A vous tous, qui venez sur ce blog consacré au jubilé d’or du Concile Vatican II…

NOUS VOUS SOUHAITONS UNE BONNE ANNEE 2013!

Alors qu’à chaque 1er janvier, nous nous attardons à souhaiter le meilleur pour ceux que nous connaissons et aimons, en nous promettant les plus belles résolutions…

Discrètement, en ce 1er janvier, voici que la solennité de « Sainte Marie, Mère de Dieu » nous est proposée.

Son historique est pour nous l’occasion de penser au Concile Vatican II, et par la même occasion, la place de la Vierge Marie dans cet évènement ecclésiale.

Qui pourrait penser que la solennité de « Sainte Marie, Mère de Dieu » puisse autant cristaliser et synthétiser la démarche conciliaire entre Jean XXIII et Paul VI ?

C’est l’histoire liturgique de cette fête qui peut être riche d’enseignement.

En faite, cette solennité est « récente » dans l’histoire de l’Eglise.

Elle a été instituée par le pape Pie XI, en 1931 lors de la commémoration du XVème centenaire du Concile d’Ephèse.

Ce dernier s’est tenu entre juin et août 431, au sein de cette ville qui garde la tradition d’avoir recueillie la Vierge Marie et saint Jean après la Pentecôte. Le concile d’Éphèse (3ème concile « oecuménique ») est le concile de l’explication et de la réaffirmation approfondie de Jésus-Christ, à la fois homme et Dieu, selon la foi apostolique constante de l’Église. En fait ce que l’on appelle la Christologie, c’est à dire ce que l’on enseigne sur Jésus-Christ, avait deux écoles à cette époque: Le courant alexandrin avec la figure de Cyrille d’Alexandrie, et le courant antiochien avec les figures de Théodore de Mopsueste et Nestorius. Ce Concile a été convoqué à cause des questions soulevées par Nestorius, dont les positions se nomment le nestorianisme. Nestorius, patriarche déposé de Constantinople, niait subtilement la doctrine apostolique (Tradition vivante de l’Église) sur l’unicité de la personne du Christ. Il considérait que dans la personne de Jésus-Christ, il y a dissociation entre le Fils coéternel au Père, et l’homme Jésus de Nazareth au sein duquel le Verbe divin est venu s’incarner de manière ultérieure. C’est-à-dire que Dieu serait venu « visiter » comme « un autre », résidant dans « un autre ». Par conséquent, la Vierge Marie serait seulement la mère de l’homme Jésus, puisque ce dernier serait devenu Fils de Dieu après sa naissance humaine. Ainsi donc, le Concile d’Ephèse a produit cette clarification doctrinale sur la double nature du Christ.

Aussi cette clarification de la théologie ne devait pleinement apparaître qu’en 433, dans le « symbole d’union » signé conjointement par Cyrille d’Alexandrie et le patriarche d’Antioche Jean. Dans ce texte, les deux grands courants de la théologie se rencontrent dans une vision commune :

Dans la personne du Christ, il y a lieu tout à la fois de distinguer les deux natures, divine et humaine, et de considérer leur union sans confusion.

La conséquence de ce Concile fût évidemment la proclamation du titre marial de «  Mère de Dieu« . Ce titre est apparu pour la première fois en 325, l’année du Concile de Nicée, sous la plume d’Alexandre d’Alexandrie. Mais c’est au Concile d’Ephèse que pour la première fois, il a été reconnue officiellement la maternité divine de la Vierge Marie, comme conséquence directe de la christologie.

A travers l’histoire de la liturgie et des prières (oeucologie), on peut se rendre compte que le vocable « Mère de Dieu » n’a jamais donné lieu  une célébration liturgique à part entière. Il est inscrit dans les formules de prière (Ave Maria) ou bien dans les antiennes. Il fallu vraiment attendre le pape Pie XI pour voir apparaitre une fête liturgique où le vocable « Mère de Dieu » devient un mystère liturgique à part entière. Pensons à la cathédrale de Verdun (en Meuse), qui est le premier sanctuaire marial en date  à porter, en Europe, le nom de « Mère de Dieu ».

Pour comprendre les motivations de ce choix, il faut le placer dans une autre dynamique. En effet, en 1925 le même pape Pie XI célébra le XVIème centenaire du Concile de Nicée et pour cet évènement institua une fête liturgique christologique: « le Christ-Roi ».

Le Concile de Nicée fût le 1er Concile « oecuménique« , c’est à dire réunissant toutes les Eglises, entre fin mai et le 25 juillet 325. Il a été convoquée aussi à cause d’une controverse sur Jésus-Christ. En effet Arianus et son courant de pensé « l’arianisme » niait la nature divine de Jésus-Christ. Pour lui Jésus porte le titre de « Fils de Dieu« , mais il n’est qu’un homme ayant une « parcelle de divin » en lui. Grâce à saint Athanase, a pu être affirmée la foi en les 2 natures de Jésus-Christ « vrai Dieu et vrai homme ». Nous comprenons alors pourquoi, un siècle plus tard, au Concile d’Ephèse, va se poser la question de la « relation » de ces deux natures…

A l’occasion de ce jubilé, Pie XI institua cette fête du « Christ-Roi ». Elle a été introduite dans le calendrier liturgique  le 11 décembre 1925, par la  promulgation d’une encyclique « Quas primas ». Elle ne portait que le nom de « Christ-Roi », et c‘est la réforme liturgique conciliaire qui ajoutera « de l’Univers ». La cause de cette réflexion était pour ce pape, la venue de nombreux pèlerins à Rome pour cette Année Sainte. Il insista sur le souvenir de ce Concile de Nicée qui avait défini la foi en Jésus-Christ, vrai Dieu ET vrai homme. Pie XI était inquiet de la montée d’un laïcisme radical et intransigeant, s’adjoignant d’une remise en cause de l’humanité de Jésus-Christ. Jésus-Christ n’est pas seulement un Maître pour le spirituel, mais aussi pour l’humain ! Dans les deux domaines, il fait « autorité ». A la fin de l’encyclique promulguant cette fête liturgique, il entrevoit une forme  « d’apostasie » contemporaine, c’est à dire un refus de la foi en l’humanité de Jésus-Christ et de ses conséquences pratiques.C‘est en niant l’humanité de Jésus-Christ que l’on met Dieu « à la porte » de l’histoire! Pie XI a donc instauré cette fête, non pas pour suggérer une sorte de nouvelle théocratie justifiant la subordination de l’Etat au religieux, mais avant tout pour « affermir la foi » des fidèles en l’humanité de Jésus-Christ ! Grâce à elle, Pie XI souhaitait que les fidèles se laissent vraiment « transformer » par le Christ à la fois homme et Dieu, et « d’agir en ce monde » comme d’authentiques « disciples ». C’est par son humanité, que l’action des croyants au cœur du monde et de l’histoire est rendue légitime. Pie XI faisait face à l’émergence des régimes totalitaires athées (communisme, facisme) qui, dans cette affaiblissement de la contingence historique de Jésus, remettait radicalement en cause les rapports entre le temporel et le spirituel. Pour répondre à cela, Pie XI suggérait de réaffirmer les contingences de l’Incarnation de Jésus, et par conséquent le lien qui s’établit avec la notion de « pouvoir ». C’est pour faire face à l’athéïsme grandissant que Pie XI, encouragea au travers cette fête liturgique, la réaffirmation de l’Incarnation et de l’Humanité du Christ.

D’autre part, on retrouve ce problème de foi évoqué par Pie XI au sein de la division méthodologique concernant les études exégétiques. Puisque dans la continuité de la crise moderniste, on défendait l’idée qu’au travers des saintes Ecritures on ne pouvait pas connaitre le Jésus historique, mais seulement le « Christ de la Foi ». Il y avait bien une division consommée entre d’un coté le « Jésus de l’histoire » et de l’autre le « Christ de la Foi ». Par conséquent Pie XI voyait que l’on avait tendance à minimiser, voir à remettre en cause l’historicité de Jésus-Christ.

En sommes, si le Concile de Nicée (325), en son temps, réaffirma la double nature à la fois humaine et divine de Jésus-Christ, Pie XI souhaitait en ce XVIème centenaire, permettre une réaffirmation doctrinale en l’Incarnation historique, et ses conséquences à la fois dans la vie spirituelle, ainsi que dans le domaine anthropologique et sociétal (rapport vie confessante/vie publique). La fête liturgique du « Christ-Roi » manifeste cette confession de foi renouvelée!

C’est à lumière de cette logique pour le « Christ-Roi », que l’on peut comprendre pourquoi, 6 ans plus tard, en commémorant le XVème centenaire du Concile d’Ephèse, Pie XI institua la solennité de « Sainte Marie, Mère de Dieu ». On trouve trace de cette institution dans une encyclique de Pie XI datée du 25 décembre 1931, fixant à chaque 11 octobre la célébration de ce mystère de la maternité divine de la Vierge Marie.

Il s’agit donc d’un mémorial de la proclamation de ce titre au moment du Concile d’Ephèse, après avoir réaffirmée de manière approfondie la foi en Jésus-Christ!

Face aux questions de son temps, on peut donc penser qu’à l’image de « la solennité du Christ-Roi » où Pie XI voulait réaffirmer la foi en Jésus-Christ à la fois vrai Dieu et vrai homme, « la solennité de sainte Marie, Mère de Dieu » devait réaffirmer cette conséquences de la foi en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme pour la Vierge Marie.

Avec ces 2 solennités instituées par Pie XI, on voit bien que christologie et mariologie fonctionnent en synergie!

A la suite de Pie XI, le clin d’oeil du Concile à travers Jean XXIII…

Dans un article précédent consacré au message que Jean XXIII adressa au monde le 11 septembre 1962, soit un mois avant l’ouverture; la volonté de Jean XIII était clairement exprimée: un concile pour redonner le Christ au monde, et faire briller sur lui sa Lumière! Que le Concile puisse réaffirmer pour aujourd’hui la doctrine chrétienne, et puisse y proposer de sages ordonnancements.

En ce sens, il est clairement exprimé que le Concile Vatican II est un Concile christologique, à la fois d’un point de vue doctrinal, mais aussi d’un point de vue pastorale. Il s’agit d’enseigner et de vivre de Jésus-Christ!

Mais pour vivre cette démarche, Jean XXIII choisit précisément un 11 octobre 1962…. C’est à dire le jour où au calendrier liturgique se trouvait « Sainte Marie, Mère de Dieu« , cette solennité instituée par Pie XI 31 ans auparavant!…. Mystère liturgique qui fait mémoire de la proclamation solennelle d’un concile, issu d’une question christologique.

Il est extraordinaire de penser que lorsque Jean XXIII convoqua officiellement le Concile, le 25 décembre 1961, il faisait explicitement mention du fait qu’il ne connaissait pas encore la date à laquelle cet évènement ecclésial allait commencer! Il fallu attendre le 02 février 1962 pour trouver un message indiquant la date et le pourquoi de ce choix. C’est bien en souvenir des conséquences de Concile d’Ephèse, dans la parfait lignée de pensée du Pie XI. N’oublions pas que si l’ouverture fût aussi fastueuse, c’est aussi parce qu’en ce jour l’Eglise célébrait une des ses solennités majeures! Nous l’avons oublié depuis… Un concile profondément christologique, placé par Jean XXIII sous le patronage de la « Mère de Dieu« !

Nous oublions que trop souvent, les expressions si riches des textes du Concile en ce qui concerne  la Vierge Marie. Nous y consacrerons un prochain article à ce sujet…

La réforme liturgique, le clin d’oeil de Paul VI à Jean XXIII…

Les débats conciliaires furent assez vifs sur les titres concernant la Vierge Marie. Certains tendances parmi les pères conciliaires auraient bien aimé voir proclamer le titre de « Marie, Co-Rédemptrice« . La réflexion ne donna pas de réponse à ce souhait. Par contre, lors du discours de clôture du Concile Vatican II, le 8 décembre 1965, Paul VI déclara « Marie, Mère de l’Eglise« ! Ce qui fût accepté avec un enthousiasme général!

Paul VI consacra une exhortation complète sur le culte de la Vierge Marie dans l’Eglise « Mariali Cultus » datant du 2 février 1974.

Voici ce que Paul VI écrit dans l’introduction:

La réflexion de l’Église contemporaine sur le mystère du Christ et sur sa propre nature l’a amenée à trouver, à la racine du premier et comme couronnement de la seconde, la même figure de femme : la Vierge Marie, Mère précisément du Christ et Mère de l’Église. Et la connaissance plus profonde de la mission de Marie s’est transformée en vénération joyeuse envers elle et en respect plein d’adoration pour le sage dessein de Dieu, qui a placé dans sa Famille – l’Église –, comme en tout foyer domestique, la figure d’une femme qui, discrètement et en esprit de service, veille sur elle « et dirige sa marche vers la patrie, jusqu’à ce que vienne dans la gloire le jour du Seigneur »

Avec cette phrase, nous trouvons comme en synthèse, l’ensemble des intuitions de Jean XXIII, ainsi que toute la démarche christologique du Concile Vatican II, ayant 2 conséquences: l’approfondissement du mystère de l’Eglise et de la Vierge Marie. Avec cette citation nous avons un magnifique « noeud théologique » permettant de donner beaucoup d’élan à la réception de Vatican II.

Il y a un lien entre Christologie, Ecclésiologie et Mariologie!

Ce noeud théologique, fruit de la réflexion théologique conciliaire, va trouver un écho magnifique dans la liturgie. Puisque concernant le temps de Noël, voici ce qu’écrit Paul VI dans l’exhortation apostolique: « 

Le temps de Noël constitue une commémoration prolongée de la maternité divine, virginale, salvifique, de Celle qui, « dans sa virginité parfaite, enfanta le Sauveur du monde » . En effet, en la solennité de la Nativité du Seigneur, l’Église, tout en adorant le divin Sauveur, vénère sa Mère glorieuse ; à l’Épiphanie, tandis qu’elle célèbre la vocation universelle au salut, elle contemple la Vierge, vrai siège de la Sagesse, vraie Mère du Roi, qui présente à l’adoration des Mages le Rédempteur de tous les peuples (cf. Mt 2, 11) ; et en la fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph (dimanche dans l’octave de Noël), elle contemple avec vénération la vie sainte que mènent dans la maison de Nazareth Jésus, Fils de Dieu et Fils de l’homme, Marie, sa mère et Joseph, homme droit (cf. Mt 1, 19).

Dans l’ordonnance réformée du temps de Noël, il nous semble que tous doivent tourner leur attention vers la réinstauration de la solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu ; ainsi placée au 1er janvier selon l’ancienne coutume de la liturgie de Rome, elle est destinée à célébrer la part qu’a eue Marie au mystère du salut et à exalter la dignité particulière qui en découle pour la « Mère très sainte… qui nous a mérité d’accueillir l’Auteur de la vie » . Elle constitue par ailleurs une excellente occasion pour renouveler notre adoration au Nouveau-Né, Prince de la Paix, pour écouter à nouveau le joyeux message des anges (cf. Lc 2, 14), pour implorer de Dieu, par la médiation de la Reine de la Paix, le don suprême de la paix. C’est pour cette raison qu’en l’heureuse coïncidence de l’octave de la Nativité du Seigneur et du 1er janvier, journée de vœux, nous avons institué la Journée mondiale de la Paix, qui reçoit de plus en plus d’adhésions et produit déjà dans le cœur de beaucoup des fruits de paix.

 

Selon les recherches liturgique récentes, il semblerait bien qu’à Rome, la fin de l’octave de Noël soit dédiée à une célébration mariale (cette question est encore en approfondissement). C’est ainsi que cette solennité instituée par Pie XI, a été déplacée à cet endroit!

Quel écho et quel chemin pour cette fête liturgique!

Nous pourrions peut-être la considérer alors comme un moyen de prier pour la réception du Concile…

Car si un 11 octobre 1962, en honorant la « Vierge Marie, Mère de Dieu », et en se plaçant sous son patronage, le Concile souhaitait se renouveler dans le Christ afin de mieux le présenter au monde. Alors à chaque 01er janvier, l’Eglise actuelle qui vit après le Concile, pourrait se placer aussi sous ce patronage, pour perpétuer la démarche de Vatican II: se renouveler dans le Christ, pour mieux le présenter au monde.

Quel beau programme pour la Nouvelle Evangélisation, non?