... Emminentissimum ac reverendissimum dominum, dominum Angelum Iosephum, sanctæ romanæ Ecclesiæ cardinalem Roncalli, qui sibi nomen imposuit Ioannis vincesimi tertii. »

Je suppose que je n’ai pas besoin de traduire cette phrase, qui a résonné il y a très exactement 53 ans, le 28 octobre 1958 ! C’est par ces mots que le cardinal protodiacre Nicola Canali a annonçé au monde entier l’élection de Jean XXIII sur le siège de Saint-Pierre.

Vous connaissez certainement la suite. Quelques jours plus tard, le 25 janvier 1959, celui qui était destiné à n’être qu’un pape de transition a annoncé son intention de convoquer un concile !

Je ne reviens pas sur toute la vie du cardinal Roncalli, que vous pouvez trouver dans divers ouvrages, sur divers sites internet, ou lire dans son célèbre « Journal de l’âme« . Mais pour célébrer l’avènement du cardinal Roncalli comme pape, je voudrais citer quelques passages des premiers discours qu’il a tenus.

  • Lors de l’allocution au Sacré-Collège (l’ensemble des cardinaux), juste après son élection, pour expliquer le choix de son nom, « Jean » :

Vénérables frères, je m’appellerai Jean. Ce nom Nous est doux, parce que c’est le nom de Notre père. il est doux parce qu’il est le titre de l’humble paroisse où nous reçumes le baptême. C’est le nom solennel d’innombrables cathédrales, répandues dans le monde entier et en premier lieu de la sainte et sacrée basilique de Latran, Notre cathédrale.

C’est le nom qui, dans la très longue série des Pontifes romains, jouit de la primauté numérique. En effet, vingt-deux souverains Pontifes qui s’appelèrent Jean, et dont la légitimité est indiscutable, sont énumérés. Ils eurent presque tous un pontificat de courte durée. Nous avons préféré couvrir le peu d’importance de Notre nom derrière cette magnifique succession de Pontifes romains.

Puis le pape cite les deux Jean « qui furent tout près du Christ Seigneur« , Jean-Baptiste et Jean l’évangéliste.

Que Dieu veuille que la voix des deux Jean se fasse entendre dans toute l’Eglise pour Notre très humble ministère pastoral qui succède à celui mené à bien de façon si belle par Notre regretté prédécesseur Pie XII et à ceux de ses prédécesseurs si glorieux dans l’Eglise. Que leur voix se fasse entendre du clergé et du peuple en faveur de Notre oeuvre par laquelle Nous désirons « préparer pour le Seigneur un peuple parfait, redresser ses sentiers afin que les voies tortueuses deviennent droites et que s’aplanissent les voies difficiles pour que chaque homme voie le salut de Dieu » (Lc 5,6)

Vous pourrez retrouver l’intégralité du discours dans le numéro 1290 de la Documentation Catholique du 9 novembre 1958, aux colonnes 1411-1414. 

Outre la très grande humilité de Jean XXIII, dans ce texte figure l’importance pour lui de son lieu de baptême, et déjà s’y trouve en germe l’idée – qui sera développé dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium – de la dignité baptismale.  Le second chapitre de cette constitution traite en effet du « Peuple de Dieu« , expression que le pape Jean emploie dans cepremier discours. Et quand il parle de « Notre oeuvre« , l’idée du concile est certainement déjà présente à son esprit (cf. un précédent billet).

  • Homélie prononcée le 4 novembre 1958, pour son couronnement :
En ces jours pleins de mystère et d’anxiété, nous prêtons l’oreille aux voix innombrables d’une foule d’hommes qui parviennent jusqu’à nous. (…)
Vénérables frères et chers fils, Nous faisons Nôtre l’avertissement que les Souverains Pontifes de tous le temps, et en particulier Notre Prédécesseur Pie XII, d’immortelle mémoire, ont fait entendre, et c’est surtout sur cette affirmation que Nous vouons insister : ce qui Nous tiens à coeur, plus que tout le reste, c’est de Nous montrer le Pasteur de tout le troupeau. Toutes les autres qualités de l’esprit et les distinctions humaines, comme la science, la sagesse dans le gouvernement, l’habileté diplomatique, le talent d’organisation, peuvent compléter et enrichir la charge pastorale; elle ne peuvent en aucune façon la remplacer.
(…) L’Eglise de Dieu, au cours des siècles, vous le savez, a perdu parfois de sa vigueur et a repris de nouvelles forces. Dans un temps où il fallait remédier à la décadence de l’état ecclésiastique, la Providence divine réserva à Saint Charles [Borromée] la très haute mission de sa restauration. Il s’efforça, en effet, de son mieux de donner aux décrets du concile de Trente toute leur vigueur et de les faire appliquer à Milan même et dans les diocèses de l’Italie. Aussi, lui a-t-on donné à bon droit le titre très glorieux de Maître des évêques ; les souverains Pontifes le prirent comme conseiller et il fut un admirable exemple de sainteté épiscopale.
Au cours de la cérémonie religieuse du coronnement du Souverain Pontife, il est permis d’ajouter aux litanies les noms de quelquessaints pour lesquels le nouveau souverain Pontife a plus de dévotion. C’est pourquoi, aujourd’hui, quand cette invocation a été prononcée : « Saint Charles, venez à son aide », vos âmes ardentes ont en même temps exprimé le voeu que par vos prières saint Charles Nous obtienne l’abondance des dons célestes, qu’il soit Notre protecteur, dont Nous espérons garder l’assistance maintenant et toujours.
Vous pourrez retrouver l’intégralité du discours dans le numéro 1291 de la Documentation Catholique du 23 novembre 1958, aux colonnes 1473-1476.
 
L’insistance par Jean XXIII sur le rôle pastoral du pape trouve là encore un écho dans le Concile Vatican II, dont il est dit de manière habituelle qu’il s’agit d’un concile pastoral. Et la présence de la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes) vient illustrer de manière plus particulière ce constat !
De plus, le rappel de la figure de Saint Charles Borromée, dont on célèbre le 4 novembre la mémoire liturgique, ainsi que l’insistance sur son rôle pastoral et d’aggiornamento de l’Eglise de son temps, prendra à postériori, avec l’annonce du Concile, une signification toute particulière.

 

  • Radiomessage de Jean XXIII au monde entier, le 29 octobre 1958 :
Dans ce message, Jean XXIII s’adresse respectivement : à Dieu, aux cardinaux, aux évêques, aux prêtres, les religieux et religieuses, les laïcs qui « militent dans les rangs pacifiques de l’Action catholique et tous les autres qui, sous quelque forme que ce soit, aident l’apostolat de la hiérarchie ». Puis le pape cite les pauvres et ceux qui souffrent, « aux évêques, aux prêtres, aux religieuses et à tous les fidèles qui vivent dans les nations où la religion catholique n’a aucune liberté ». Il n’oublie pas non plus « l’Eglise orientale » et il va plus loin en déclarant « Nous ouvrons Noter coeur et Nos bras à tous ceux qui sont séparés de ce Siège apostolique, où Pierre lui-même vit dans ses successeurs ».
Plus avant, le bon pape Jean adresse un appel « à ceux qui, dans toutes les nations, ont, ente leurs mains, le sort, la prospérité, l’espoir des peuples », pour qu’ils règlent « de façon équitable les querelles et les discordes ». S’il reconnait que cet appel impose de surmonter des difficultés graves et inextricables », il ne renonce pas et indique que cet appel est celui de ceux qui « demandent la paix », « veulent la justice » et « demandent finalement la tranquillité et la concorde qui seules peuvent être la source d’une prospérité véritable ».
Dans un avant dernier paragraphe, le bon pape Jean met en lumière le fait que la paix ne peut pas exister si elle n’est pas dans les esprits. La religion joue à ce stade un rôle de premier plan, que ses adversaire ne peuvent pas ignorer.
Et pour finir, le pape lance un nouvel appel à la paix :
En cette heure grave, Nous vous répétons les paroles et les promesses du divin Rédempteur : « Je vous laisse la paix, je vosu donne ma paix. » Et, en gage de cette paix pleine et véritable, et de tous les autres dons célestes, Nous vous donnons avec une charité très ardente, la Bénédiction apostolique urbi et orbi.

 Vous pourrez retrouver l’intégralité du discours dans le numéro 1290 de la Documentation Catholique du 9 novembre 1958, aux colonnes 1409-1412. 

 

Si vous lisez la Constitution Pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes), vous retrouverez tous ces éléments, quasiment comme un plan. Certes, le message est très général, mais il indique des points d’attentions (l’unité avec les frères chrétiens, la question de l’athéisme, celle de la paix,…) sur lesquels (entre autres) le Concile Vatican II se focalisera. Il faut citer également l’encyclique Pacem in Terris, qui traite de la doctrine sociale et aborde plus particulièrement les questions autour de la paix (pour rappel, nous sommes en 1963 en pleine guerre froide, quelques mois à peine après la crise des missiles de Cuba !)

 

Note : peut-être êtes vous surpris de la tournure de phrases du pape Jean XXIII, qui utilise la formule de politesse en « Nous » pour parler de lui. Pour bien comprendre qu’il ne s’agit nullement d’un artifice grandiloquent, il faut là encore se replonger dans le contexte, où un pape ne pouvait pas s’exprimer autrement…