean XXIII atteste le lien organique essentiel entre le domaine de la doctrine et de la foi, et la vie éthique et morale ! La doctrine exprimant ce qui « est », et les ordonnancements indiquant la « manière d’être ».

Il est permis d’en déduire que Jean XXIII, en ayant un exemple précis s’enracinant dans l’histoire de l’Eglise mais dont on ne peut savoir lequel, souhaite un concile dans une même époque de « rénovation », de renouvellement. Un concile pour renouveler en premier lieu « les affirmations doctrinales », puis de « sages ordonnancements » afin de mieux mettre en pratique ces mêmes affirmations : voilà les 2 fondements les plus anciens de Vatican II !

Il est clair qu’en discernant la question de l’abus et de la compromission de la liberté de l’homme pour le monde, Jean XXIII ne souhaite pas un concile pour émettre uniquement des ordonnancements de la discipline ecclésiastique, comme si l’adaptation au monde d’aujourd’hui ne dépendait que de la « manière d’être » ! Au contraire Jean XXIII semble souhaiter un concile pour aller en profondeur. Retrouver et renouveler les affirmations doctrinales. Afin qu’éclairés par ce même renouvellement, on puisse mieux les « ordonnancer » dans la vie concrète de l’Eglise inscrite au cœur d’une époque bien déterminée.

On comprend alors mieux pourquoi il décide le renouvellement du code de droit canonique, comme résultat de ce même principe organique évoqué précédemment, en écrivant :

Elles conduisent heureusement à la mise à jour attendue et souhaitée du Code de droit canon qui devrait accompagner et couronner ces deux exemples d’applications pratique des dispositions de discipline ecclésiastique que l’Esprit du Seigneur viendra Nous suggérer le long du chemin…

Depuis Pie XII, la réforme du code de droit canonique était en marche. Jean XXIII atteste bien le lien intrinsèque entre la doctrine de la foi et le Code de droit canonique. Ce dernier émanant du premier ! C’est un lien organique interne des textes du magistère.

Il est à noter que Jean XXIII parle de « mise à jour » en ce qui concerne le Code de droit canon, ce qu’il ne fait pas encore pour la dynamique du Concile ! En effet, face à l’évolution de la société, c’est avant tout la « pratique » qui est à changer parce que jugée décalée et dépassée. Or la « pratique » relève justement, en partie, du Droit canonique. On comprend alors pourquoi cette réforme est tant attendue : le désir de réforme du Code de droit canonique manifeste la volonté « d’adapter » l’Eglise aux évolutions du monde. Mais n’y a-t-il que la « pratique » qui soit critiquable, et la doctrine qu’en est-il ?

La légitimité du Concile réside dans le fait qu’il a bien perçu que pour une bonne « adaptation », une bonne « mise à jour », une bonne « réforme » des pratiques de l’Eglise, en vue d’une meilleure évangélisation d’une société en pleine mutation, il convient d’abord de renouveler les affirmations et la doctrine de la foi. A ce stade où le Concile Vatican II n’est pas encore convoqué, dans le cœur de Jean XXIII, il semble souhaiter un concile doctrinal en vue d’une adaptation pastorale comme conséquence directe.

Jean XXIII, en annonçant le concile, pose un geste de dessaisissement, d’abandon, un acte de foi, puisqu’il ne sait pas où cela va conduire la « mise à jour ». La fin de citation évoquée au paragraphe précédent le suggère. D’ailleurs le principe organique qui a servi à Jean XXIII de prendre la décision d’annoncer un concile, d’en donner ses fondements, sera le plan de travail pour 24 années ! En effet, le renouvellement doctrinal et quelques ordonnancements se feront aux sessions du Concile entre le 11 octobre 1962 et le 8 décembre 1965. Lui-même mourra avant la fin du Concile. Quant au renouvellement complet de la « mise à jour » du Code de droit canonique, il faudra attendre le 25 janvier 1983 pour la promulgation du nouveau Code par Jean-Paul II.

A ce niveau, avec ces deux fondements évoqués plus haut, on est en droit de se demander ce que l’on attend de ce Concile, et plus en amont, ce que l’on attend du pape tout court…