Jean XXIII et l'orthodoxie. Istambul 1934.

Elles étaient 698 personnes présentes dans la basilique saint Pierre, pour assister le dimanche 13 novembre 1960 à la célébration eucharistique qui inaugurait la PHASE PREPARATOIRE du Concile Vatican II.

Nous avions consacré 5 articles pour tenter de comprendre la mise en place organique de cette Phase Préparatoire entre le 5 juin (Pentecôte) et le 13 novembre 1960. D’une part que l’organisation de la phase préparatoire ressemble à une démarche Synodale mondiale. Nous avions essayé de connaitre les membres et les consulteurs de la Commission Centrale nommés par Jean XXIII lui-même, dès les jours suivants du 5 juin 1960. De même que la composition des membres et des consulteurs des Commissions et Secrétariats qui ont été choisis durant cette période de mise en place entre le 5 juin et le 13 novembre 1960. D’autre part que cette même période met en lumière la place incontournable des européens et des religieux et les enjeux concrets de cette prépondérance.

Imaginez donc ces 698 personnes, qui composent la Commission Centrale, les 10 Commissions et les 2 secrétariats, et qui vont oeuvrer à la préparation du Concile, participant à une messe dans un rite qui n’est même pas le rite romain (rite de saint Pie V)! Mais selon le souhait de Jean XXIII lui-même, un rite antique d’une Eglise orientale catholique, qui n’est pas très répandu: un rite melkite ancien.

Quel étonnement! Quel geste tout de même! Inaugurer la phase préparatoire du Concile par une initiation au Saint Mystère, dans un rite antique d’une minorité de l’Eglise Catholique.

Jean XXIII, à l’issue de la messe, propose une méditation qui tente de rendre compte de la portée de son geste que l’on peut comprendre en 3 points:

  1. Il poursuit tout d’abord l’approfondissement d’un socle spirituel qu’il a posé à chaque étape de la préparation du Concile. En effet, à chaque fête de la Pentecôte (17 mai 1959 et 05 juin 1960). La solennité de la Pentecôte avait permis à Jean XXIII de faire une originale médiation sur le mystère de l’Eglise, montrant par là que le prochain concile serait un renouvellement de la vie ecclésiale. Dans ce discours du 13 novembre, il ne manque pas de faire une extraordinaire médiation sur le mystère de l’Eglise à partir des 4 dénominations issues du CREDO: « Une », « Sainte », « Catholique », Apostolique ». Jean XXIII invite donc toutes les personnes qui vont oeuvrer à la préparation du Concile, à entrer davantage dans le mystère de l’Eglise.
  2. Ce socle spirituel, ecclésiologique permet alors à Jean XXIII de bien cibler pour ces 698 personnes, la finalité du prochain concile: « Rendre la pureté et la simplicité sur le visage de l’Eglise du Christ« . Il y a donc bien confirmation d’une intuition perçue depuis le début de l’année 1959: le Concile Vatican II sera un Concile de renouvellement ecclésiologique!
  3. Mais le génie de Jean XXIII est qu’il propose d’entrer dans le mystère de l’Eglise par la porte de la catholicité, c’est à dire grâce à la valoritsation des rites antiques des Eglises orientales Catholiques. Si le Concile doit être l’occasion de manifester au monde la dimension « catholique » de l’Eglise à travers sa diversité, se sont les rites qui permettent d’en prendre la mesure. C’est par la célébration de la messe dans un rite oriental antique et peu utilisé, que Jean XXIII invite son troupeau de 698 brebis à entrer dans le mystère plus large de l’Eglise « UNE », « SAINTE », « CATHOLIQUE » et « APOSTOLIQUE ».  Jean XXIII souhaite vivement que le prochain Concile puisse respecter la voie de tous, et en particulier des petites communautés, parfois minoritaires, non seulement au sein de l’Eglise Catholique, mais même dans le pays au sein duquel elles sont implantées.

Cette méditation sur le mystère de l’Eglise, d’une rare intensité, vient parachever le travail de près 2 années complètes!

Souvenons-nous que c’est grâce à une interprétation originale de la Lettre aux Romains de saint Paul, le 25 janvier 1959 que Jean XXIII discerna la racine de la baisse spirituelle et de l’augmentation du matérialisme. Si la lettre aux Romains a pu permettre à Jean XXIII de comprendre que la racine est en fait l’aliénation de la liberté de l’homme, il décida, par son projet du Concile, de s’engager sur la résolution de cette question!  Jean XXIII propose un chemin original: Pour renforcer la liberté, le prochain Concile recherchera la Vérité. La recherche de la Vérité renforcera l’unité entre les chrétiens. De même que a recherche de la Vérité sera un ferment pour la paix dans le monde. Jean XXIII propose donc un renouvellement de la liberté chrétienne, en faveur du bien commun et de l’Eglise et du monde.

La PHASE ANTE PREPARATOIRE a été guidée par la première encyclique de Jean XXIII (29 juin 1959) pour que la consultation des responsables hiérarchiques de l’Eglise Catholique permette au Concile d’oeuvrer en faveur de la Vérité, de l’Unité et de la Paix. 3 directions ayant pour racine la question fondamentale de la liberté de l’homme. On peut dire que la phase ANTE PREPARATOIRE incarne le socle intellectuel du prochain Concile.

A ce socle intellectuel, vient s’ajouter de manière plus précise, une autre pierre de l’édifice. Avec l’inauguration de la PHASE PREPARATOIRE, le socle spirituel du prochain Concile en ce qui concerne le mystère de l’Eglise, s’adjoint à l’ensemble.

En tous cas, ce socle spirituel que Jean XXIII vient de confier aux 698 brebis qui vont oeuvrer durant la phase préparatoire du Concile, va devenir une pierre d’achoppement pour comprendre l’action de Paul VI presque 3 années plus tard, et cela sous 2 points.

Tout d’abord, après la mort de Jean XXIII le 3 juin 1963, Paul VI décide devant les cardinaux, dès le 22 juin 1963, de rependre les travaux du Concile, d’oeuvrer pour l’unité des chrétiens, et en faveur de la paix. Paul VI souhaite dès le début continuer par son pontificat, le socle intellectuel de la phase anté préparatoire du Concile (Vérité, Unité, Paix).

Ensuite, sa première encyclique, écrite après la 2ème session du Concile programmée déjà par le défunt Jean XXIII, sera aussi une médiation sur l’Eglise: « Ecclesiam Suam » datée du 6 août 1964. Ce texte va donner les orientations pour comprendre la 3ème session (14 septembre-21 novembre 1964) qui sera la plus aboutie et la plus cohérente de tout le Concile Vatican II. C’est la 3ème session qui va voir la promulgation des 3 textes majeurs de l’ecclésiologie de Vatican II. Par l’encyclique et le 3ème session, Paul VI poursuit le socle spirituel de la Phase Préparatoire du Concile.

Le Concile Vatican II est bien un concile ecclésiologique!

A nous maintenant de découvrir ce qui s’est passé durant cette Phase Préparatoire (13-14 novembre 1960 au 23 juin 1962). Mais cela est une autre histoire…

A suivre…